Eichmann à Jérusalem

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Cartoucherie - Théâtre du Soleil , Paris

Du 08 au 18 décembre 2016
Durée : 1h30

CONTEMPORAIN

,

Coups de coeur

,

Documentaire

,

En langue étrangère

,

Pièce historique

Adolf Eichmann a été jugé en 1961 à Jérusalem, dans un théâtre. Aujourd’hui, Le Théâtre Majâz fait également de la scène le lieu d’examen de la construction de l’Histoire et de sa transmission. Lauren Houda Hussein et Ido Shaked s'interrogent sur la « banalité du Mal » à travers le monde et à travers les âges. Pour faire résonner les questions qu’a suscitées ce procès, les comédiens munis d’archives procèdent à une enquête, entre réalité et fiction. Spectacle en hébreu et français surtitré.
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Photos & vidéos

Eichmann à Jérusalem

De

Lauren Houda Hussein

Mise en scène

Ido Shaked

Avec

Lauren Houda Hussein

,

Sheila Maeda

,

Mexianu Medenou

,

Caroline Panzera

,

Raouf Raïs

,

Arthur Viadieu

,

Charles Zevaco

Spectacle en hébreu et français surtitré.

  • L'« homme » et le « monstre »

Adolf Eichmann a été jugé en 1961 en Israël, à Jérusalem, et plus précisément dans un théâtre, La Maison du peuple, transformé à cette seule occasion en tribunal. Aujourd’hui, Le Théâtre Majâz fait également de la scène le lieu d’examen de la construction de l’Histoire et de sa transmission. Loin de reconstituer la vie ou le procès du haut fonctionnaire nazi, il réinterroge dans le bourreau la dualité entre « homme » et « monstre » qui a connu un retentissement international lors de ce premier procès intégralement filmé mais qui, selon Lauren Houda Hussein et Ido Shaked, a des racines bien plus anciennes que le XXe siècle et bien plus larges que la seule Allemagne nazie. Plongeant dans la transcription de l’interrogatoire-fleuve d’Eichmann, l’auteur et le metteur en scène ont été frappés non seulement par la « banalité du Mal » pointée par Hannah Arendt et d’autres philosophes, mais par l’interchangeabilité des propos de défense avec ceux de tous les auteurs de génocides, à travers le monde et à travers les âges.

Alors que le nom d’Eichmann provoque à lui seul l’angoisse et la sidération, il apparaît finalement qu’il n’y a personne dans la cage de verre. Eichmann, puisqu’il est remplaçable, n’est personne en particulier. Si c’est un monstre, on ne peut pas le juger. Si c’est un homme, que raconte-t-il de l’humanité ? Pour faire résonner les questions qu’a suscitées ce procès, les comédiens munis d’archives procèdent à une enquête, entre réalité et fiction. L’objectif est de sonder le phénomène – qui perdure, et même s’accentue – de mise à distance entre tueurs et victimes, de dissociation entre ordre d’assassiner et crime, et de rassemblement d’hommes-rouages épars sous les étendards de l’épuration, du nettoyage et de l’expansion idéologique.

« Nos sidérations se sont rencontrées, une forme dans le chaos, un rassemblement de nos hasards identifiés. Nous étions tous là, au rendez-vous de notre perte. »
Eichmann à Jérusalem

  • La presse

« Traiter sur scène du procès d’Eichmann qui s’est tenu à Jérusalem en 1961, voilà un défi théâtral considérable. » Eric Demey, La Terrasse

« Tout cela est connu. Ce qui est intéressant, c’est la façon dont la troupe le restitue : d’une manière radicale, sans pathos, mais non sans ironie, parfois. » Brigitte Salino, Le Monde, 18 mars 2016

« Le spectacle trouve son originalité dans sa dramaturgie à sept voix, qui fait ressortir efficacement l'intenable stratégie de défense de cet homme si « ordinaire » (...) Cette plongée au sein d'un système qui génère ce type de criminel est une réflexion implacable sur la logique génocidaire, qu'il soit d'hier ou d'aujourd'hui. » Mathieu Perez, Le Canard enchaîné, 16 mars 2016

