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Nos Reportages multimédias :
(Nos interviews et Chats sont à
consulter dans "Le Boudoir")
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Un
contemporain en costumes dépoque
Iphigénie ou le péché des dieux au Studio Théâtre de Stain
Jusquau 7 avril
Par L.S. |
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Est-ce ainsi
que les hommes vivent ?
Terres mortes, à
lEtoile du Nord
Jusquau 7 avril
Par Catherine Robert. |
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Voyage sur un banc
Le
Square à
l'Atalante
Jusqu'au
12 avril
Par Béatrice Trotignon |
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Poupées de (tristes) sires, poupées de sons
(assourdissants)
La camoufle au Théâtre 71 de Malakoff
Jusquau 7 avril
Par David Keller |
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Samuël
Beckett bien mis en scène
En attendant Godot à lArtistic Athévains
Jusquau 15 Avril
Par Vladimir Mouveau |
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Amos
porte en lui un bien lourd secret
...
Le retour du portugais au
Théo Théâtre
Jusquau 15 Avril 2001
Par Karine Blanc |
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Sous la peau, peu de
chair
La prochaine fois, le feu au Théâtre à Châtillon
Jusquau 7 avril
Par David Keller |
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Triviale
poursuite
Légendes de la forêt viennoise au Théâtre de la Cité Internationale
Jusquau 7 avril 2001
Par Cyril Carret |
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Danser un classique
Bérénice au Théâtre de la Bastille
Jusquau 14 avril 2001
Par David Fauquemberg |
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D comme Délirant
A comme Arthus au Théo Théâtre
Jusquau 6 Mai 2001.
Par Caroline Delage |
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Un vote de charme
Coupable ou non coupable au Théâtre Marigny
Jusquau 15 Juin
Par Joan Amzallag |
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Autour de Babel
La Cantate Rebelle au Théâtre du Lierre
Jusqu'au 13 Mai 2001
Par Frédéric Cheminade. |
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Work in progress
Guignol's Band au Théâtre de Proposition
Jusquau 15 avril 2001
Par David Fauquembert |
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Poésie in progress
Comment une figue de paroles et pourquoi au Théâtre de la Cité Internationale
Jusquau 8 avril
Par David Keller |
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Drôle
de crise damitié
Cravate Club à la Gaité Montparnasse
Jusquau 1er juin 2001
Par Chistina Anid |
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Emballez, cest
pesé.
Le Grand Théâtre, au Théâtre de Chaillot
Jusquau 7 avril 2001
Par Cyril Carret. |
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Je
pense que la vie est une triste bouffonnerie
LÉtau La fleur à la bouche Au Théâtre Treize
Jusquau 8 avril
Par Diane Valembois |
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Sans
filet
LOtage au Théâtre de
Gennevilliers
Jusquau 14 avril
Par L. Michel |
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Être ou ne pas être
Cyrano
Cyrano né Beyrgerac au Théâtre de Nesle
Jusquau 5 mai.
Par Béatrice Duplessy. |
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La danse du cocasse
Le Cercle de craie caucasien au Théâtre de la Colline
Jusquau 15 avril
Par Serge Latapy |
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Un contemporain en costumes
dépoque.
Iphigénie ou le péché des dieux au Studio Théâtre de Stain
Jusquau 7 avril
Par L.S.
DHomère à Racine en passant par Euripide, la tragédie
dIphigénie est un classique. En 1989 Michel Azama en a repris le thème : le
sacrifice dune innocence pour le plaisir des dieux qui permettront aux hommes de faire la guerre.
Les noms des personnages et le thème sont les
mêmes pour tous. Racine y a mis des alexandrins et a réussi à épargner Iphigénie,
préférant sacrifier sa rivale à sa place. Euripide substitua une biche à
linnocente jeune fille.
Pour Michel Azama dans sa version écrite en 1989, Iphigénie sera belle et bien
sacrifiée, et elle devancera même lappel dans la mise en scène de Marjorie
Nakache, se précipitant dans un gouffre ouvert au milieu du plateau.
