L'image du miroir est parfois crue et vraie, parfois flatteuse ou déformante. Dans le miroir, les gens du théâtre -metteurs en scène, écrivains, comédiens,…- s'observent les uns les autres pour guider l'œil du spectateur.

Critiques spectacles "jeune public"

Critiques 2ème 
Quinzaine de mai

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Quinzaine de mai

Critiques 2ème
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Critique 1ère Quinzaine d'avril

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Critiques 1ère Quinzaine de février

Critiques 2ème Quinzaine de janvier

Critiques 1ère Quinzaine de janvier

Critiques de décembre

Critiques d'octobre et novembre

 

Nos Reportages Multimédias :
Visage de Feu de Marius von Mayenburg
Music-Hall de Jean-Luc Lagarce
Pas à deux de Charlie Kassab
Porte de Montreuil de Léa Fazer

Nos Interviews :
Romane Bohringer pour Les sept jours de Simon
Par Joan Amzallag, images Michel Linas

(Les interviews et chats sont à consulter dans "Le Boudoir")

Nos Articles de Fond :
La saga du théâtre et des nouvelles technologies
Par Sabrina Weldman

Nos Critiques de la Quinzaine :

 

Terres brûlées
Visage de feu au Théâtre National de la Colline
Par Jeanne Le Gallic
Jusqu’au 24 juin

« Souriante, lente et désinvolte »
Music-Hall au Théâtre du Rond-Point
Jusqu’au 16 juin
Par Cyril Carret

Dans la solitude du Tour de France
54 X 13 au Théâtre de la Bastille
Jusqu'au 30 juin
Par Karine Blanc

Simon Labrosse, faiseur de malice
Les 7 jours de Simon au Théâtre d’Edgar
Jusqu’au 30 juin
Par Vladimir Mouveau

Mélange des genres éblouissant
Pelahueso, cabaret circassien sous le chapiteau de la Compagnie Gosh 68, Quai de Seine
Jusqu’au 24 juin
Par Christina Anid

Valmont empli de rage et de feu
Les liaisons dangereuses au Théâtre Silvia Monfort
Jusqu’au 16 Juin
Par Vladimir Mouveau

Le sacre du Tango
Festival Buenos Aires au Théâtre National de Chaillot
Jusqu'au 10 juin
Par Diane Valembois

Ritournelle fantastiquement jolie
Dans la plaine les baladins au Théâtre Dunois
Jusqu’au 10 juin
Par Christina Anid

En Mélodie
Victoire d’Amour au Théâtre de l’Essaïon
Jusqu’au 16 juin
Par Serge Latapy

Leçon de fidélité surréaliste
Louison au Lucernaire
Jusqu'au 8 septembre
Par Christina Anid

Y a d’la joie !
Rue de la gaîté, Offenbach au Théâtre des Bouffes Parisiens
Jusqu’au 4 août 
Par Catherine Robert

Sérénade à deux temps pour un Feydeau explosif
Double jeu chez Feydeau, au Théâtre de Nesle
Jusqu’au 31 Juillet 
Par Vladimir Mouveau

La farce et son dindon
Les Fourberies de Scapin au Théâtre de la Porte Saint-Martin
Jusqu’au 21 juin
Par Cyril Carret

Mémoires d’outre-tombe
Dernières lettres de Stalingrad au Théâtre du Lucernaire
Jusqu’au 23 juin 
Par Catherine Robert

Enumération alimentaire bizarre
Mon père qui fonctionnait par périodes culinaires et autres à l’Aktéon Théâtre
Jusqu’au 9 juin
Par Christina Anid

Un duo rigolo qui nous fait voir la vie en couleur
Black and White au Théâtre de Dix Heures
Jusqu’au 30 Juin
Par Joan Amzallag
 

Bienvenue à Montmartre !
Autour du Chat Noir au Nouveau Théâtre Mouffetard
Jusqu’au 17 juin
Par Caroline Delage

 

Terres brûlées
Visage de feu au Théâtre National de la Colline
Jusqu’au 24/06
Par Jeanne Le Gallic

Pièce du jeune auteur allemand Marius von Mayenburg, dramaturge à la Schaubühne berlinoise, Visage de Feu, mise en scène par Alain Françon, raconte le malaise, le refus et la dérive psychique d’une adolescence révoltée. L’écriture est forte, la scénographie un modèle d’épure, les acteurs inventifs et percutants. 
La force du spectacle réside dans la mise à distance du tragique. La violence et le naturalisme de certaines scènes n’empêchent pas la saveur satirique dénonçant le décalage et l’incompréhension de deux générations au sein d’une même famille.


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Kurt (Rodolphe Congé), est en porte-à-faux avec le monde des adultes. Il refuse de faire le deuil de son enfance et d’appartenir à cet univers formaté que représente ses parents. Il prétend se souvenir de sa naissance. La seule personne qui l’écoute et le comprend est sa sœur Olga.

Cette dernière, remarquablement interprétée par Stéphanie Béghain, veut devenir femme et, en même temps, se sent pourrir parce qu’elle s’éloigne de la pureté. Le sexe l’intrigue et la démange. 
Aussi est-elle souvent entrain de se masturber pendant le début du spectacle, surtout devant son père qui, absorbé par son journal et les meurtres d’un serial killer de prostituées, ne remarque rien. 

L’allusion à l’éveil des sens, au complexe d’Œdipe et d’Electre, sont retranscris sur le plateau par un naturel déconcertant (Kurt rejette sa mère faisant ses ablutions sur un bidet à côté de lui).
La relation exclusive du frère et de la sœur se transforme bientôt en inceste.

Olga rencontre Paul (Stanislas Stanic) qui devient son amant.
Kurt a le visage de la haine, il perd sa seule alliée et sombre peu à peu dans la maladie mentale. Il veut faire table rase, il brûle à l’intérieur d’un feu rédempteur et purificateur :   « celui qui a brûlé brûlera ».
Il se passionne pour les flammes et les explosifs. Son engouement terroriste va jusqu’à l’automutilation.

La ouate moelleuse d’un cocon familial paisible, l’harmonie des repas pris en commun sont les seules obsessions des parents (Evelyne Didi et André Marcon). Ils refusent de prendre en compte les séquelles psychiques de Kurt et la fascination qu'il exerce sur sa sœur. Le drame est en marche.

La maison, unité de lieu et lieu du drame, est remarquablement rendue par une scénographie épurée. La scène représente à la fois la salle à manger, la chambre et l’étage avec la salle de bains. Un échange de regards entre les comédiens suffit à faire changer de pièce.

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L’action se construit de manière indicible, au travers de l’accumulation de saynètes qui, peu à peu, prennent sens. Cette structure fragmentée fait écho à l’innovation dramatique de Georges Büchner dans Woyzec.

L’ensemble se déroule dans une blancheur clinique. Un travail d’ombres portées rend compte de l’étranglement mental des personnages.

Les comédiens participent de cette créativité. Les recherches dans le jeu sont constantes. Ils sont sur un fil fragile. Le conformisme des parents bonhommes et hermétiques aux questionnements douloureux de leurs enfants, l’enfermement et le repli des adolescents révoltés, se traduisent par des actions physiques récurrentes. 
La mère débarrasse la table avec un soin plus que scrupuleux, Kurt se perche comme un oiseau blessé sur le lavabo (position fœtale de Birdy) et s’enroule comme un vers dans son duvet. Olga se dandine et s’immobilise au gré de ses désirs et de sa sclérose …

Le drame s'insinue dans une pièce traitée sous forme de tragi-comédie. Les scènes crues et choquantes, la violence des propos et des situations appellent toujours une mise à distance. Le spectacle est exempt de démonstrations « par a + b », c’est ce qui déroute et qui fait sa force.

