Antoine m'a vendu son destin / Sony chez les chiens

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Colline (Théâtre National) , Paris

Du 21 février au 18 mars 2017

CONTEMPORAIN

Dieudonné Niangouna joue une pièce du grand dramaturge congolais Sony Labou Tansi, l'histoire délirante d’une folle dictature, une tragédie dont les masques sont secoués d’éclats de rire terrifiants.
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Antoine m'a vendu son destin / Sony chez les chiens

De

Sony Labou Tansi

Mise en scène

Dieudonné Niangouna

Avec

Dieudonné Niangouna

  • Antoine m’a vendu son destin

C’est l’histoire loufoque d’un complot. Le prince Antoine et ses inconditionnels craignent un coup. Pour parer au pire, les généraux Riforoni et Moroni, inébranlables mordus du prince, font un faux coup d’État qui n’a pour but que de démasquer les vrais comploteurs. Antoine est publiquement déchu, conspué, flagellé même. Il est enfermé à la prison de Bracara avec sa mère Ferruciani, son garde du corps et son amante Yoko-Ayélé.

C’était pour attendre que la tempête s’éloigne... Mais la tempête demeure puisque Riforoni, l’Intérimaire, se voit confisquer les rênes de la nation par d’autres mains. Antoine, frustré, n’a plus qu’à s’accoutumer de la prison, y trouver son rêve et son nouveau destin. Mais là-bas, au-dehors, rien ne va plus. Les nouveaux chauffeurs de la destinée nationale sont chassés par un peuple en feu qui réclame le retour d’Antoine. Commencent alors d’interminables négociations. Délégations gouvernementales, diplomates, militaires, amis et adversaires essaient de convaincre Antoine de reprendre son destin d’homme d’État crasseusement aimé. Mais celui-ci préfère ses longues méditations derrière les barreaux de Bracara, prison moderne, prison qui chante et qui danse, prison des fous aussi.

Antoine a un autre regard, d’autres repères : Antoine rêve un autre rêve. Il essaie de partager ce rêve avec les prisonniers de Bracara auxquels il s’est identifié. Antoine a changé de combat, ses armes ne seront plus jamais les mêmes.

Cette pièce pourrait être la tragédie d’une génération qui bâcle ses rêves, ses espérances et ses mutations ; une génération qui entretient avec l’avenir des relations basées sur la panique et le laisser-aller. Ce sont également les joies sacrées d’un monde auquel l’Histoire dit : Attachez vos ceintures nous entrons dans une zone de turbulences.

Voici un texte qui donne la plénitude de l’art dramatique de Sony Labou Tansi, à travers l’histoire délirante d’une folle dictature. C’est une tragédie dont les masques sont secoués d’éclats de rire terrifiants. Tout se fissure. Une tragédie qui explore l’instant incommensurable qui sépare un homme de sa fin proche, à la fin. Une langue qui pénètre les paysages superposés de la mémoire, découvre leurs traces perdues et présentes, autant de scarifications anciennes.

Très jeune je découvre l’art de Sony à travers les rues de Brazzaville : son théâtre, son écriture, sa poésie, son engagement politique, et surtout sa fonction d’être homme, comme il se présentait. J’ai pris la peine de grandir avec jusqu’à affirmer ma propre mise au monde. Je n’ai jamais joué Sony. Pourquoi ? Parce que j’ai toujours refusé de le figer en une chose, aussi virtuelle ou éphémère qu’elle puisse paraître. Ce qui me touche et m’intéresse chez Sony c’est sa position d’être réel avec l’être. C’est en cela qu’il est devenu mon maître.

La situation actuelle m’oblige à interroger l’espace théâtral, en quoi peut-il jouer un rôle majeur pour configurer des nouvelles formes de pensées. Comment l’espace théâtral peut être déstabilisateur de son propre confort de penser ? Après les trente-deux ans au pouvoir du dictateur Denis Sassou Nguesso, comment arrive-t-on à concevoir que l’opinion internationale le laisse briguer un autre mandat contre la constitution, et surtout comment arrive-t-on à accepter qu’il fasse passer une nouvelle loi lui garantissant une impunité totale à vie doublée d’une poursuite judiciaire pour toute personne humaine ou morale qui oserait enfreindre cette loi ? Comment l’Occident aujourd’hui victime du terrorisme peut-il continuer à entretenir avec l’Histoire des relations de panique ?