« L'organigramme de l'organisation chargée de la déportation au sein du Reich est dessiné à la craie sur le plateau durant le spectacle comme une pièce dans le dossier d'un jugement au tribunal des prud'hommes. » Laurent Coudol, froggy’s delight

« Ce qui est dit, ce sont les minutes du procès, la voix des rescapés, une partie de la correspondance d’Hannah Arendt et de Gershom Sholem, en désaccord sur la « banalité du mal ». Mais toute cette matière le montage l’organise. » Micheline Rousselet - SNES

« Le Théâtre Majâz plonge dans les archives du procès Eichmann pour questionner notre conscience contemporaine : obéissance versus résistance. Magistral.» Fabienne Arvers - Les Inrockuptibles

  • L’écriture face à l’Histoire

C’est peut-être comme cela que pourrait se définir le défi que représente un tel sujet. Et derrière lui, « Le » sujet du XXème siècle, que l’on a tant appris à prendre avec des pincettes, et cela à juste titre.

Les sources d’information, mémorielles ou sensibles accessibles pour notre génération sur le nazisme et l’holocauste sont nombreuses et multiples. Leur accumulation et abondance a quelque chose de vertigineux et tétanisant pour qui souhaite aujourd’hui, amorcer une réflexion et écrire sur le sujet. Pourquoi reste-il si délicat à aborder ? Pourquoi cette période de l’histoire de l’humanité si référencée et enseignée semble ne pas nous appartenir ou nous concerner directement malgré les conséquences directes que les événements qui s’y rattachent ont eu dans la vie de nos ancêtres ? Pourquoi la peur de dire ou de mal dire semble empêcher toute possible formulation ou analyse critique ? L’Histoire transmise qui nous apparait est-elle définitivement calibrée, vérité immuable indiscutable ?

Nous avions pourtant bien “attaqué” avec Les Optimistes, notre précédent spectacle, le sujet ô combien périlleux de la première guerre israélo-arabe de 1948, alors d’où venait cette paralysie de l’imaginaire face à Eichmann, et donc au nazisme ? Faut-il être juif pour avoir la légitimité de parler de l’Holocauste ? Dans les nombreux chefs d’accusation du procès Eichmann, deux d’entre eux se suivent ; premièrement, crime contre le peuple juif suivi de crime contre l’humanité.

Voilà sans doute la distinction à la base du malaise ressenti. Celle qui questionne notre légitimité et qui empêche l’Histoire de devenir mémoire collective. Qui nous tient à distance. Existe-t-il un droit de parole face à la Shoah ? Et du coup, comment la subjectivité de l’artiste, son droit, voire son devoir d’imagination, peut-il s’exprimer ? La critique du procès-spectacle que David Ben Gourion a orchestré en 1961 est-elle possible dans un monde qui associe immédiatement toute forme de critique à une négation de l’horreur nazie ? Et en allant plus loin, peut-on aujourd’hui critiquer le rapport d’Israël face à sa mémoire et s’opposer à sa politique d’apartheid sans pour autant être taxé d’antisémitisme ?

La distension du lien de cause à effet dans nos sociétés modernes était la condition sine qua non pour qu’un génocide d’une ampleur sans précédent puisse advenir. Le système qui a permis le crime administratif reposait sur la déresponsabilisation de l’humain à l’échelle individuelle, l’abolition de toute capacité d’analyse face à ses actes et donc de son obéissance absolue. Hilberg, dans son livre La Destruction des Juifs d’Europe, écrit : « On doit se souvenir que la plupart des participants (au génocide) ne tirèrent jamais sur des enfants juifs ni ne versèrent le gaz dans les chambres à gaz... La plupart des bureaucrates rédigeaient des circulaires, concevaient des projets, s’entretenaient au téléphone et assistaient à des conférences. Ils pouvaient annihiler tout un peuple en restant assis à leur bureau. »

Nos sociétés sont le produit de ce système “moderne”. Zigmunt Bauman dans son étude sociologique Modernité et holocauste écrit : « L’anxiété demeure pratiquement entière devant le fait qu’aucune des conditions sociétales qui ont rendu Auschwitz possible n’a véritablement disparu et qu’aucune mesure efficace n’a été prise pour empêcher ces possibilités et ces principes de produire d’autres catastrophes de même nature que celle d’Auschwitz » ; comme l’a récemment énoncé Leo Kuper, « L’État territorial souverain réclame, comme partie intégrante de sa souveraineté, le droit de commettre un génocide ou de perpétrer des massacres génocidaires contre les peuples soumis à son autorité et l’ONU, en pratique, défend ce droit. » C’était donc cela que nous reflétait le procès Eichmann.

