La femme rompue

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Bouffes du Nord , Paris

Du 07 au 31 décembre 2016
Durée : 1h10

CONTEMPORAIN

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Sélection Evénement

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Tête d'affiche

La parole donnée à une femme qui, anéantie et déchirée, se venge par le monologue. Cette femme, c’est Josiane Balasko, « cette petite bonne femme franche intrépide intègre » comme dit Beauvoir. Une actrice rugueuse qui ne minaude pas pour séduire ni pour attirer la compassion. Une femme de caractère.
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La femme rompue

De

Simone de Beauvoir

Mise en scène

Hélène Fillières

Avec

Josiane Balasko

  • La parole donnée à une femme anéantie et déchirée

Au coeur des trois nouvelles qui composent La Femme rompue de Simone de Beauvoir, il y a ce Monologue surprenant. Âpre, haletant, c’est un cri de rage, tantôt d’une ironie mordante, tantôt extrêmement cru. Celui d’une femme plongée dans une solitude absolue un soir de réveillon et qui a perdu ceux qu’elle a aimés, son mari qui l’a quittée, son fils dont elle n’a pas eu la garde, et sa fille, suicidée.

Simone de Beauvoir en disait : « J’ai choisi un cas extrême : une femme qui se sait responsable du suicide de sa fille et que tout son entourage condamne […]. Pour récuser le jugement d’autrui, elle enveloppe dans sa haine le monde entier. Je voulais qu’à travers ce plaidoyer truqué le lecteur aperçût son vrai visage. »

Pour l’incarner, la comédienne Hélène Fillières (ici metteure en scène) a choisi Josiane Balasko. « Josiane, nous dit-elle, est une actrice rugueuse. Une actrice qui a du coffre. Une actrice qui ne minaude pas pour séduire ni pour attirer la compassion. La définition de la femme idéale selon moi : la femme sans concession. Celle qui peut faire résonner cette phrase du texte : « Lucide, trop lucide. Ils n’aiment pas qu’on voit clair en eux ; moi je suis vraie, je ne joue pas le jeu, j’arrache les masques. »

D’après Monologue extrait de La Femme rompue de Simone de Beauvoir. Le texte est édité aux Éditions Gallimard.

  • Note d'intention

Pendant huit années de suite j’ai interprété à la télévision le personnage de Sandra Paoli, chef de clan mafieux corse. Une femme dure avec autrui parce que dure avec elle-même. Une femme intransigeante, mais en souffrance, et incapable de se l’avouer. Une femme propulsée à une place qu’elle n’a pas souhaitée et qui s’est retrouvée exceller dans son domaine : capable de tuer pour dominer le monde des voyous. Capable de fratricide aussi, pour imposer sa loi et se faire respecter au sein d’un univers exclusivement masculin.

Un rôle où la violence intérieure née du vertige des contradictions et des remords qui la rongeaient incontestablement était mon carburant. Une femme forte en apparence, fragile derrière son masque glaçant. Incomprise.

Ce personnage m’a laissé des traces. Si cette femme avait su libérer sa parole, elle aurait laissé jaillir de son corps, Le Monologue de La Femme Rompue, comme beaucoup d’autres femmes dont on méconnaît presque volontairement les douleurs enfouies sous prétexte qu’elles ont l’allure solide. Laisser jaillir sa rage, son conflit intérieur, celui qui s’oppose à cette violente idée du bonheur que nous impose le monde. Pouvoir crier enfin, via Le Monologue. Ce texte est l’expression parfaite de la rage. De ma rage. De la rage de la femme.

Cette femme, c’est moi. C’est toutes les femmes. C’est Sandra Paoli, mais c’est aussi Dorothy Parker, autre femme époustouflante de modernité, de colère et de sagacité, dont j’ai traduit deux recueils (Mauvaise journée demain et Articles et Critiques) pour les Éditions Bourgeois à l’issue de mes années universitaires. C’est la parole donnée, le discours, libre et fou, nu, que toutes les femmes sentent bouillonner en elles, mais qui ne sort pas, parce qu’il ne peut pas sortir facilement, sauf quand exceptionnellement on se l’autorise, parce que cette fois-là, et cette fois-là seulement, il sera salutaire ; cette fois-là, c’est par exemple quand on se retrouve seule, terriblement seule, sans ami, sans écoute, sans personne, à part la douleur des souvenirs et son lot de culpabilité qui remontent à la surface, un soir de réveillon, pire moment de l’année sans conteste, quand tous les autres jouissent aveuglément de leur confort affectif et social, et que l’habitude de se taire n’est plus possible.

Ce texte est une partition sublime pour une actrice. Cette femme c’est Josiane Balasko. « Cette petite bonne femme franche intrépide intègre » comme dit Beauvoir. Josiane est une femme de caractère. Une femme forte qui cache sa sensibilité derrière un style, une façon de s’exprimer, une attitude comme si baisser sa garde pouvait la fragiliser. Josiane me touche précisément à cet endroit.

Josiane est une actrice rugueuse. Une actrice qui a du coffre. Une actrice qui ne minaude pas pour séduire ni pour attirer la compassion. La définition de la femme « idéale » selon moi : la femme sans concession. La femme qui dirait « vous ne m’aimez pas, eh bien je ne vous aime pas non plus ». Une actrice qui a su s’imposer dans un milieu où la norme respectueuse des conventions esthétiques et bourgeoises fait loi. Une femme d’une lucidité unique qui depuis plus de trente ans se bat, contre la misère d’autrui, sans jamais tirer la couverture à elle. Une femme qui ne fait pas de bruit, sauf quand elle le décide, qui prend la parole, et qui sait appuyer là où la société a mal.

« Lucide, trop lucide. Ils n’aiment pas qu’on voie clair en eux ; moi je suis vraie je ne joue pas le jeu j’arrache les masques », comme elle dit dans le Monologue. Presque un autoportrait.

Hélène Fillières, septembre 2016

  • Extrait

« Les gens n'acceptent pas qu'on leur dise leurs vérités. Ils veulent qu'on croie leurs belles paroles ou du moins qu'on fasse semblant. Moi je suis lucide je suis franche j'arrache les masques. « On l'aime bien son petit frère ? » Et moi d'une petite voix posée : « Je le déteste. » Je suis restée cette petite bonne femme qui dit ce qu'elle pense qui ne triche pas. Ça me faisait mal aux seins de l'entendre pontifier et tous ces cons à genoux devant lui. Je m'amenais avec mes gros sabots leurs grands mots je les leur dégonflais : le progrès la prospérité l'avenir de l'homme le bonheur de l'humanité l'aide aux pays sous-développés la paix dans le monde. Je ne suis pas raciste mais je m'en branle des Bicots des Juifs des Nègres juste comme je m'en branle des Chinetoques des Russes des Amerloques des Français. Je m'en branle de l'humanité qu'est-ce qu'elle a fait pour moi je me le demande. S'ils sont assez cons pour s'égorger se bombarder se napalmiser s'exterminer je n'userai pas mes yeux à pleurer. Un million d'enfants massacrés et après ? Les enfants ce n'est jamais que de la graine de salauds ça désencombre un peu la planète ils reconnaissent qu'elle est surpeuplée alors quoi ? Si j'étais la terre ça me dégoûterait toute cette vermine sur mon dos je la secouerais. Je veux bien crever s'ils crèvent tous. Des gosses qui ne me sont rien je ne vais pas m'attendrir sur eux. Ma fille à moi est morte et on m’a volé mon fils. »

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