Dom Juan

Odéon - Théâtre de l'Europe , Paris

Du 14 septembre au 04 novembre 2016
Durée : 2h30

CLASSIQUE

,

Sélection Evénement

Jean-François Sivadier donne à voir une version joyeuse et percutante du Dom Juan de Molière. Nicolas Bouchaud est séducteur, joueur, sans scrupule, libre-penseur ; il forme un duo détonant avec le Sganarelle de Vincent Guédon.
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Spectacle terminé depuis le 04 novembre 2016

 

Photos & vidéos

Dom Juan

De

 Molière

Mise en scène

Jean-François Sivadier

Avec

Marc Arnaud

,

Nicolas Bouchaud

,

Stephen Butel

,

Vincent Guédon

,

Lucie Valon

,

Marie Vialle

  • Dom Juan vu par Sganarelle

Avec Tartuffe, note Jean-François Sivadier, Molière était «  allé trop loin »  ; avec Dom Juan, il va plus loin encore. Par ce nouveau coup de folle audace, Molière invente sa version de l’un des derniers mythes qu’ait produits la littérature de l’Occident.

Dom Juan, avec Hamlet, avec Faust, compte parmi les grandes figures inaugurales de la modernité. Il y entre à grands pas, marchant ferme sur ces « deux jambes » que sont « le rire et l’effroi ». Son siècle est celui qu’a ouvert Galilée, autre héros cher au metteur en scène. Désormais, la croyance n’est plus affaire de soumission à une autorité, spirituelle ou temporelle, mais de rationalité argumentée. L’existence n’a plus à se conformer aux commandements d’aucun Commandeur : elle est faite pour être explorée, par toutes les voies. À la crédulité superstitieuse, simple réflexe conditionné, se substitue la libre réflexion du libertin. Dom Juan s’y voue avec une insolence, un appétit, une allégresse extraordinaires.

Et ce « tour du monde », dans cette pièce à rebondissements, capricieuse et romanesque, « ressemble surtout à un tour sur lui-même », à l’état des lieux d’un sujet résolu à « tenter d’épuiser le monde et de s’épuiser lui-même pour se sentir vivant ». Improvisateur romanesque et sauvage, le Dom Juan de Nicolas Bouchaud, fidèle compagnon théâtral de Sivadier, saccage tout sur sa route, toutes les convenances éthiques et esthétiques. Les lois sont des liens, mais qui ne ligotent que leurs victimes consentantes. Dom Juan ne s’engage qu’au dégagement, à la variation indéfinie, au voyage sans limites et sans retour (il est significatif que la seule fois qu’il tient parole, il cause sa perte sur une poignée de main). Tant pis pour les autres.

Dom Juan viole, Dom Juan séduit. Il fuit, il combat. Lâche, brave, subtil, brutal voire criminel, peu lui importe. Il ne craint rien, et surtout pas la contradiction ni même le ridicule. Il lui suffit d’être soi et fidèle à soi. L’hypocrisie, qu’il découvre en fin de parcours, n’est qu’une arme de plus dans sa panoplie. Pourquoi donc devrait-il être sincère envers quiconque ? Tout devoir n’est qu’une dette, et Dom Juan ne s’en reconnaît aucune. C’est l’éternelle illusion des pères que de croire que leurs fils leur doivent le jour ; c’est la sempiternelle naïveté des créanciers qui les persuade que leurs débiteurs sont tenus de les rembourser ; c’est l’immortelle bêtise des valets que d’espérer de leurs maîtres qu’ils leur régleront leurs gages avant que le rideau ne tombe. Et que dire des pauvres épouses qui se fient aux belles promesses de leurs maris ?

Jongleur, joueur, acteur, Dom Juan selon Sivadier est un « corps offert comme un espace de projection à toutes les interprétations ». Un peu clown aussi, car « la comédie commence toujours dans la rencontre malheureuse de la théorie et de la pratique ». Faisant de la scène « une arène » où jouer ses tours avant sa mise à mort, Dom Juan serait insaisissable s’il n’y avait la statue du Commandeur au bout de sa route. Mais il n’est même pas sûr que « le convive de pierre » maîtrise tout à fait ce diable d’homme. Car le feu de la damnation consume Dom Juan, mais n’efface pas les paroles qu’il a prononcées... Et la machine infernale qu’est le théâtre de « la bande à Sivadier » est là pour en attiser les flammes – au présent, soir après soir.