Voilà vingt ans que j’ai découvert ce magnifique texte de Sony Labou Tansi et que je l’ai gardé en moi attendant le temps de la maturité pour pouvoir le partager. Depuis onze ans j’ouvre le festival Mantsina sur scène à Brazzaville avec la première tirade de Antoine m’a vendu son destin  : Sommes-nous sortis du monde... ? Et cette question fait raisonner en nous cette tragique part de l’histoire actuelle que traverse le monde. Vingt ans après sa mort, Sony Labou Tansi continue à hanter le mort qui est en nous pour nous réveiller.

Dieudonné Niangouna


  • Le corps et la lumière

Une scène habitée par le public autour. Une parole au milieu de la scène. Une lumière faible qui emprisonne le corps et le découpe sans cesse (le corps c'est l'acteur et le public).

L’acteur joue, il propose un type d’interpellation politique au sein même du corpus public, placé tout autour de lui. Mais cette interpellation passe par un jeu de langage articulé durant toute la pièce. Il donne à entendre les quinze personnages qui composent ce chef d’oeuvre de Sony Labou Tansi et traduit les situations en espace d’interrogation. C’est une boulimie d’actions vernaculaires qui prend d’assaut l’endroit de la représentation et tente en temps réel d’en faire un espace du débat : entre les personnages que l’acteur raconte à travers les quatorze situations de la pièce et sa présence au milieu du corpus qu’il interpelle dans une réelle proximité de corps et de parole. C’est un procédé proche du théâtre de guérison qu’on retrouve dans la cosmogonie Kongo : Le Kinguinzila.

« Je voudrais enfoncer en chaque mot la douleur de ces hommes vivants sous les griffes d’un siècle qui bâcle ces espérances et qui entretient avec l’avenir des relations de panique. » Cette phrase de Sony Labou Tansi qui ouvre la préface de Antoine m’a vendu son destin m’a toujours incité à livrer cette chose aux spectateurs comme une soif d’inventer l’espoir. Mais l’inventer les dents serrées en plongeant courageusement dans l’abîme. La mise en abîme s’est toujours imposée à moi comme ultime façon d’interroger la fiction par le vécu, la fable par la réalité, le théâtre par l’expérience.

Trois textes constituent cette forme à l’image d’un triangle : Antoine chez les chiens qui répond post-mortem à ce personnage avec ses hauts fulgurants et ses bas tapageurs, Antoine m’a vendu son destin qui est la racine principale de ce projet, le coeur de la bête dans toute son hégémonie politique, et enfin Sony chez les chiens qui questionne l’écrivain dans son rôle face à l’Histoire.

Si le premier texte fait une adresse directe vers Antoine, les deux autres s’imbriquent et se répondent en une sorte de dialogue parallèle, entre l’oeuvre et son auteur disparu il y a vingt-et-un ans. Cette alchimie permet de réactualiser l’histoire et rend compte de l’acte en notre temps, en un théâtre qui revendique l’engagement au centre de la matière.

« L’espoir en nous se confond avec la force d’affirmer la meilleure part de l’homme, l’affirmer les dents serrées, l’entêtement de défendre cette part-là contre l’arrogance et la barbarie. Le temps de changer de regard, le temps de changer de rêve est aujourd’hui. » C’est sur cet engagement de Sony Labou Tansi que je me permets ici de répondre au désenchantement d’un système qui a longtemps prôné une fatalité dont ma génération est issue mais qui aujourd’hui veut rêver d’un autre rêve en criant : Ça suffit !

La vérité de ce cri n’appartient qu’au poème rêvé. Et donc le temps pour moi de partager cette question : De quel poème rêves-tu ? Afin de trouver le quatrième côté du triangle...

