De quoi tenir jusqu'à l'ombre

Parc de la Villette - Grande Halle , Paris
Du 19 au 30 mars 2013
Durée : 1 heure

CONTEMPORAIN, Coups de coeur
La rencontre inédite entre le chorégraphe Christian Rizzo et cinq membres de la compagnie l'Oiseau-Mouche aboutit à une œuvre contemporaine qui s'interroge sur l'ombre et le visible. Un spectacle accessible aux spectateurs non-voyants.
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Spectacle terminé depuis le 30 mars 2013

 

De quoi tenir jusqu'à l'ombre

Avec
Marie-Claire Alpérine, David Amelot, Valérie Castan, Chantal Esso, Frédéric Foulon, Hervé Lemeunier
  • Une rencontre

Cinq interprètes évoluent sur un plateau et « vont, petit à petit, faire douter par leur implication que ce théâtre en est bien un ». C’est ainsi que Christian Rizzo le metteur en scène chorégraphe danseur, invité par la compagnie de l’Oiseau-Mouche dessine le lent decrescendo lumineux qu’il met en mouvement.

L’Oiseau-Mouche est une compagnie d’acteurs professionnels en situation de handicap mental qui tourne en France depuis des années, dirigés par des metteurs en scène comme François Cervantes ou Jean-Michel Rabeux.

Le clair-obscur travaillé à même le plateau par Christian Rizzo est une action en soi, celle d’un insaisissable personnage de dimension fantomatique.

Plus la lumière s’estompe et plus l’attention s’éveille, tout en changeant de nature. C’est à cette nature que fait appel le metteur en scène, lorsque la mal-voyance est offerte en partage aux spectateurs et que les autres sens prennent le relais. Les voyants sont alors en situation de comprendre et d’imaginer la manière dont les aveugles perçoivent le monde.

De quoi tenir jusqu’à l’ombre touche à ce moment entre chien et loup, où l’ombre déleste chacun de son ombre propre, au profit du noir où le théâtre disparaît pour rendre visible l’invisible.

Le spectacle intègre une tentative inédite d’audio description en direct de l'oeuvre chorégraphique qui lui permet d’être accessible aux spectateurs non-voyants.

  • Entretien avec Christian Rizzo

Un désir de travail
A leur invitation, je suis allé à la rencontre des comédiens de la Compagnie de l’Oiseau-Mouche. Leur ténacité, leur envie de travail, d’essayer chaque proposition, a révélé un désir. Je me retrouve complètement dans cette importance de placer le travail au centre. Quand je lance une idée, elle trouve une résonnance juste, parfois troublante, peut-être plus qu’avec les gens avec lesquels j’ai l’habitude de travailler. Chacun a un monde interne qu’il transporte et qui est juste sous la peau, tout près, ce qui est rare. En général, ce monde reste au vestiaire. Chez eux, on sent qu’il est prêt à déborder.

Un cadre plus qu’un sujet
Je n’ai pas plus de sujets que le cadre qui m’a été fourni au démarrage. Je me mets au travail avec les gens pour chercher une résonnance avec ce cadre. C’est la rencontre et le travail qui vont fabriquer le sujet dans un cadre donné, et pas l’inverse La commande consiste en une oeuvre contemporaine appréhendable par un public non-voyant et par tout type de public. Elle devra permettre aux voyants de comprendre et d’imaginer la manière dont les aveugles perçoivent le monde, mais aussi celle dont les voyants peuvent se projeter dans une situation d‘aveuglement au sens propre comme au sens symbolique.

Rendre visible
Quand on a parlé des enjeux de cécité, un texte m’est revenu : l’interview de Claudia Cardinale par Alberto Moravia. Quand il lui demande de se décrire, elle n’évoque que son physique. Cela me renvoie à la difficulté de porter un regard sur nous-mêmes. Nous sommes obligés de passer par quelque chose pour nous observer : le miroir, le regard de l’autre... Cette idée de porter un regard sur soi-même à travers les yeux de l’autre m’intéresse. J’ai envie de rendre visible l’invisible, mais également le visible qu’on a sous les yeux mais qu’on n’arrive pas à regarder. Aborder ces questions face à des gens qui voient mais aussi des non-voyants nous rétablit tous à l’endroit du sensible, de la sensation. Est-ce qu’on voit par les yeux ou est-ce qu’on voit par les sens ?

Une vidéo en forêt
Cinq interprètes évoluent sur un plateau et vont, petit à petit, faire douter par leur implication que ce théâtre en est bien un. On les voit se balader, et ils nous amènent à nous demander : « sont-ils ailleurs ? » De cette première recherche, est née l’envie d’une transposition par la vidéo, dans un véritable espace extérieur. J’avais envie de tenter une promenade à l’aveuglette, en forêt, dans une ambiance très onirique, voire peut-être tirant sur l’abstraction de l’image… envie également d’installer une contrainte : organiser un repas au cours duquel les interprètes sont dos à la table et doivent quand même manger. C’est une situation totalement absurde qui loge voyants et non-voyants à la même enseigne.

Prendre le temps de lire le réel
Le réel est irregardable tel qu’il est. Lorsqu’on marche au milieu d’une foule, on ne regarde pas tout le monde. On passe de l’un à l’autre, on annule des choses, on en transforme d’autres, on réduit les distances, on les élargit. J’ai l’impression que le travail de l’artiste consiste à mettre en vibration ce réel avec le sur-réel du regard, pour assurer une certaine viabilité à la réalité.

Propos recueillis par Cécile Teurlay, le 13 décembre 2011

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