La mise en scène de Françon sert parfaitement l'écriture contemporaine, novatrice, brute et forte de Marius von Mayenburg.
La quête de pureté, le terrorisme, la déviance tragique des personnages, le schisme et l’incompréhension des générations renvoient au malaise de nos sociétés occidentales. La pièce invite à la réflexion, sans masturbation intellectuelle, et s'inscrit en lettres de feu dans les mémoires.

 

 

« Souriante, lente et désinvolte »
Music-Hall au Théâtre du Rond-Point
Jusqu’au 16 juin
Par Cyril Carret

Un soir morne de Besançon, Jean-Luc Lagarce vit le chanteur Ringo s’éloigner à pied de la boîte de strip-tease où, loin de la gloire post-yéyé en compagnie de sa femme Sheila, celui-ci venait d’interpréter ses anciens succès. De la solitude, du désenchantement de cette nuit noire et d’autres souvenirs est né Music-Hall, émouvante stance à la gloire de l’éphémère.


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« Souriante, lente et désinvolte », comme un flacon de parfum au suc jauni cristallisé, abandonné sur le palissandre d’une commode, une femme apparaît doucement dans la lumière. 
Une moue gracieuse et accorte accompagne des yeux au regard affecté et profond, qu’une mèche échappée d’un chignon malhabile vient parfois recouvrir.
Le col de la robe laisse entrevoir une nuque de silice. Des bras démesurés font voler les gazes du fourreau de satin cramoisi. La chair distendue des aisselles donne la mesure du temps. 

Sa voix grave et pathétique alourdit sa présence, et le temps nous la livre ainsi, belle et délicate comme un éventail de soie que l’on ne prend plus le soin de balancer.

Commence alors une rengaine de fado lancinant à la gloire d’un monde qui n’a jamais été. Celui d’une étoile qui n’a jamais luit que pour une aube trop lointaine.
Errance de cabaret, d’une femme artiste vêtue de carmin, offerte à l’indifférence des verres qui se vident et du cliquetis des assiettes qui s’entrechoquent. Elle est livrée à la goguenardise d’une assistance aux yeux creux, donnée en pâture à la laideur du soir.

L’ange, juché sur un trépied de trayeur, fleurit et se déchire, comme se viole la gousse d’un coquelicot encore froissé. L’imperturbable sourire ne parvient pas à se faner car la reine du « mine de rien » en a décidé autrement : briller, resplendir et scintiller, « avancer, souriante et désinvolte », coûte que coûte, vaille que vaille.

Ils sont également présents. Les boys. Improbables Augustes à la démarche syllabaire, Tif et Tondu au rire qui sonne clair. À droite ou à gauche, parfois juste derrière.
Ils martèlent le plancher du décompte de leurs malhabiles pas. Un, deux, un, deux ; petit pas glissé sur le côté ; un, deux, un, deux ; tension des bras, habile balancé. 
Les visages expriment la sagesse de la résignation et l’indolente indifférence qui les replie en leur rôle.

Toujours au second plan mais jamais totalement absents, à la manière du châssis qui tend la toile et son portrait ;
un, deux, un deux. 
Ils apparaissent et s’éclipsent. Ils sourient, lents et désinvoltes, 
ils esquivent les projectiles qui fondent sur une scène bientôt abandonnée.


Le magnétophone à bande crache une mélopée sirupeuse qui pourrait dire un peu ceci : « Ne me dis pas que tu m’adores mais pense à moi de temps en temps, un mot d’amour c’est incolore mais un baiser c’est éloquent. »

La scène qu’illumine un spot à la lueur blafarde s’ouvre sur le vide que vient barrer un tabouret noir. Un tabouret quelconque, un de ceux que l’on ne regarde pas et sur lequel on pose une demie cuisse lorsque le café du bar matinal vient sonner l’heure de la projection dans le mouvement.
Il est là mais ne dit rien ; indispensable et muet comme un travelo rompu dans un cabaret abandonné à la fumée des cigarettes et aux bris des verres répandus sur le pourpre d’une moquette élimée.
Central et invisible comme le devient un monument qui n’est plus à force de quotidien, il est comme une photo depuis trop longtemps accrochée et dont les couleurs palissent d’indifférence.
« Souriante, lente et désinvolte »

Des confettis jonchent le sol. 
La fête passée, ils gisent inertes et se gonflent de moiteur. Leur splendeur fut brève. Un bras qui s’étire, une main qui s’ouvre. Un, deux, un, deux, agapes fugaces tombent en spirale désordonnée. Fleur de cactus qui s’ouvre dans le désert. Splendeur éphémère s’offrant à l’ennui. 
On est décidément bien peu de choses …

 

Dans la solitude du Tour de France
54 X 13 au Théâtre de la Bastille
Jusqu'au 30 juin
Par Karine Blanc

Jacques Bonnaffé nous entraîne dans son échappée solitaire et réussit la prouesse de nous faire vivre une heure trente de course au rythme d'une trompette entêtante. Quand le sport et le théâtre se rejoignent dans une performance magistrale… Oubliez tout ce que vous avez toujours cru savoir sur le cyclisme et vivez le Tour comme vous ne l'avez jamais vu.

Photographie d' Alain Dugas

Cliquez sur l'image pour voir l'interview.

Comment raconter la terrible solitude du sportif face à sa performance ? Le théâtre est-il le lieu de figuration des sentiments et des émotions d'un coureur dans l'effort ? Comment raconter la lutte solitaire, la sueur, la pression et l'adrénaline ? Et si le théâtre était justement le vecteur privilégié de transmission de l'enchevêtrement de ressources physiques et mentales que l'athlète débusque dans d'ultimes recours ? Parce que le théâtre est un art vivant et que le sport est spectacle. 

Que connaît-t-on des sportifs anonymes de haut niveau ? Lilian Fauger, anonyme dunkerquois, champion d'un jour, pédale, mouline, développe et nous entraîne dans son sillon. Parce que le véritable héros n'est pas toujours celui qu'on croit. 

Sur la scène du Théâtre de la Bastille, qui laisse décidément le champ libre à des scénographies sensibles et justes : une caravane du Tour de France (qui révèlera mille et une merveilles), deux fauteuils de camping, une table en plastique et un vieux téléviseur.
 Il y règne de faux airs du « camping-caravaning » de Mimizan plage ou autre Grande-Motte … jusqu'à l'arrivée du coureur et de son trompettiste, qui donnent le ton et recentrent le propos : c'est bien de cyclisme dont il s'agit. Malgré le relent estival qui flotte autour de la manifestation, le repos n'a pas sa place ici.

Jacques Bonnafé mouille sa chemise au sens propre du terme. Il souffle, on souffre … parce qu'il a réussi l'échappée et qu'aujourd'hui est peut-être son jour de gloire. 54X13 est un développé idéal, il le sait. 
C’est la formule magique qui lui permettra peut-être de gagner sa première étape et de connaître ne serait-ce que quelques heures les feux des projecteurs. Alors il pense à son père, à sa mère, à ses concurrents, à son manager, au carnaval de Dunkerque et aïe la crampe et ouf une descente… Et cette arrivée qui n'arrive pas ! 

Photographie d'Alain DugasLa trompette d'Eric Le Lann rythme la course et l'étrange
chorégraphie de Jacques Bonnaffé.
Ce dernier, en chemise blanche et nœud papillon, n'a pas besoin de bicyclette pour être un coureur.

L'incessant mouliné de ses bras, son déhanché soutenu, son souffle court, et son phrasé cadencé, nous racontent parfaitement la danse héroïque du cycliste. Son corps s'expose et explose. 
Le duo parfaitement symbiotique nous fait vivre les montées, les descentes, les faux plats et les flonflons des arrivées passées ou imaginaires. 