Nous sommes bien
dans notre époque : des siècles de barbarie et de guerre sont passé par-là et
maintenant linjustice est infiniment plus crédible que nimporte quelle fin
heureuse.
Ce qui
se joue au Studio Théâtre de Stain est surprenant. On avait lhabitude de voir les
antiques et les classiques joués dans des costumes contemporains ou intemporels mais
rarement on na pu voir un contemporain incarné en sandales et en toges. Cest
le cas ici.
Les costumes
ne sont pas fidèles quà une seule époque et à un seul lieu (il y a du grec
antique, du romain époque grand empire, de lasiatique
) mais il est difficile
de retrouver un costume réellement daujourdhui. Ce choix esthétique semble
en tout cas en équation avec un texte qui mise plus sur luniversalité de son
thème que sur un détail sordide daujourdhui. Au spectateur alors de faire
son propre parallèle avec la réalité de son époque. Une réalité ou les dieux
seraient des hommes de pouvoir décideurs de guerre par exemple ?
Dès louverture du rideau on
aura compris quici, il nest ni question dun fais divers contemporain, ni
dune reconstitution historique : le rideau rouge ne souvre ni
à la
grecque , ni à litalienne mais dune manière
originale pivote sur un axe tout en ne perdant rien de la symbolique sacrée de la
représentation théâtrale encore soulignée par des coups de brigadier.
A limage
de cette ouverture de rideau, ce spectacle est frais, original mais garde toujours un
maintient classique. Les comédiens osent beaucoup de faces publiques comme dans toute
bonne tragédie qui se respecte. La mise en scène mélange les genres comme dans les bons
spectacles populaires mais pas populiste. Il y en a pour les yeux et les oreilles.
Un
comédien-gymnaste (Franck Laure) se débat avec des rubans de toile dans les airs avec
grâce et force comme pour illustrer les relations spartiates qui unissaient jadis
Achille (Patrick Kodjo Topou) et Patrocle. Pour rappeler aussi que si Iphigénie (Wioletta
Michalczuk) devait être sacrifiée cest pour que le vent puisse se remettre à
souffler dans les voiles des navires de guerre.
Le
Choryphée (Kristel Adams) chante parfois dans un style gospels, parfois comédie
musicale mais toujours avec la dignité et la légèreté dune diva. Sur
ce dernier point on pourra toute fois regretter que dans une très jolie petite salle de
cent places, elle soit sonorisée à la manière dun palais des congrès bondé. On
perd ainsi en proximité et même si tout est en direct on frôle leffet play-back.
Quoi quil en soit, au Studio Théâtre de Stain, la jeunesse des artistes est
séduisante et leur plaisir est communicatif alors les excès sont pardonnés car
ils sentent toujours bon la sincérité
Dans la
bibliographie de Michel Azama, les textes se sont succédés dune manière
régulière depuis 1980. Son dernier texte (Contes dexil ) date de 1996. On
peut espérer quil y en aura dautres dans lavenir car cette
Iphigénie semble en tous cas faire travailler limagination des artistes
autant que celui des spectateurs.
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Est-ce ainsi que les hommes vivent ?
Terres mortes, à
lEtoile du Nord
Jusquau 7 avril
Par Catherine Robert
Holocauste : sacrifice total du sang par
le feu. Sur lautel sans dieu du monde moderne, Terres mortes campe limmolation
de deux jeunes paysans partis perdre leurs illusions, leurs repères et leur espoir à la
ville : Marc-Ange Sanz met en scène avec une virtuosité hallucinante la cruauté
atroce de leur déchéance. Le spectacle est décapant, la leçon est magistrale
Benoîtement
installé au bar du théâtre, le spectateur ne sattend pas à ce qui va lui
arriver. Un air lancinant de flûte traversière parvient à ses oreilles. Passe alors
devant ses yeux ahuris une apparition droit sortie dun tableau de Bosch : une
femme atroce, au ventre énorme et aux mamelles pendantes, traverse le hall en psalmodiant
son besoin de « faire caca ». On gagne alors la salle où retentissent des cris de
porcs. Lambiance est au malaise et la tension, qui va aller crescendo pendant les
deux heures de spectacle, sinstalle.