  • La presse

« Cependant, le plaisir est là. Nicolas Bouchaud, qui interprète Dom Juan, n’y est pas pour rien. La délicatesse de sa grande carcasse, un mélange très physique de farce et d’ironie, lui donne un charme légèrement méphistophélique, sourcils relevés, qui permet de comprendre pourquoi ceux qui en viennent à le détester préféreraient continuer de l’aimer ou le servir ; de comprendre aussi pourquoi cette folle d’Elvire cherche à prolonger son amour bafoué dans l’infirmerie catholique. Elvire, c’est la sublime Marie Vialle (...). » Philippe Lançon, Libération, 22 septembre 2016

« Le ton est donné de la manière Sivadier qui, s’il n’en abuse, émaille sa mise en scène d’adresses, de clins d’œil au public et de quelques coquetteries (...) Dans ce bric-à-brac, le texte de Molière et la vision de ce Dom Juan se moquant du ciel résonnent cependant avec force, notamment dans les scènes avec Sganarelle (Vincent Guédon, juste, humain et clownesque). » Annie Chénieux, JDD, 21 septembre 2016

« A explorer ainsi Molière comme une terra incognita, chaque scène distille un concentré d’émotions à même de rassasier les attentes du public et de provoquer ses rires. Vincent Guédon et Nicolas Bouchaud nous offrent un exceptionnel numéro de duettistes. Ils inscrivent les rapports du maître et du valet dans la tradition d’un cirque à la cruauté sans pareille, où l’on s’affronte à coups d’idées noires en tirant sur la corde jusqu’à ce qu’elle rompe. » Patrick Sourd, Les Inrocks, 15 septembre 2016

« Car si Nicolas Bouchaud se révèle un séducteur charmant plutôt qu'un prédateur terrible, s'éparpillant volontiers dans la salle pour parler aux filles, il s'affirme encore mieux dans sa résistance au ciel. » Emmanuelle Bouchez, Télérama TT

« c’est une vision joyeuse, ludique, à la fois complexe et percutante qu’il en propose. (...) le Dom Juan qu’il dessine est avant tout un humain. Avec ses travers, ses bonheurs, ses contradictions. » Didier Méreuze, La Croix, 12 avril 2016

« Sivadier renoue avec ces machineries, ces toiles, ce côté bricolé à la diable. La scénographie qu’il cosigne avec Daniel Jeanneteau et Christian Tirole multiplie les effets de lumière, de fumigènes, de planches et de rideaux sur un plateau dominé par un ciel de sphères, de boules de cristal, une galaxie (clin d’œil à Galilée). Molière se défoule et s‘en donne à cœur joie, Sivadier et ses acteurs aussi. » Jean-Pierre Thibaudat, Blog Mediapart, 7 avril 2016

« le comédien de 49 ans à la tignasse un peu punk promène un Dom Juan tour à tour brillant ou enjôleur, scélérat ou terrifiant, avant de finir nu comme un ver et couvert de boue. » AFP, 24 mars 2016

Avis du public : Dom Juan

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    Claire R. 27 octobre 2016

    Je n'ai pas accroché. Fatiguée peut être? J'ai l'impression que le metteur en scène a pris parfois des distances avec le texte original . Pour faire du moderne avec du classique il faut beaucoup de talent. Je ne l'ai pas rencontré ce soir. Ou s'il y en avait ( le public avait l'air conquis!) il n'a pas touché ma sensibilité. »
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    Bruno P. 27 octobre 2016

    Um espetáculo admirável onde o clássico transborda pelas conexões contemporâneas. Uma cenografia genial e uma direção refinada. A simplicidade e a complexidade perpassam todas as cenas, permeadas de presença e energia. Bravo aos atores / atrizes pela entrega. »
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    Françoise S. 23 octobre 2016

    Mise en scène inventive, joyeuse et ludique servie par une magnifique scénographie et une troupe au diapason, galvanisée par le duo Don Juan / Sganarelle. »
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    Veronique B. 21 octobre 2016

    Un magnifique spectacle ,les acteurs sont excellents et la mise en scène très originale »
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    Sylvie B. 17 octobre 2016

    dom juan j'ai passé une agréable soirée, dans la langue de Molière mais aussi au niveau visuel, la mise en scène et les décors sont magnifique. je pense que Molière en serait enchanté. »
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    Xiaodong M. 23 septembre 2016

    pleine de force la representation est pleine de force et moderne »
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    Josep C. 16 septembre 2016

    Dom Juan Les acteurs parlent trop... »
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    Marie-Laure L. 13 octobre 2016

    La critique de Joseph C. me rappelle une scène du film de M. Forman, Amadeus; celle où le prince, qui se pique de musique mais n'y connaît pas grand chose, fait reproche à la musique de Mozart de comporter trop de notes...

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