La dialectique du cycliste est simple : continuer ou s'arrêter, souffrir ou renoncer, gagner ou perdre. Etre le premier quoi qu'il en coûte, parce qu'être deuxième, c'est déjà perdre et que certaines places sont plus douloureuses que la souffrance physique.

Photographie d'Alain Dugas

À l'heure du dopage et de la dérive du sport professionnel, le texte de Jean-Bernard Pouy efface la distanciation entre le coureur et son public. Le média a toujours sa place ici à travers les écrans qui nous projettent en gros plan le visage de Philippe Duquesne pour nous enseigner le code "Wegmüller" ou l'honneur du cycliste. 

On entre dans le domaine de l'intime, avec une grande pudeur pour partager quelques instants l'authenticité d'un sport dont les récentes diffractions pouvaient nous faire douter de la légitimité du terme.

La performance de Jacques Bonnaffé va au-delà de la réussite de l'exercice périlleux que constitue le monologue. Il accomplit sous nos yeux un véritable exploit sportif : Lilian s'échappe et Jacques s'envole sous nos yeux fascinés et il nous laisse le souffle court, l'esprit serein et l'âme lavée par l'intégrité douloureuse d'un sportif à l'échelle humaine. 

 

Simon Labrosse, faiseur de malice
Les 7 jours de Simon au Théâtre d’Edgar
Jusqu’au 30 Avril 2001
Par Vladimir Mouveau

Simon Labrosse est un spectacle mis en scène par Romane Bohringer et interprété par de jeunes comédiens au talent fougueux, à la perspicacité juste et à la prestance originale. Le genre est difficile à classer, entre le spectacle comique interprété par une troupe jeune et créative et le one man show véritable. La constitution est en tout état de cause agréable et l’on ressort fier d’avoir fait partie de la vie de Simon le temps de sa petite semaine.


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Sur la petite scène du Théâtre d’Edgar, le décor est chaleureux. On se retrouve dans une sorte de bungalow avec une ambiance africaine en fond de décor ; des planches sont fixées au mur, un paysage de plage et de cocotier, des bruits de savane une paillasse par-terre et une petite boîte aux lettres meublent la scène. Une atmosphère de vacances et d’oisiveté plane sur les planches

Simon est un personnage qui court derrière les idées, qui les rattrappe, les devance, leur donne forme. Au chômage, il cherche à se faire employer pour les petites qualifications originales qu’il possède : Donner de la joie aux gens, donner de l’espoir, trouver des idées, etc. Il rencontrera ainsi tour à tour des personnages malheureux, à la dérive, à qui il proposera d’embellir la vie, de nourrir le quotidien de sa présence et de sa joie. 

Ainsi il se fera le « public » et le flatteur d’une femme jolie mais peu sûre d’elle ; il se proposera de prendre sur lui tous les malheurs d’un jeune homme en crise de haine contre son père, il tentera de se faire le « finisseur de phrases » de gens qui n’arrivent pas à aller au bout de leurs idées, qui n’arrivent pas à terminer leurs phrases et trouver leurs mots, etc. contre la modique somme de quelques dollars.

La pièce offre un moment frais et 
léger dans lequel on rit souvent. Les comédiens ont un talent indéniable et on se sent rapidement leur copain. 
A mi-chemin entre la production sérieuse de grande dimension et le petit théâtre expérimental de quartier, l’atmosphère est piquante et confine à la complicité. 
Les sièges sont d’ailleurs collés à la scène en arc de cercles, le public fait presque partie de la pièce et du jeu.

On saluera la mise en scène de Romane Bohringer qui a su créer ce côté très « potes » et très complice. Le spectacle est à tendance un peu féminine toutefois ; la majeure partie du public est constitué de femmes. Le beau Simon, sous ses airs de fournir tout à tout le monde et d’ « assurer » en toute circonstance, se pose en effet un peu comme l’idéal féminin du lieu.

Les sept jours de Simon vous revigoreront donc ; il s’agit d’un spectacle complet, plutôt peut-être dédié à une génération « cool » en mal d’existence qu’à des octogénaires attirés par la énième version du Malade Imaginaire de Molière. Ce spectacle vous transportera dans un petit univers bien particulier où espoir et joie sont deux qualificatifs essentiels dans un monde en pleine bascule.

 

Mélange des genres éblouissant
Pelahueso, cabaret circassien sous le chapiteau de la Compagnie Gosh 68, Quai de Seine
Jusqu’au 24 juin
Par Christina Anid

 

La compagnie Gosh déballe ses roulottes et ses chapiteaux pour installer sur un bout de quai de Seine son univers merveilleux. On peut y dîner en rêvant, y boire un verre en riant. Devant les loufoqueries de clowns acrobates, de serveurs équilibristes ou encore de musiciens comiques, le dépaysement est garanti.
Que ce spectacle soit du cirque, du cabaret ou du théâtre, peu importe car la magie est là, véritablement forte.

La tête sous les étoiles de ce chapiteau, les artistes s’accordent le droit de nous surprendre sans cesse. Ils nous dévoilent tour à tour leurs talents divers et les mêlent pour notre plus grand bonheur. Ce lieu est un véritable espace de liberté, tout y est étonnant, tout y est joli.

Le spectacle débute alors que les serveurs s’affairent, déjà acteurs du spectacle auquel le public semble également participer. Les artistes arpentent quatre allées bordées de tables de bistrot où des inconnus ravis d’être assis ensemble rient en chœur.
Dans un coin se trouve un orchestre. 
Il joue des airs ayant subi toutes sortes d’influences musicales, du jazz à la musique tzigane. 
Dans un autre se situe un boudoir ou encore un bar où éclate une bagarre de saloon.

Tout semble pouvoir arriver alors que s’envole au dessus de nos têtes une acrobate volontairement gaffeuse et indéniablement gracieuse. Puis Hercule en tutu se met à danser, à escalader, les siamois « Roger et Roger » déclinent ensuite leur curriculum vitae de concert pour les producteurs présents dans l’assistance. Les têtes tournent dans tous les sens pour ne pas perdre un instant d’éblouissement.

La scène et la salle se confondent dans ce rêve éveillé. Avec paillettes, froufrous et nœuds papillons, ce spectacle est un melting pot d’époques, de couleurs et talents.
Au sortir du chapiteau, on a la tête qui tourne de tant de fantaisie. La compagnie Gosh distribue des rêves à profusion. Ce spectacle là est euphorisant.

 

 

Valmont empli de rage et de feu
Les liaisons dangereuses au Théâtre Silvia Monfort
Jusqu’au 16 Juin
Par Vladimir Mouveau

Voici une adaptation sculptée dans le marbre pour le texte de Laclos ! A travers la mise en scène originale de Philippe Faure, se dessine une nouvelle interprétation racée des célèbres lettres libertines, à mi-chemin entre le rendu du texte original et une construction scénique complexe (à l’image de l’œuvre cinématographique de Stephen Frears).
 Le spectacle offre une vision juste et fidèle de l’esprit du sentiment amoureux et du tragique que le maniement perfide de ce sentiment implique. Un grand moment de pureté pour cette œuvre sulfureuse du XVIIIème siècle.

Le décor est particulier. Par un jeu de panneaux coulissants, de portes tantôt cachées, tantôt révélées, par des éclairages fusant et faisant ressortir les traits mauvais ou naïfs des personnages, la scène est un lieu de confidences, d’échange de sentiments violents et de retournements d’humeurs. 

