Les Epiphanies

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Théâtre Suresnes - Jean Vilar , Suresnes

Du 11 octobre au 05 novembre 2016
Durée : 1h30

CONTEMPORAIN

,

Coups de coeur

,

Poésie

Plaidoyer pour la jeunesse et la force absolue de la poésie, Les Épiphanies d’Henri Pichette, auteur de génie et compagnon de théâtre de Jean Vilar, ont été crées en 1947, au lendemain de la guerre, par Roger Blin, Maria Casarès et Gérard Philipe.
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Spectacle terminé depuis le 05 novembre 2016

 

Photos & vidéos

Les Epiphanies

De

Henri Pichette

Mise en scène

Pauline Masson

Avec

Gabriel Dufay

,

Elodie Huber

,

Stanislas Roquette

A partir de 15 ans.

  • Un texte urgent, cathartique et lumineux

Ce poème, plein de souffle et de révolte, est composé de cinq parties — la Genèse, l’Amour, la Guerre, le Délire, l’Accomplissement — et de trois personnages principaux : le Poète, armé d’une magnifique rage de vivre et d’aimer, son Amoureuse, Ève lyrique et sensuelle, et Monsieur Diable, incarnation du mal, bien décidé à asséner aux amoureux une terrible leçon de lucidité.

Pour rendre vivant, pour donner corps à ce texte urgent, cathartique et lumineux, qui est un véritable antidote contre le désenchantement, Pauline Masson, jeune metteure en scène passionnée par ce poème, a choisi trois acteurs rares de sa génération.

  • Note d'intention

« Je respire mieux quand je vous lis. » Gaston Bachelard à Henri Pichette, 1958.

« Les Épiphanies sont un langage de démesure et pourtant à hauteur d’homme, une folie qui a raison. » Maurice Genevoix, cité dans Cahiers Henri Pichette 3 – Avec Les Épiphanies, La Rubeline, 1997

Les Épiphanies me hantent depuis longtemps. C’est en 2008 que je tombe sur cette pièce, l’ouvre au hasard, et lis pour la première fois le magistral monologue de Monsieur Diable à la quatrième Épiphanie, classification cruelle, sans concessions, et pour autant jubilatoire des âges de l’homme. Deux pages de texte fulgurantes, qui sont comme une révélation. Au fil des années, au fur et à mesure des relectures, s’est affirmée pour moi la nécessité de porter cette oeuvre à la scène, tant l’écriture d’Henri Pichette me paraît aussi unique, qu’injustement méconnue. Les Épiphanies, texte sans aucun doute pensé pour la scène – puisqu’Henri Pichette les a écrites dans le but de les voir jouées par Gérard Philipe - , destiné à être dit, interprété, ne ressemble à aucun autre. Poème dramatique ? Drame poétique ? Opéra bouffe ? Épopée picaresque ? On ne sait. Les Épiphanies créent un genre à elles toutes seules, et ne se laissent enfermer dans aucune catégorie.

L’appétit verbal, la chatoyance et l’irrévérence de la langue évoquent tout autant Rimbaud, que Rabelais, ou encore, plus proche de nous, Valère Novarina. Quant à la structure en cinq Épiphanies, soient cinq actes, elle rappelle les tragédies antiques, mais également le Pentateuque. L’inspiration chrétienne du poème est d’ailleurs revendiquée – quoique de manière ambiguë et insolente - par son sous-titre : Mystère profane.

Les Épiphanies sont donc un mystère sans Église, un mystère sans Dieu institué. C’est la poésie qui y est célébrée, et la foi et l’espérance sont placées en l’homme, ou plutôt en un homme : Le Poète, avec sa rage de vivre et d’aimer, immédiat et frondeur. Face à lui, son apparent contraire : Monsieur Diable, cynique et blasé, gouailleur et revenu de tout, bien décidé à lui asséner une âpre leçon de lucidité, et ce par tous les moyens à sa disposition.