Au-delà du procès même, c’était notre rapport à la mémoire de la Seconde Guerre Mondiale et à ses liens indéniables avec notre présent, avec nous-même et avec notre effrayante capacité d’obéissance et de dénégation, qui apparaissaient. En partant de nous, comédiens, metteur en scène, auteurs, l’angle se définit.

Il s’agit là, bien évidemment, d’un processus qui n’en finit pas de se dérouler, de se transformer. Tout comme pour Les Optimistes, nous passons tout d’abord par une phase de recherche, au niveau du procès lui-même avec les 360 heures d’archives vidéos, les rapports rédigés par les interrogateurs d’Eichmann pendant les 9 mois qui ont précédés son procès, les protocoles mêmes de celui-ci, les livres comme Un rapport sur la banalité du mal d’Hannah Arendt ou l’essai sociologique Modernité et holocauste de Zigmunt Bauman, entre autres.

Cette phase de recherche en amont des répétitions nous permet de développer des champs d’investigation que nous explorons ensuite avec les comédiens. En parallèle du procès, c’est le rapport que chaque individu de l’équipe artistique a à celui-ci et au sujet plus vaste du mal, que nous avons choisi d’explorer. Ne pas ignorer cette peur mais au contraire s’en saisir comme un matériau dramaturgique.

Grâce à ce corpus de documents et de textes (certaines propositions de scènes déjà dialoguées seront proposées), nous débutons la première étape de défrichage avec les comédiens, pour ensuite revenir à la table d’écriture et finaliser le texte afin d’entamer la deuxième période de répétitions. Pendant cette deuxième période, l’écriture s’est basée essentiellement sur le montage des minutes mêmes du procès. Chaque parole est vraie, mais le montage lui ne reflète pas le procès. Il révèle une parole effrayante et froide. Autour de cette « parole réelle », des espaces de paroles parallèles ouvrent sur des portes intérieures. Des voix qui dessinent nos traversées intimes.

Ce processus que nous avons déjà expérimenté pour Les Optimistes s’étend délibérément sur la longueur et est volontairement découpé. La maturation du texte et du spectacle en lui-même a besoin de passer, à notre sens, par un voyage en nous ou plutôt à travers nous, pour finalement être livré à un public. Et cela est long. Et notre patience et notre humilité sont ici les rouages essentiels à son aboutissement. Renouer avec une mémoire, en acceptant sa complexité n’est pas chose aisée, mais nous la pensons nécessaire, vitale, particulièrement en ce moment où les discours de haine sont tellement assourdissants que nos voix s’en retrouvent étouffées. Nous nous sentons aussi concernés et par la mémoire de l’holocauste et les leçons à en tirer, que par le drame que vit le peuple palestinien depuis plus de 60 ans. Tout simplement parce que nous sommes humains, et donc responsables de ne pas reproduire et perpétuer de telles horreurs.

Tout simplement parce que les discours ambiants nous font peur, et que face à la peur, le théâtre nous semble être la meilleure des réponses. Tout simplement parce que français d’origine ou pas, nous ne tolérons pas de devoir sans cesse justifier notre identité. Le théâtre est plus que jamais notre terrain de résistance, et nous le savons il reste tant à résister.

Décembre 2014, Saint-Denis, Lauren Houda Hussein

  • L'homme dans la cage de verre

Nous entrons en salle de création avec de la matière brute : les images du procès, les enregistrements, en hébreu, en allemand et en français et les témoignages traduits simultanément. Un espace sonore, une tour de Babel, un récit biblique des temps modernes. Sur la table, des écrits : Arendt, Bauman, Levi, Hilberg, l’interview d’Eichmann dans Life Magazine et les protocoles de l’interrogatoire au bureau 06 après son arrivée en Israël. Des lettres, des poèmes, des romans et des documents historiques. Et finalement il y a les comédiens, et moi-même. Nos origines et nos langues ; nos histoires et nos tabous. Notre spectacle sera le témoignage de cette traversée.