Les volumes sont changeants. D’une pièce qui était couloir, on entre dans une chambre qui reçoit la confession amoureuse d’un personnage, tantôt on passe à la disposition d’un boudoir qui accueille les déclarations d’un soupirant, et tantôt on se retrouve, par le pivot d’un plancher ou la rotation d’une cloison, dans un petit confessionnal voué aux épanchements d’une pauvre âme en peine.

Les parois et les planches sont sombres, comme laquées. Elles avancent ou reculent en fouettant l’air. Le tout confère à l’atmosphère un caractère sophistiqué de trompeuses confidences, d’artifices à tiroirs, finement adapté à la perversité des sentiments.

Les comédiens jouent de façon plutôt agréable. On notera particulièrement la prestation de Fabrice Pierre qui interprète l’élégance du Vicomte de Valmont d’une façon presque féline.

Véritable pilier de la pièce, il joue parfaitement sous toutes ses allures la cruauté et le cynisme du libertin sans foi. Le déploiement de son charme et les attaques perfides qu’il inflige à ses proies par l’intermédiaire de son fin penser et de sa gestuelle chorégraphique ne peuvent que laisser admiratif. 

Il effectue des pas de danse, ses mouvements sont amples et travaillés, il construit son cynisme à coups de sourires biaisés, de regards hautains, d’yeux qu’il s’attache à rendre aussi ronds et meurtriers que possible. C’est vraiment du Valmont digne du grand Malkovitch.

Les autres acteurs sont inspirés aussi. La Marquise de Merteuil (Sylvie Raboutet) manque peut-être d’une pointe de relaxation dans son jeu. Elle est méchante sans s’attacher la finesse et la profondeur décontractée de Valmont.
La Présidente de Tourvel (Anne Bouvier) et Cécile Volanges (Chloé Réjon) sont à point représentées dans leurs émotions innocentes. Le chevalier Danceny (Nicolas Gabion) manque un peu de caractère.

La pièce est donc riche et particulièrement du côté des décors et du jeu de Valmont.
Les costumes d’époque éveillent l’esprit classique, l’aisance du mot et de la phrase. 
On se trouve transporté dans une adaptation assez fidèle du texte qui n’en rajoute pas trop et se joue des fioritures attachées à la contrainte du lieu unique.
Les effets spéciaux sont brillamment orchestrés. 

La musique apparaît parfois, ou les commentaires d’un personnage en fond sonore. Ces effets sonores ne s’organisent pas toujours bien avec le mouvement d’ensemble de la pièce mais ils contribuent toutefois à structurer le spectacle autour de l’œuvre épistolaire.

Le spectacle est donc à voir. L’esprit des Liaisons Dangereuses est un délice dès lors qu’il est adapté et interprété de façon fine et élégante : c’est le cas de la pièce de Philippe Faure au Théâtre Silvia Monfort. Allez-y avec force renfort.

 

Le sacre du Tango
Festival Buenos Aires au Théâtre National de Chaillot
Jusqu'au 10 juin
Par Diane Valembois

Paris, capitale de la France a toujours eu cette chance d'accueillir en son fief les plus grands artistes argentins. Piazolla, appelé le détonateur du tango, a fait ses gammes dans notre pays. C'est peut-être pour cette raison que Paris est si apprécié des Argentins car c'est ici que ce grand compositeur a été reconnu pour cette musique si innovante qui déroutait les vieux sages autochtones. Pour les musiciens argentins, Paris est donc un passage obligé pour être reconnu dans la profession. 

Photograhie de Willy Castellancs

Au Palais Chaillot, pendant 26 jours, le Tango va occuper le devant de la scène. Ce lieu privilégié a choisi de réunir, cette année, ce qui se fait de meilleur en matière de tango : musiciens, chanteurs et danseurs.

Au programme du soir où nous sommes allés voir le spectacle : Le Juanjo Dominguez Trio. Dans un décor minimaliste, les doigts des guitaristes voyagent à cent à l'heure sur les cordes pour offrir au public un cocktail savamment composé de classiques et de morceaux originaux et innovants. Est-ce à dire qu'une nouvelle ère du tango commence à poindre ? Sans doute.

Trois hommes, dont deux tout de noir vêtus, jouent à faire exploser des « bravos » . Les têtes bougent au rythme des instruments. Les pieds des spectateurs frappent le tempo sur le sol de la salle de spectacle. Nul besoin de danseurs qui détruiraient l'alchimie de cette atmosphère si intimiste.

Les spectateurs sont en osmose avec les musiciens. Mais c'est un ange blanc, le grand guitariste Juanjo Dominguez, qui force l'admiration tant il excelle dans son art. Sa guitare et lui s'épousent et on se dit que jusque dans l'éternité, cet homme-là s'amusera à inventer des nouveaux sons tango.

 Après leur « bœuf », le trio virtuose laisse la place à l'Orchestre de Escuela de Tango . Le premier sentiment, très furtif, est de regretter l'absence d'un couple de danseurs. Mais très vite, on est pris par la magie du bandonéon, ce célèbre instrument qui ressemble en plus petit à l'accordéon et des désarticulations duquel jaillit une musique pathétique.

Photographie de Willy CastellancsLa gestuelle des musiciens est parfaite et les corps suivent les supplications des sons implorants. On s'habitue progressivement à cette musique bouleversante. 
Le son du tango plonge dans la nostalgie, remettant ainsi la mémoire en marche. 
La vie du passé oublié vient frôler le présent avant que la touche finale du pianiste ne nous extirpe trop tôt de nos rêves.

C'est terminé, il est temps d'applaudir et d'ovationner l'Orchestre. C'est alors que, comme pour ne pas détruire ce moment magique, la salle de bal s'ouvre sous nos pieds. Frémissant de passion argentine, il est enfin l'heure de danser, sans rose à la bouche.

 

Ritournelle fantastiquement jolie
Dans la plaine les baladins au Théâtre Dunois
Jusqu’au 10 juin
Par Christina Anid

Ce spectacle est un merveilleux jeu de lumières. Des ombres de sculptures formées de bric et de broc sont projetées sur fond de peintures colorées et sont autant de personnages magiques issus du monde du cirque. Des poèmes d’Apollinaire sont récités, une histoire d’amour et d’errance y est contée et une musique envoûtante de Dimitri Chostakovitch est jouée dans une exaltante harmonie.

Refuge sombre d’une chaude journée, le Théâtre Dunois abrite le décor 
d’un spectacle magnifique dont la scénographie déroute et la forme enchanteresse étonne. 
Cet hommage à Calder, fruit de l’imaginaire très riche de la compagnie Espiègle, développe aussi celui des spectateurs, grands et petits.

Le « cirque minimum, plus petit cirque du monde » fait son spectacle dans les mains du talentueux sculpteur Vincent Vergone. Au moyen d’une lanterne magique, sorte de rétroprojecteur antique qui porte si bien son nom, le manipulateur qui est également le metteur en scène donne vie à ses sculptures en projetant leur ombre. 

Une otarie mécanique, un homme tire-bouchon, un éléphant à tête de théière apparaissent sur un rideau à présent blanc. Au moyen d’une astucieuse table tournante, les ombres des personnages s’agitent gracieusement.

Ces sculptures mouvantes faites d’objets anodins plantent le décor de la romance de Clothilde et Guillaume. Cette petite fille au visage sculpté de poupée et au corps fait d’une carafe en cristal, lutte contre la vie qui veut l’éloigner de son lion de cirque au corps fait d’une branche d’arbre embellie par les flots.

Riche de jolis messages et de rêverie, ce conte merveilleux est ponctué des sublimes poèmes d’Apollinaire qui, dans ce contexte, sont rendus accessibles aux enfants. Poèmes, musique, textes et images s’entrelacent pour former un tout éblouissant.