Dieudonné Niangouna

  • Les mots de l'auteur

« Nous vivons tous pour le théâtre : le théâtre des existences ou celui de la scène. » Sony Labou Tansi

Ici commence la tragédie de notre génération bâclée. Le drame de tous les peuples bâclés, dans une Histoire bâclée aussi grossièrement que possible...

Je voudrais enfoncer en chaque mot la douleur de ces hommes vivants sous les griffes d’un siècle qui bâcle ses espérances et qui entretient avec l’avenir des relations de panique. De quel droit me dira-t-on ? Ayant eu le culot de naître Africain, j’ai un droit de regard sur tous les comptes de l’Humanité, notamment sur celui qu’on nomme l’Histoire.

Je voulais écrire une pièce sur Mobutu, magnifique enfant de ce siècle, avec ses hauts fulgurants et ses bas tapageurs. J’ai lâché l’idée. On ne m’aurait prêté que le fait rudimentaire d’être pour ou contre lui. Écrire, c’est aller plus loin que les rudimentaires pour ou contre. L’Afrique deviendra de plus en plus un cas de conscience pour l’Humanité tout entière. Sans doute son point le plus faible. Je crie cette chose-là à la face des Hommes. Ils m’entendront ou bien ils me maudiront. Mais je ne peux plus agir en dehors de cette mesquinerie manifeste que l’Histoire nous vend.

Une génération ne se compte pas seulement par le nombre de tonnes de ferrailles qu’elle envoie sur la lune ou ailleurs. Les générations comptent par la qualité de leurs espérances. Si nous autres têtus d’Afrique demandons têtument la parole après cinq siècles de silence, c’est pour dire l’espoir à l’oreille d’une Humanité bâclée.

Sony Labou Tansi

  • Lettre à Denis Sassou Nguesso et à ses alliés

Nous ne sommes pas tous Néron.

Monsieur le président, je m’insurge. Ne pas s’insurger serait cautionner la grande tragédie qui se prépare et à laquelle personne d’entre nous n’échappera à moins d’en être le bourreau. Ce n’est plus seulement un simple exercice du laisser-aller que traverse actuellement le Congo. C’est la mort du sens qui commence. L’esclavage du peuple congolais à l’état d’effacement total.

Monsieur le président, vous voulez effacer la personnalité du peuple. Et cette disparition morale est l’ultime opération qui provoquera votre ascension vers les rouages de la déification, pensez-vous. Des choses ont été commises et toutes les impossibilités existent sur la terre. Notre devoir en tant que citoyen est d’empêcher toute forme d’autocratie qui signe la mort du genre qui respire. Il ne peut être concevable que toute une génération soit prise en otage par la gabegie, et de ce système de zombification l’on puisse dénoter un insolent torrent de vertiges, mécanique d’un manège de destruction politique des avenirs, sans que la colère venue du peuple ne questionne nos rapports à l’autorité, à la diplomatie, aux amis et aux amitiés, à la violence, à l’altérité, à la vie elle-même telle qu’elle passe avec ou sans nous, à la mort qui manifestement prend la forme de la peur pour nous rétracter. Nous sommes les pas contents ! Nous disons SASSOUFIT.

Monsieur le président, en juillet dernier, devant des milliers de congolais réunis au stade Félix Éboué pour célébrer l’ouverture du Festival panafricain de musique, vous m’aviez reçu en m’accordant le Grand prix des arts et des lettres en présence de toutes les chaînes de télévisions congolaises. Ce prix je l’ai mérité par mon entêtement à faire du théâtre un espace du débat social, un lieu de résistance contre toutes formes de léthargie et de politique d’endormissement. C’est pour ce même combat que quelques jours avant, le 14 Juillet donc, la France me faisait Chevalier des arts et des lettres dans le jardin de la Case de Gaulle. Ce que je combats avec et par le théâtre m’oblige comme hier à m’insurger contre cette politique que vous tenez tant à faire persister.

Quels citoyens sommes-nous si nous sommes incapables de défendre des valeurs en quoi nous croyons et qui garantissent la souveraineté du peuple et son bien-être.

Dieudonné Niangouna

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