Retours / Voyage d'hiver

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Théâtre de l'Opprimé , Paris

Du 23 au 27 novembre 2016
Durée : 1h45

CONTEMPORAIN

En deux pièces courtes, l’une sur la mort de l’enfant et l’autre sur sa naissance, Fredrik Brattberg dessine des familles dont il titille les fondements – l’amour filial et ses limites, le travail et la nourriture, la transmission, le désir de fusion et de fuite, de besoin de norme et la revendication de la différence… Réalisme, fantastique, musicalité délicate et humour féroce !
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Spectacle terminé depuis le 27 novembre 2016

 

Photos & vidéos

Retours / Voyage d'hiver

De

Frederik Brattberg

Mise en scène

Jean-Christophe Blondel

Avec

Valérie Blanchon

,

Guillaume Lainé

,

Sylvain Levitte

,

Albertine Villain-Guimmara

  • Deux pièces courtes de Fredrik Brattberg

Les dialogues ciselés de Fredrik Brattberg mêlent réalisme et fantastique, musicalité délicate et humour féroce.

En deux pièces courtes, l’une sur la mort de l’enfant et l’autre sur sa naissance, il dessine des familles dont il titille les fondements – l’amour filial et ses limites, le travail et la nourriture, la transmission, le désir de fusion et de fuite, de besoin de norme et la revendication de la différence… Le rire produit vient nous secouer dans les recoins de notre propre biographie.

Le texte a remporté le Prix Ibsen 2012 – inédit en France. Traduction Terje Sinding.

  • La presse

« C’est éclatant d’intelligence coupante dans les rapports entre les êtres, parfois en musique, grâce à des interprètes (...) qui possèdent au plus haut degré le sens de la rupture dans l’art de jouer et déjouer les affects les plus intenses » L'Humanité, Jean-Pierre Léonardini, 24 décembre 2012.

« La scénographie est épurée mais efficace, afin de ne pas perturber la force du texte et le jeu de personnages qui occupent l’espace par la force du verbe d’Ibsen. » Marianne, Jack Dion, 21 décembre 2012

« On ne décroche pas un instant. » Edith Rappoport

  • Le pastiche comme force de renouvellement formel

Retours  : le salon d’un couple de quadras, en deuil de leur fils, un adolescent disparu six mois plus tôt dans une avalanche. Se produit l’inconcevable : on sonne à la porte, c’est lui, il est vivant, la vie reprend... Jusqu’à sa prochaine disparition.

Voyage d’Hiver : un salon encore, un jeune couple, elle est au bord d’accoucher, mais il n’a pas vraiment conscience de la nécessité absolue de l’accompagner, tout de suite, à la clinique... une succession de séquences sur la première journée d’un enfant que ces parents semblent avoir du mal à prendre en mains, qui flirte avec notre effroi profond, ou notre désir, de provoquer soudainement la catastrophe.

La Norvège, on l'imaginait sombre, paysages hostiles, méandres de l’âme, répliques elliptiques, revenants, chiens errants... C'est qu'on ne connaissait pas le renouveau de la jeune génération à l’humour féroce et déroutant. Le pastiche est force de renouvellement. En 1893, Alfonse Allais créait, pour moquer les impressionnistes, le premier monochrome de l’histoire, première communion de jeunes filles chlorotiques par temps de neige. Brattberg, lui, invente sa forme, cuisinant les plats de ses ancêtres (Ibsen) et ses aînés (Fosse), et des recettes du cinéma (Lynch, Tarantino), de la série, de la publicité. Il fait sa comédie, comme le firent Beaumarchais et Marivaux, fatigués de la tragédie vieillissante.

Les pièces de Brattberg sont répétitives et imprévisibles comme de la bonne musique. Il est d’ailleurs aussi compositeur ! Il a écrit Retours en pensant au succès des œuvres qui répètent le même thème, le Bolero de Ravel ou l’introduction de l’Or du Rhin, ajoutant à chaque reprise de nouveaux instruments. Le fils mort revient, meurt, revient : c’est si impossible, physiquement, émotionnellement, que cela ouvre à chaque fois sur un nouvel inconnu, où se côtoient sincérité vibrante et grotesque jubilatoire. Quant à Voyage d’Hiver, si le titre annonce clairement sa musicalité lyrique et sombre, c’est pour la développer dans un très inattendu voyage en train de banlieue.

  • Ce que l'enfant remplit et creuse en nous

On le sent vite, Retours est une allégorie... mais de quoi ? Après nos représentations, des spectateurs en débattent. Bien sûr y est souvent évoqué le deuil, ce fantôme qui nous visite, nous réconforte, et dont il faudra se défaire, qu’on le veuille ou non – qu’il le veuille ou non ! Evoquée aussi, l’adolescence. Celle, éternelle, qu’on vit dans la vitesse et l’inconscience (ski hors piste, mobylette trafiquée, sortie en mer dans une barque percée...) Et celles, moins fougueuse, des enfants qui ne partent plus. Le grand-père de Frederik a pris la mer à quinze ans : trois ans de marine marchande. Aujourd’hui, on reste à quarante ans chez ses parents... C’est presque aussi déroutant que de mourir à répétition, et le chemin du drame au grotesque de Retours raconte cela.

Si Retours finit par le meurtre, par les parents, de cet ado qui décidément n’arrive pas à partir, Voyage d’hiver raconte deux ados que la parentalité n’a pas sorti de l’adolescence, et joue avec nos nerfs sur le sentiment permanent de la mise en danger du bébé. Aucun accident n’arrivera. Mais la façon dont l’enfant est négligé en même temps qu’absurdement vénéré révèle avec une douce cruauté les idolâtries modernes et les décalages entre les vieux schémas et nos fonctionnements psychiques contemporains.

Chacun à sa façon, les personnages de ces deux pièces entrent par surprise dans des zones où ils ne savent plus comment se comporter, où ils perdent tout réflexe, toute rationalité, et aussi toute respectabilité. Sans comprendre pourquoi, ils deviennent des errants au milieu de leur quotidien, comme ces parents de Retours qui voient revenir leur enfant mort, comme le cavalier de Voyage d’Hiver au milieu des forêts. Et si nous-mêmes perdions aussi soudainement notre chemin ?

Les deux pièces, non écrites pour être jouées ensemble, dialoguent pourtant. Au vide fantômatique laissé par celui qui avait pris toute la place dans la vie du couple de Retours, répond l'arrivée de l'enfant de Voyage d'Hiver à une place qu'on ne sait pas lui donner. Aux parents de Retours luttant pour reconquérir leur identité, correspond dans Voyage d'Hiver deux parents dont le vide est soudain rempli d'un enfant-objet, enfant-idole. Jouer Retours après Voyage d'Hiver aurait permis de raconter vingt années de la vie d'un couple : c'eût été trop rationnel, trop réducteur ! Tentons l'ordre inverse : l'enfant mort « devient » un jeune père, la mère devient une tante, une jeune actrice apparaît pour faire la mère, tandis que l'acteur qui faisait le père devient une ombre de médecin hors champ. Impossible dès lors de trouver une continuité logique. L'acteur prête son image à différentes figures et combinaisons de parentalités. S'établit un jeu de résonances irrationnelles, traduction scénique de la poésie psychique et fantastique de Fredrik Brattberg.

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