Les trop petits s’impatientent parfois, ayant du mal à se concentrer sur cette sublime et tellement subtile beauté. Mais la toile devenue sombre s’éclaire et un soupir admiratif surgit de l’assistance à la vue d’une nouvelle peinture, paysage mouvant aux mille couleurs.

Les intertitres de l’histoire apparaissent sur fond noir. Les enfants participent et se plaisent à les lire à voix haute et en chœur. La musique live du violon de Caroline la Lancette (en alternance avec Cécile Garcia) et de l’accordéon de Philippe Zeich (en alternance avec Bénédicte Huré) nous emporte.

Après le spectacle, la question d’un enfant « Pourquoi le lion n’a que deux jambes ? » entraîne cette réponse de Vincent Vergone « Je ne cherche pas à reproduire les choses, je cherche à les faire rêver. ». Chaque détail de cette ritournelle éclatante contribue à atteindre ce but.

Rencontre de multiples formes de beau, cette heure de bonheur follement poétique est la seule raison de ne pas aller au parc en famille.

En Mélodie
Victoire d’Amour au Théâtre de l’Essaïon
Jusqu’au 16 juin
Par Serge Latapy

La surprenante Mélodie Marcq, sous les voûtes de l’Essaion, s’essaie à l’érotisme. Elle ne touche pas à tous les coups, mais n’en est pas moins touchante.

Elle a un beau visage, Mélodie, une bouche gourmande, une mine chafouine et des yeux pers qui savent chercher les vôtres, qui savent les trouver, la garce.
C’est aussi une belle fille, comme l’annonce son affiche callipyge, comme le laisse suggérer son noir décolleté et comme le confirmera par la suite le dévoilement successif -mais pas simultané- de toutes les parties de son corps.

On comprend que Mélodie n’a pas froid aux yeux, ni peur de livrer une partie de son intimité aux foules.
Mais attention, Mélodie n’est pas Mélodie Marcq mais, assure-t-elle, Michel Galland, un homme, quarante-deux ans, ingénieur hydrographe. 
Et le discours de Mélodie n’est rien moins qu’excitant au début, puisqu’il se propose de retracer le parcours existentiel, fort banal, dudit Michel.

Michel est un quadra sans histoires, c’est à dire raisonnablement frustré, qui a toujours tenu son sexe en lisière jusqu’à ce qu’une créature en ciré jaune, un soir d’orage, ne lui ouvre la braguette en même temps que des horizons inédits.

Désorientée, Mélodie (enfin, Michel) nous interpelle d’une mimique inquiète (enfin, gourmande) : « Et pour vous, comment ça se passe quand vous le faites ? ».

Nous ? On se tâte. On se dit que même s’il lui arrive de dire son texte avec un beau naturel (c’est elle qui l’a écrit, ce qui n’enlève rien à son mérite), et s’il nous arrive d’en sourire, cette histoire de Michel, avec ses questions, ses atermoiements, on n’y croit qu’à moitié.

A l’érotisme aussi, on n’y croit qu’à moitié. L’érotisme au théâtre, on veut dire. On est plutôt du genre à constater que le théâtre, c’est surtout de la distance, codifiée, ritualisée, bien en place, et la promiscuité des petites salles n’arrange pas forcément les choses.

D’ailleurs, elle l’a bien pressenti, Mélodie. C’est pour ça qu’elle a choisi de franchir la ligne rouge, de s’approcher à portée de souffle, de toucher les corps, d’asseoir sa robe courte sur les genoux du public.
Cette insistance produit bien un petit effet, notez, mais le rapport reste plus contigu qu’ambigu.

Elle ne se démonte pas, Mélodie, elle va au bout de son parcours orgasmique. Et au cas où ce dernier trait dramatique nous aurait échappé, elle en rajoute, plus courbée qu’un tableau de Gustave, plus frénétique qu’un dortoir de pré-ados onanistes. 
Jusqu’au climax fatalement extatique, avec hurlements sismiques à l’appui. Puis s’en va, puis réapparaît, post-coitüm, petit animal apaisé.

Au final, on constate qu’elle nous a touché, Mélodie, même si pas tout à fait comme elle l’aurait voulu. 
Qu’elle nous a bien apporté
 quelque chose, avec sa beauté mutine, 
sa sincérité, son lyrisme équivoque,
sa gestuelle explicite, ses histoires de partage et d’amour heureux.
Peut-être un peu d’envie, allez savoir.
Peut-être l’envie de se lâcher, de temps en temps.

 

 

Leçon de fidélité surréaliste
Louison au Lucernaire
Jusqu'au 8 septembre
Par Christina Anid

Dans une ambiance Bal des vampires un peu techno, l'univers acidulé de Justine Heynemann insuffle une nouvelle jeunesse, étonnante et un peu folle, au texte écrit par Musset en 1849. Après avoir mis en scène Schnitzler, Molière et Koltès, la jeune Justine s'attaque à Musset. Rythmée par une musique entêtante, sa version de Louison ressemble à un clip.

Dans un décor de dentelle original et agréable, Louison vêtue d'un costume un peu clownesque s'éveille au son d'une musique synthétique envoûtante. Une chaussure à la main durant la quasi-totalité de la pièce fait d'elle une cendrillon éternelle. 
Le mélange des genres étonne ici au premier abord.

Louison nous séduit sous les traits d'Estelle Vincent qui joue avec sensualité et pudeur le rôle d'une camériste tentant de résister aux assauts de son maître. Même si la mise en scène manque un peu de consistance, son audace amuse et surprend.

Sur scène, deux hommes et surtout trois femmes, Estelle Vincent, Judith Morisseau, Carmen Avila, respectivement la maîtresse potentielle, l'épouse et la mère de l'époux rayonnent. Dans des registres très différents, les femmes sont à l'honneur.

La mise en scène est pleine
des références d'une génération : d'Alice au pays des merveilles  
au plus récent Roméo et Juliette de Baz Luhrmann.
Cette vision nous rappelle 
l'age tendre des protagonistes de l'histoire, égarés dans les épanchements violents de la fin 
de l'adolescence. 

Le symbolisme est très fort et le classicisme du texte se mêle harmonieusement aux fantaisies, aux rêveries de l'imagination si contemporaine de Justine Heynemann.

Avec un modernisme très riche, ce drame classique ravive la flamme ternie d'une valeur morale que l'on pensait un peu démodée : la fidélité.
Un happy-end presque à l'américaine nous fait sourire avant le retour de la lumière. Décidément, ce mélange des genres est plutôt réussi.

 

 

Y a d’la joie !
Rue de la gaîté, Offenbach au Théâtre des Bouffes Parisiens
Jusqu’au 4 août
Par Catherine Robert

La Belle Hélène et la Grande Duchesse de Gérolstein, Coppélius et Dapertutto, Robinson Crusoé et Monsieur Choufleuri arpentent les planches des Bouffes Parisiens sous la houlette de Michel Frantz qui les guide d’un piano malicieux. La troupe de Rue de la gaîté nous offre un florilège plaisant des grands airs de l’œuvre d’Offenbach. Avec verve et bonne humeur, sont ressuscités pour un soir les héros drolatiques et tendres du maître de l’opérette. Sus à la gaîté !

Reproduits sur de grands cartons comme dans un spectacle de marionnettes, les différents théâtres parisiens où officia Offenbach campent le décor de la pièce.
L’intrigue est assez simple : il s’agit d’évoquer la vie et les œuvres d’un des compositeurs les plus prolixes et les plus inventifs de sa génération. 