Dans l’arène, s’affrontent férocement exaltation et déception, appétit et dégoût, naïveté et amertume, deux visions de l’existence a priori inconciliables. Mais, si elles peuvent paraître diamétralement opposées, les deux figures du Poète et de Monsieur Diable demeurent inextricablement liées, comme le sont Jekyll et Hyde. Ils se ressemblent même étrangement, chacun défendant ses convictions avec la même ardeur et le même pouvoir de séduction, chacun étant traversé par le doute, chacun étant fasciné par l’autre, chacun ayant intimement besoin de son contraire pour affirmer son existence. Ce qui les sépare est ce qui les rejoint, l’un se définissant en réaction à l’autre. Leurs trajectoires sont parallèles. Frères ennemis, deux versants d’une même médaille… Les deux têtes de Janus.

Les Épiphanies, de par la gémellité en apparence contradictoire des deux personnages masculins principaux, explorent ainsi un autre genre de mystère (sens second à donner à leur sous-titre) : celui de la zone grise qui existe en chacun de nous, celle-la même qui contribue à la complexité des êtres. Cet espace flou, que nous portons tous en nous, au sein duquel s’épanouissent nos doutes, nos regrets, nos impulsions, nos fantasmes inavouables, nos aspirations inavouées, nos tentations, nos manques, nos frustrations. Cet enfer intime, où se côtoient les meurtres que nous n’avons pas pu commettre et les personnes que nous n’avons pas pu sauver. En d’autres termes, les frémissements cachés, qui impliquent que personne, jamais, ne peut être unilatéralement « bon », ou « méchant », ou « naïf », ou autre catégorisation réductrice.

« Cette époque me paraît un peu ressembler à ce qu’était la première année de l’Occupation. C’est à dire que les gens sont affolés, ils sont inquiets, peu sûrs de ce qu’ils vivent, de ce qui les attend. Ils sont tourmentés. » Michel Bouquet, interview pour la télévision, mars 2014

Texte sans concessions mais aussi sans manichéisme, cri de révolte poussé lors des moroses lendemains de l’après-guerre, Les Épiphanies résonnent singulièrement aujourd’hui, alors qu’une morosité d’un autre genre nous paralyse, et que les guerres – du moins en Europe – prennent d’autres visages. Scandales politiques, crise économique, chômage, angoisse épidémique, peurs entretenues, débauche de luxe, fragilité des liens affectifs et sociaux, vanité de l’immédiat, primauté de l’instantané sur le durable… Qui ne donnerait raison aujourd’hui à l’état des lieux du monde opéré par Monsieur Diable ? Et qui ne désirerait avoir les moyens de le contredire ?

Je vois dans Les Épiphanies un texte urgent, cathartique et lumineux, à scander pour ne pas sombrer, comme un antidote contre le désenchantement. Monter cette pièce aujourd’hui constitue un acte de résistance, contre le rationalisme à toute épreuve, contre les calculs d’apothicaire, contre la froideur des élans, contre l’éternelle et persistante crainte de mal faire, de mal dire, de mal penser, de mal être, de mal être vu, de mal commencer, de mal finir, contre le « c’était mieux avant » et contre l’appréhension des lendemains.

Nous travaillerons avec Delphine Sainte-Marie à une scénographie simple qui puisse permettre au poème – qui est, en fin de compte, le personnage principal - de se déployer au maximum. Les espaces différents seront définis par l’évolution d’un seul élément de décor, malléable, transformable, respirant et vivant. Mais également par la lumière, dont j’imagine qu’elle pourrait contribuer à créer des ambiances fantastiques semblables à celles émanant de certains films du début du XXe siècle (La charrette fantôme de Julien Duvivier, ou les courts de Méliès...), tout en empruntant à la modernité visuelle (m’inspirent notamment les œuvres de Bill Viola et de Grégory Crewdson). Concernant le jeu, nous travaillerons avec les trois comédiens à donner du corps et de la chair à ce texte à nul autre pareil, à l’incarner comme le conseillait son auteur (« point de distanciation ! »). Je souhaite allier l’instinctif à la maîtrise, la vivacité à la précision. Par ailleurs, représenter la foule sur le plateau apparaît indispensable, et j’envisage, pour les scènes où interviennent les figures « secondaires », ou « voix », d’engager une création sonore conséquente.

Avant tout, je souhaite redonner ses lettres de noblesse à Henri Pichette, auteur « notoirement méconnu » (pour reprendre l’expression d’Alexandre Vialatte à propos de lui-même), et aux Épiphanies en particulier.

Et, très humblement, j’espère que ce spectacle pourra permettre à chaque spectateur de respirer mieux.

Pauline Masson

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