Sur les murs les images du vrai procès seront projetées. 350 heures d’images filmées par Leo Horowitz dans le but d’« utiliser contre les nazis leur propre arme : le cinéma ». Cette projection est un rappel constant de cette autre “réalité” tout autant manipulée, elle sera parfois en synchronisation avec notre théâtre et parfois en désaccord quand notre espace d’invention et d’incarnation prendra la place. Elle marquera le chemin narratif consensuel et “autorisera” la fiction. Elle nous permettra de nous arrêter sur le visage d’Eichmann et d’analyser face au public ses petits gestes répétitifs, la sécheresse de ses mots, l’automatisme de ses réactions. Elle nous donnera de la matière sonore. L’hébreu, le français, l’allemand, l’anglais se mélangent. Ces langues dessinent les frontières géopolitiques de l’holocauste. Un monde clairement occidental, européen, une société dans laquelle la Shoah est le produit des processus sociaux, économiques et politiques datant des siècles en arrière, passant de l’esclavage à la colonisation, de l’asservissement des peuples à l’extermination de minorités.

L’enregistrement peut remplacer la voix du comédien ou la doubler, une manière de poser dans l’espace sonore la question de l’authenticité de la parole. Au nom de qui parle-t-il ? Est-ce que le procureur général porte les paroles des six millions de victimes juives, ou plutôt celles de son premier ministre Ben Gurion ? L’univers sonore et visuel de notre spectacle est un jeu de réflexions et de doublage, réalité et fiction, un théâtre qui se déguise en tribunal qui se déguise en théâtre.

Deux metteurs en scène sont « absent-présent » ; l’un, David Ben Gurion, dirige de loin le procès historique pour ancrer la Shoah dans un contexte sioniste. Il n’est jamais là, mais il est presque incarné par le procureur général Gideon Hausner.

Dans les mots d’Hausner nous entendons la parole du « Vieux ». Il dirige un procès-spectacle où chacun a un rôle bien défini, où le public est le monde entier, où la pièce est l’histoire de la souffrance des juifs, de Pharaon à Hitler. Ce procès devait montrer aux jeunes israéliens ce que veut dire vivre parmi les non-juifs et les convaincre que leur existence n’est sûre qu’en Israël. Ces leçons ont été bien définies par Ben Gurion dans une série d’articles qui tentaient de justifier l’enlèvement d’Eichmann. « Nous voulons prouver au monde comment des millions de personnes, des millions de bébés ont été massacrés par les nazis, seulement parce qu’ils étaient juifs », « le monde doit savoir que la responsabilité de la mort de six millions de juifs ne repose pas que sur l’Allemagne nazie », « nous voulons que les nations du monde sachent et qu’ils culpabilisent ». Les juifs de la diaspora devaient se souvenir que « le judaïsme, pendant 4000 ans, avec ses créations spirituelles, ses aspirations morales et ses espoirs messianiques s’est toujours confronté à un monde hostile », comment les juifs se sont affaiblis jusqu’au point de se rendre comme des moutons à l’abattoir et comment « seulement la création d’un état juif nous a permis de faire face à nos ennemis ». Cette démarche réussie va définir le rapport unique dont Israël bénéficie avec l’Europe, depuis 1948 et aujourd’hui encore.

L’autre metteur en scène, présent uniquement par sa voix, cherche à révéler d’autres lectures possibles à l’intérieur du procès et à montrer à quel point toute mémoire collective est finalement une fiction créée pour imposer une réalité politique. Comme dans le montage d’un film documentaire, il essaie de reconstruire une narration à partir d’un kaléidoscope d’images et de sons afin de révéler le processus de création d’une autre narration, celle qu’on appelle la vérité historique.