Dans un coin, assis au piano, Michel Frantz, auteur et interprète sautillant, empruntant les favoris et l’accent allemand du maître, 
soutient et accompagne les quatre chanteurs qui viennent lui donner la réplique. 
Sont ainsi mis en scène les démêlés du compositeur avec les divas hystériques, les administrateurs des théâtres, 
les domestiques et 
les bourgeois qui l’entourent et même avec son coiffeur, intronisé critique musical le temps d’une indéfrisable ! 

Le burlesque et la fantaisie sont omniprésents : Offenbach jette aux orties le sérieux tragique et la componction de l’opéra et du théâtre classiques. Il insère des notes dans les silences des déclamations de Mademoiselle Rachel à la Comédie Française, il vante les mérites du champagne qui fait tourner les têtes et chavirer les cœurs et il va jusqu’à faire l’apologie du jambon de Bayonne, des rillons et des rillettes… 

Major, gantière et bottier, Brésiliens et Espagnols (qui, eux, savent aimer !) défilent avec entrain et allégresse sur la scène. On assiste ainsi à un savoureux éloge de l’opérette, ce genre souvent considéré comme mineur, mais qui réconcilie si bien la légèreté et le talent. 

Les moments de franche rigolade alternent avec des moments plus graves, où affleure l’émotion. La sensibilité d’Offenbach se révèle alors dans des chants d’amour purs et mélodieux : l’esprit peut se moquer de tout sauf du cœur.

Si Offenbach est bien cet insolent qui amusa et railla le Second Empire, son masque tombe quand il s’agit d’évoquer les sentiments. Le compositeur apparaît alors dans toute la complexité de son humanité et une vraie bonté perce sous son ironie.

Michel Frantz a su s’entourer de chanteurs dont le talent n’a d’égal que l’abattage.
Elisabeth Conquet passe de la soubrette malicieuse à la diva capricieuse avec un entrain formidable. 
Ses trois compères, Philippe Ermelier, Christian Dassie et Rodrigue Calderon lèvent la gambette avec brio. 
Ils sont, grâce à une énergie 
débordante, tour à tour valet, coiffeur, gueux et bourgeois, guitariste andalou,
et bien évidemment major de la Duchesse ! 

Maintenant que le soleil est revenu sur Paris, il est temps d’accorder nos loisirs à la bonne humeur du moment. Qu’on se laisse donc aller au rire, à la gaîté et la fraîcheur virevoltante de l’esprit d’Offenbach qui revient pour l’été hanter le théâtre qu’il occupa après avoir quitté la Comédie Française et qu’il baptisa Les Bouffes Parisiens !

 

 

Sérénade à deux temps pour un Feydeau explosif
Double jeu chez Feydeau, au Théâtre de Nesle
Jusqu’au 31 Juillet
Par Vladimir Mouveau

L’une derrière l’autre, ces deux pièces de Georges Feydeau sont deux moments de détente agréables, deux interstices excentriques dans l’œuvre fine et structurée de l’auteur. Curieusement, ces deux pièces trouvent ici une forme un peu différente d’interprétation : plutôt que d’être face à l’humour fin et décalé de Feydeau, tout construit sur le quiproquo et la farce, on se retrouve en présence de deux quasi-sketches à la drôlerie grossière et détonante.

Dans la cave du petit Théâtre de Nesle, le décor est planté comme il y va de coutume pour une pièce de Georges Feydeau : un intérieur chaleureux de salon bourgeois où se produisent plusieurs comédiens à l’énergie utile. Les costumes sont riches, l’atmosphère complice et le parquet, même s’il ne sent pas la bonne cire d’abeille d’un costaud pin landais, se fait piétiner bon train par une brochette de comédiens à la gestuelle survoltée.

La première pièce raconte l’histoire d’une femme de notable qui se promène en tenue décontractée chez elle, et qui, par son insouciance presque malveillante, massacre les ambitions arrivistes de son mari.

Elle va nue, de long en large dans l’appartement. 
Elle prie le maire de la circonscription dans laquelle son mari député a puisé ses nombreuses voix de lui sucer les fesses pour faire disparaître la piqûre d’une guêpe malintentionnée, etc.

La seconde pièce campe un domestique hypnotiseur qui, par son talent, se paie les services de son maître et des amis de son maître pour toutes les tâches ménagères de la maison et l’arrangement de ses affaires. Il montera un jeu de rôles infernal avec la complicité d’un autre valet et finira par tomber lui même sous le coup de son propre pouvoir.

Les deux représentations sont dynamiques et clownesques. Contrairement au Feydeau rigoureux, les comédiens cette fois singent véritablement leurs rôles et mettent en branle les planches pour aviver le comique de leurs gestes.
 Ils font des grimaces, hurlent, se courent après, sautent en tous sens.

Ils perdent même leurs fausses moustaches, l’un son col de chemise … c’est tout juste si la petite culotte de Clarisse Ventroux (Laetitia Lefebvre) lui tient encore délicatement sur son joli postérieur.

Les comédiens ne sont pas excellents de talent. On notera la belle prestance de trois acteurs cependant : Philippe Cavalaria, Gaëlle Durand et Laetitia Lefebvre. Tous trois emplissent à merveille les rôles caractériels et explosifs du spectacle; ils sont tordants. Particulièrement Laetitia Lefebvre. Elle est tordante.

La pièce est finalement un condensé de bonne humeur au look un peu « Buster-Keatonien ». Si le travail ne respire pas la précision d’un vaudeville gigantesque calé au millimètre, il reste néanmoins un bon moment de détente.

 

 

La farce et son dindon
Les Fourberies de Scapin au Théâtre de la Porte Saint-Martin
Jusqu’au 21 juin
Par Cyril Carret

Un décor, configuré en vaste traquenard, délimite l’univers dans lequel s’inscrivent les personnages de la farce. Enfermés sur la scène comme dans la vie, les personnages fonctionnent en stéréotypes auxquels ils ne peuvent échapper. Les avares sont avares, les jeunes gens naïfs, le valet fourbe et rusé. Point de salut pour la galerie de faquins et de marauds qui, par mégarde, s’aventureraient à fouler les planches.

Sous un ciel d’orage menaçant, augure de périls imminents, se noue l’intrigue, légère et drôle, de la pièce. Tour à tour, les personnages qui traversent le sol du débarcadère sont irrémédiablement pris au piège. Les issues sont savamment cadenassées : d’un côté, un ponton branlant permet l’accès aux nefs hasardeuses amarrées dans le port, de l’autre une arche en partie obstruée mène à la ville. 

Dans ces rets acérés se précipitent les caractères de la farce les uns après les autres. Tantôt ridicules, tantôt niais mais jamais odieux, tous tomberont dans le piège. Tous sauf un, qui a installé son campement en ce carrefour d’observation, personnage clef de la pièce, maître des lieux et de l’intrigue, ordonnateur du huis clos : le savoureux Scapin. À la façon de la commedia dell’arte, les héros incarnent des types. Le maquillage résolument outrancier des acteurs vient suggérer l’universalité des figures par l’effet de masque ainsi produit. 

Ce sont les caractères humains dont Molière se moque. Mais si l’auteur fustige à l’envie l’avarice, l’hypocrisie, la lâcheté, il ne porte pas pour autant de jugement définitif sur les êtres : mêmes les plus crédules et les plus sots ne sont pas exempts d’humanité, ils consentent au pardon et ne tirent pas d’aigreur d’avoir été dupés. Il n’y a pas de méchanceté dans cette pièce, seulement de la rouerie en vue du bonheur et de la joie. Tous les personnages sont subordonnés à la farce et s’emploient à faire rire comme à dessein de leurs travers. Chacun consent à être dupe, facétieux ou méprisable si l’intérêt de tous finit par y trouver son compte. Au final, triomphent l’amusement, la jeunesse et la beauté.

Jeu de doubles, jeu de miroirs, théâtre dans le théâtre : tout est affaire de duplicité. Deux pères, deux fils, deux jeunes filles, deux enlèvements, deux valets, la double personnalité de Scapin. La vie entière se trouve figurée dans un jeu de reflets et de rebonds. La pantomime se superpose à l’action et vient former un deuxième niveau de lecture qui enrichit la trame dramatique sans la trahir. Le public, largement constitué d’enfants ne s’y trompe pas. Au jeu de la ruse érigée en art tout fonctionne à merveille et chacun se prête à la crédulité consentie. La troupe fait le pari de la bonne humeur et gagne haut la main.

La mise en scène a pris le parti de cette insouciance enfantine dans laquelle évoluent les protagonistes. Il s’agit d’un vaste jeu auquel est convié le public. La légèreté en est la règle principale. Point d’effet pompeux, point de trouvailles scéniques téméraires ; tout se passe dans la délicatesse et le rire. Daniel Leduc, vieux routier de Molière et Géronte du jour, se promène à loisir dans un univers qu’il ordonne parfaitement. Le texte a été lu avec intelligence et dans une optique de sobriété. 

Dans ce fil dramatique ourlé et fidèle, tout est juste, tout est mesuré jusque dans les costumes dont les voiles et autres gazes portent également la marque de cette grâce agile. Les acteurs sont menés de main de maître et rien n’est laissé au hasard. Diable ! Il faudrait être grand fâcheux ou piètre coquin pour ne pas aller faire un tour sur cette galère !

 

 

 

Mémoires d’outre-tombe
Dernières lettres de Stalingrad au Théâtre du Lucernaire
Jusqu’au 23 juin 
Par Catherine Robert

Voilà désormais plus d’un demi-siècle que dorment sous la lourde terre de Stalingrad les soldats allemands envoyés défendre, aux limites du froid et de l’horreur, un drapeau déshonoré. 
Pions méprisés d’un jeu d’échec cynique et brutal, ces hommes achevèrent leur vie comme des rats, retranchés dans les ruines d’une ville anéantie par le feu et les armes. Au seuil de l’enfer, ils écrivirent d’ultimes missives aux leurs. 
La compagnie Laurent Terzieff ressuscite ceux qui moururent trop tôt et trop loin en mettant en scène ces voix d’outre-tombe.

 

En février 1943, capitula Stalingrad, marquant ainsi le tournant décisif de la Seconde Guerre mondiale que le camp allié eut alors enfin l’intuition et l’espoir de pouvoir remporter. Juste avant la reddition de l’armée allemande, un avion décolla de la ville en emportant le courrier des derniers soldats de la Wehrmacht qui luttaient encore dans cette souricière glacée. Les lettres furent saisies sur ordre du Führer pour que soit sondé par leur lecture le moral des troupes. 

Dépouillés, inventoriés, classés, ces messages de l’au-delà permirent à une bureaucratie militaire absurde et cruelle d’établir statistiquement l’abomination des massacres, la peine et la douleur des hommes ainsi que l’atrocité de la guerre. 
L’évidence du cœur l’aurait affirmé sans qu’il faille en passer par le viol des intimités et des ultimes mots d’amour, mais le cœur de l’Allemagne avait déjà cessé de battre à Stalingrad. 

Ces dernières lettres du front de l’Est ne furent jamais rendues publiques car le gouvernement nazi les jugea insupportables. Archivées à Postdam, cachées à Berlin, il fallut attendre longtemps avant qu’elles ne resurgissent au grand jour. Parmi ces trente-neuf missives, Laurent Terzieff a sélectionné un bouquet de fleurs de cimetière et a mis en scène leur présentation. Trois acteurs rendent leur voix et leur honneur aux malheureux qui tombèrent au froid. 

Marie Sauvaneix, au centre de la scène, campe une bureaucrate chargée du dépouillement du courrier. Son visage, presque impassible d’abord, se penche sur les piles d’enveloppes. Elle lit d’une voix froide mais où transparaissent bientôt l’émotion, l’angoisse et la compassion, les dérisoires mots d’amour, les encouragements à la famille, les souvenirs du bonheur tranquille de ces hommes éperdus. Par le biais d’un jeu retenu, par le moyen d’un regard qui semble percer derrière la page et parvenir jusqu’aux caves de la ville morte, elle montre le vacillement d’une administration totalitaire devant l’atrocité des actes qu’elle encadre.

 L’actrice semble une Heidi éberluée de découvrir que les si jolis géraniums des balcons bavarois se nourrissent d’un terreau bien fétide, de sang et de colère. Sa lecture, presque mécanique, est relayée par Alexandre Mousset et Stéphane Valensi qui incarnent tour à tour les derniers épistoliers de Stalingrad. 

Figés dans des capotes recouvertes de neige, empesés, glacés, immobiles dans le froid, ivres de résignation ou de colère, ils sont les voix de cette polyphonie douloureuse. Par le regard et par les mots, ils se font les échos fiévreux de ces ultimes combattants de l’inutile.
 A l’instar de la mise en scène, leur jeu est extrêmement économe et fait naître une tension et une émotion parfois aux limites du supportable.
Les loups hurlent en fond sonore, le bruit des mortiers ponctue les tirades, la lumière rouge du fer et du sang tombe des cintres. 

Défilent devant nous ces héros qui s’éteignirent dans  l’épouvante. 
Un pianiste dont les moignons lui interdisent à jamais de retrouver son instrument raconte comment il a entendu renaître Beethoven dans Stalingrad, sur les touches d’un piano retiré des ruines. Un astronome espère pouvoir bientôt rejoindre les étoiles qu’il a longtemps étudiées. Un officier tout de rigueur prussienne se raidit dans l’honneur tragique de sa caste et de son rang. Un tirailleur cynique compte la différence entre ses munitions et les cibles qui l’attendent. Un aumônier extasié fait le récit de la nuit de Noël 42 et loue un Dieu que d’autres fustigent et insultent pour les avoir abandonnés en enfer. Les critiques pointent contre        « Monsieur Hitler » et sa folie de vouloir tenir contre les Russes.

Les corps en miettes, amputés, déchirés, affamés, affaiblis s’arc-boutent dans les hôpitaux de campagne où l’on ne soigne que les moins atteints. Meurent les camarades, meurt l’espoir du retour, meurt la foi en l’Allemagne, ses dirigeants et son Dieu ! 

Restent l’amour d’une femme, celui d’une maîtresse, demeurent le souvenir des enfants et le désir de les voir grandir droitement : les adieux sont déchirants et viennent se briser contre le deuil obligé du pays, du bonheur et du passé. Un très beau texte de Brecht, daté de 1942 vient conclure l’évocation de cette guerre et de sa part maudite et si longtemps occultée. Il dit le souvenir ému des collines allemandes, de la sérénité des paysages pacifiques et la douceur d’un Heimat perdu à jamais.

Les Dernières lettres de Stalingrad sont bien sûr un plaidoyer contre la guerre. Mais ce spectacle ne se réduit pas à cela. Il signifie aussi que tout bonheur se mesure au moment de sa perte et que l’existence n’acquiert tout son sens qu’au point de son achèvement, dans la mesure où le récit des combats alterne toujours avec l’évocation des jours heureux. 

Les derniers soldats d’une armée en déroute en firent l’amère expérience à Stalingrad. En composant le mémorial de leurs peines, ils ressaisirent leurs vies dans leurs mains gourdes et tremblantes. 
S’ils montrèrent que les hommes, même acculés, ont toujours plus d’honneur et de dignité que les rats, si la voix de Laurent Terzieff et la présence intense de ses comédiens en témoignent sur la scène du Lucernaire, c’est que, même au comble de l’horreur, la quête du sens de la vie n’est pas vaine. 