Pour nous le public est invité à participer à un laboratoire de théâtre politique ; un théâtre qui reste conscient de sa partialité et donc assume une opinion. Nous cherchons les limites de ce théâtre que nous appelons « documentaire ». Dans notre cas notre regard sur le procès dialogue constamment avec nos vraies identités et celles qui ne peuvent rester masquées. La mise en scène des différentes origines et identités. Une spécification qui donnera à leurs actions un écho universel. Le regard politique que nous avons sur le procès et les questionnements qu’il provoque en nous, de la relation entre l’Europe et le Proche Orient - et surtout entre l’Europe et Israël -, nous oblige à nous démasquer réellement. Toute autre démarche nuira à la pertinence de notre acte et à notre dialogue avec les spectateurs. Un exercice d’aliénation qui cherche non pas à révéler la manipulation théâtrale pour faire ressurgir la réalité, mais plutôt à mettre en lumière le théâtre existant derrière la réalité. La façon dont l’Histoire est construite, et les conséquences des ces « montages » permanents sur notre perception des évènements actuels.

En révélant la manipulation que nous subissons tous les jours, nous sommes confrontés à notre consentement silencieux, à nos petits arrangements avec nous-mêmes, au détachement et à la répression que nous permet la société occidentale dans laquelle nous vivons. Les comédiens joueront tour à tour les différents rôles, et en premier lieu celui du “comédien” face au procès. Nos questionnements sur ce personnage, sur la portée philosophique de ce procès, et son impact polémique sur le monde, ainsi que nos questionnements individuels vis-à-vis de nos différentes origines, feront partie intégrante du processus narratif. Eichmann sera incarné par tous les comédiens dans le but de mettre en lumière les différents rôles qu’incarne l’homme dans la cage de verre lors du procès : un monstre assoiffé de sang, un bureaucrate ordinaire et obéissant, un officier convaincu qui avait un rôle important dans la solution finale, ou un rouage dans la machine d’extermination du peuple juif.

Trouver la présence des comédiens sur le plateau est un élément fondamental de notre processus du travail qui permettra une lecture plus profonde de la représentation et donnera un caractère d’« éphémèrité » à la pièce. Une mise en lumière de notre travail de création dans l’idée de mettre en scène les non-dits, les points de suspension suivis d’une respiration, une mise en scène quantique des réalités parallèles. Chercher une représentation possible de l’échec et de l’étouffement inhérents à toute parole liée à la Shoah.

Je crois que dans notre théâtre Eichmann n’existe pas, Il est déconstruit et multiplié, il envahit les corps des comédiens tel un Dibbouk, il plane dans notre espace mais ne s’incarne jamais. Il n’apparait qu’à travers le regard d’un comédien, qu’à travers notre volonté de donner sens à l’apparition de cette forme d’humanité terrible.

Les minutes du procès sont suivies à la virgule, mais je me permets un montage radical afin de faire ressurgir de cette parole sèche l’absurdité profonde, un procès qui cherche la justice là où aucune justice n’est possible. C’est donc un espace vide, un plateau nu, le corps d’un comédien et sa voix qui sont notre champ de recherche. L’espace de ma mise en scène, et finalement la terre aride des minutes, le langage précis, les documents, les organigrammes et les télégrammes. Nous jouons à l’intérieur des archives de notre spectacle.

“Je ne veux pas raconter l’Holocauste, ni comment un homme banal devient un monstre. D’autres l’ont fait avant moi. Des historiens se sont penchés sur la question, des sociologues ont proposés des théories, des cinéastes ont fait des films. Moi je ne veux rien raconter. Je veux faire apparaître dans cet espace qu’est le théâtre l’impossibilité et l’absurdité du récit. La compréhension étroite du phénomène nazi réduit à l’antisémitisme. Et de l’hypocrisie de notre discours actuel. Finalement ceci n’est pas un spectacle sur l’Holocauste, Eichmann nous révèle simplement ce qui nous fait le plus peur en nous. Cette capacité à l’obéissance et à la soumission qui permet encore aujourd’hui de perpétrer massacres et occupations, apartheid d’état et discriminations ordinaires. Le monstre finalement nous rassure beaucoup plus que cet homme normal, cet homme qu’on aurait pu être.

”Quand on ouvrira la cage, on verra qu’à l’intérieur il n’y a personne, que tout ce que nous avons vu n’était que notre propre reflet sur le verre”

Ido Shaked, Mai 2014, Paris

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