 

Enumération alimentaire bizarre
Mon père qui fonctionnait par périodes culinaires et autres à l’Aktéon Théâtre
Jusqu’au 9 juin 
Par Christina Anid

Sur la petite scène de l’Aktéon, la fraîche Sarah Kelly se détache des murs noirs dans une tenue trop kitsch des années soixante dix. Seule sur scène, cette femme enfant nous conte vingt et une anecdotes cocasses et pour la plupart culinaires. A travers ces « stations » apparaît le portrait tendre d’un papa omniprésent. L’idée est plutôt originale, la mise en scène rigolote, mais le résultat n’est pas véritablement convaincant.

On le sait, l’étude des comportements alimentaires est une importante source d’analyse psychologique. 
Dans ce texte d’Elizabeth Mazev, les « périodes culinaires » de ce papa réservé sont autant de clés habiles sur la vie de cet homme et sa façon de l’appréhender.
La dégustation d’une fameuse madeleine fait revivre à Proust l’ambiance de son enfance.
Ici, l’évocation de cent quarante centimètres de saucisse sèche, de soupe à la tête de veau ou de piments fait émerger le portrait d’un homme, sa moralité ainsi que les drames et liens affectifs familiaux.

Se dessine alors, petit à petit, astucieusement, le portrait d’un homme intransigeant auquel on finit presque par s’attacher.

Avec cette peur de manquer, propre à ceux qui n’ont pas toujours eu, cet immigré bulgare passe par différentes lubies alimentaires. 
Si la plupart de ses lubies sont comestibles, d’autres sont amicales. 
Mais toujours, la chute de ces textes courts est un indice de plus sur cet homme qui ne se dévoile qu’en situation.

Même si l’originalité du procédé et la drôlerie des situations peuvent séduire, le spectacle manque de richesse.

La mise en scène astucieuse de Xavier Helly ternit parfois la loufoquerie du texte. 
Faite de quelques meuble à l’utilité transformable, la décoration pratique et un peu trop gadget encombre le jeu agréable de Sarah Helly. 
Un joli chant bulgare surgit tout à coup dans la bouche de la comédienne et nous donne véritablement l’impression d’être dans le fouillis des souvenirs désordonnés d’une enfant devenue femme.

Même si l’énumération des souvenirs gastronomiques d’un père aimé malgré sa rudeur est émouvante, des ingrédients semblent manquer dans la salle trop vide de l’Aktéon.

 

Un duo rigolo qui nous fait voir la vie en couleur
Black and White au Théâtre de Dix Heures
Jusqu’au 30 Juin 
Par Joan Amzallag

Des textes impeccables qui évitent les lieux communs sur les thèmes abordés dans les cafés-théâtre, des chutes souvent surprenantes et une interprétation de qualité. Voilà comment résumer ce spectacle des Black and White, jeune duo comique qui nous promet un bel avenir dans l’humour.

Comment réveiller une salle en deuxième partie de soirée, une nuit où la pluie bat son plein ? Direction le théâtre de Dix Heures, pour un spectacle sympathique mené tambour battant par un jeune duo en noir et blanc nommé ironiquement les Black and White.

Deux joyeux lurons à la bonne humeur contagieuse, Sylvestre Amoussou et Sandrine Bulteau, épluchent une thématique bien connue mais de façon toujours originale : le racisme des noirs envers les blancs et inversement, et ce dans toutes ses manifestations dans la vie quotidienne: l’immobilier, le mariage, les flics … 

Les textes écrits par Pierre Sauvil nous interpellent. Il est connu pour sa participation à des pièces à succès comme La surprise avec Darry Cowl ou encore Soleil pour deux  de Roland Giraud.
Un atout de taille qui permet aux deux jeunes comédiens de se lâcher sur leur jeu scénique :  mimiques et  gestuelle débridée s’enchaînent.

Le spectacle est composé d’une série de saynètes marquées par des chutes surprenantes et souvent inattendues. Un spectacle coloré et joyeux qui doit son succès à l’interprétation enjouée des deux jeunes comiques, qui jouent tantôt en solo, tantôt en duo.

Pourtant un petit déséquilibre est à noter dans ce couple théâtral : Sylvestre Amoussou mène la danse pendant tout le spectacle, et prend souvent l’avantage grâce à son phrasé coloré et ses contorsions du visage. 
Sandrine Bulteau joue plus sur le terrain du théâtre classique et freine parfois les élans comiques de son compagnon de jeu.

 

Quant à la mise en scène, elle laisse souvent seuls avec leur texte, les deux comédiens. On aurait quelque fois préféré un peu plus de musique et de couleur, pour faire des quelques rires timides, de vrais grands éclats.

Pour une deuxième partie de soirée, le spectacle et la mission sont plutôt réussies. On ressort de ce spectacle, halluciné de la tournure qu’il prend. Un bel avenir est à prédire à ces deux jeunes talents du rire qui ont déjà connu l’été dernier un grand succès en province.

 

Bienvenue à Montmartre !
Autour du Chat Noir au Nouveau Théâtre Mouffetard
Jusqu’au 17 juin
Par Caroline Delage

Autour du Chat Noir ne cache pas ses intentions : le titre annonce clairement la couleur. Nous voici projetés au début du siècle dernier dans un de ces fameux cabarets montmartrois, Le Chat Noir ou encore Le Lapin Agile, rebaptisé pour l’occasion     « au Lopin à Jules » …
Tout est là pour nous replonger dans cette ambiance si particulière, les décors, les costumes, les extraits choisis, les références historiques … 

Dans un décor de plumes et de fleurs artificielles, quatre comédiens polyvalents, chanteurs, danseurs, acteurs, musiciens, nous transportent de la rue Mouffetard à la « Butte Rouge », au temps de la Belle Epoque …

Alternant chansons, poèmes, monologues ou même du théâtre d’ombres, par fidélité à Rodolphe Satis, créateur du Chat Noir, ils interprètent tour à tour Hugo, Rimbaud, Baudelaire, Verlaine, Offenbach … 

Autant de références qui ne peuvent que séduire le public, qui prend plaisir à participer de lui-même au spectacle. Les textes sociaux à références historiques ne manquent pas, de la commune à l’exposition universelle, en passant par les orléanistes, les anarchistes, et Napoléon. Toute une époque, qui nous revient à la mémoire en chanson. 

Outre le charme des souvenirs évoqués, il faut saluer le talent des quatre comédiens, pleins d’humour et de bonne humeur communicative. Il chantent, dansent, jouent, disent des poèmes, avec beaucoup de professionnalisme et de savoir-faire.

Le musicien, pianiste bien souvent, accordéoniste par moments, chanteur à ses heures, accompagne à merveille chacun de ses compagnons. Dans un moment de complicité avec le public, il exécute même Debussy, le temps d’un clin d’œil …

Les deux divas nous séduisent à coups de mimiques et de simagrées, interprétant avec beaucoup d’humour textes et chansons. Coup de chapeau particulier à Véronique Mensch. Sa prestation est pleine de fraîcheur, d’entrain et d’humour. Quant à Bernard Havette, le poète de la compagnie Crimailleur, on peut saluer tout particulièrement sa magnifique interprétation du         « Revenant », de Jehan Rictus. 

Autant de talents conjugués avec joie de vivre et énergie, pour vous faire passer un excellent moment de souvenirs … Au rythme d’une revue, les numéros s’enchaînent dans les applaudissements. Les spectateurs sortent le sourire aux lèvres, répétant tous la même phrase : « Tu te souviens … ».