Sur la scène, derrière un écran transparent,
une famille de paysans scande sa misère à plusieurs voix. Le fils critique la pauvreté
et le manque de confort dune vie qui lui interdit de se laver, de sentir bon et de
trouver femme. Le père, despote obèse et possessif, clame sa toute puissance dogre
tyrannique. La mère hurle sa peine et grogne sa lassitude desclave en renversant la
tête de cochon quelle porte sur un plateau comme une Salomé devenue harpie.
La misère paysanne sétale avec indécence. Cette
famille dont laïeule meurt, crispée sur la télécommande dune télévision
qui noffre pour tout spectacle que le grouillement des mouches, hurle et éructe la
perte du sens de sa vie qui sécoule comme le sang des grosseurs purulentes que le
père a sous les bras.
Le fils accablé par une telle situation qui est comme une
condamnation, décide de tout quitter dans un sursaut de révolte et despoir et part
avec sa sur vers le mirage de la ville, de cette « city » fantasmatique où
ils espèrent trouver le bonheur sous les auspices de la bonne fée électricité.
Détape en étape, on assiste à leur lente déchéance, à leur longue
décrépitude, à leur inéluctable désespérance jusquà une misère encore plus
noire que celle quils ont quittés, jusquà lalcoolisme, jusquà
la prostitution, jusquà linceste, jusquà la mort.
Le texte de Franz Xaver Kroetz est un
brûlot qui tente de dire ce que la société cache et ce que le langage a toujours du mal
à signifier : la violence atroce et brutale dun monde qui écrase, décentre
et décompose les hommes.
Les valeurs sinversent et finissent par disparaître dans
la cacophonie de la barbarie : un Christ de paille, lentement dépecé tout au long
du spectacle, symbolise la ruine de toute morale.
Kroetz, dont la virulence du propos
rappelle les réquisitoires de Thomas Bernhard et de Werner Schwab, fustige la folie du
monde et en arrache les masques en distordant le langage et en puisant dans la scatologie
et la vulgarité les moyens de dire le caractère excrémentiel de la modernité.
On est
là au plus près de ce quArtaud assignait comme projet au théâtre quand il disait
que : « Le théâtre ne pourra redevenir lui-même, cest-à-dire
constituer un moyen dillusion vraie, quen fournissant au spectateur des
précipités véritables de rêve, où son goût du crime, ses obsessions érotiques, sa
sauvagerie, ses chimères, son sens utopique de la vie et des choses, son cannibalisme
même, se débondent, sur un plan non pas supposé et illusoire, mais intérieur. ».
Inévitable théâtre de la cruauté puisquil est le reflet dun monde
meurtrier et de lindécence de sa croyance au Moloch du progrès.
Si le texte porte déjà en lui-même les
moyens dun salutaire réveil de lapathie de nos esprits, le travail de mise en
scène les décuple. Marc-Ange Sanz a su utiliser avec une intelligence et un talent
redoutables tous les biais possibles et imaginables pour rendre le propos de Kroetz
efficace.
Sur lécran placé devant la scène, sont projetées des images
renversantes, émétiques, épouvantables et terrifiantes : abattage du bétail, sang
qui coule, clous qui senfoncent dans la chair, hommes blessés, foules
oppressées
Sur la toile, le rythme et la densité, la richesse et la diversité
sont telles quil devient impossible de saisir bientôt autre chose que le chaos
ainsi rendu visible dun monde qui dévore ses enfants. Le collage presque
surréaliste des images, choisies par Stéphane Gombert, permet à la fois de mémoriser
et de prophétiser lhorreur, exigeant du spectateur quil prenne conscience
que, sur scène, il est question de la réalité de notre monde.
La projection
cinématographique dimages (qui viennent faire écho à la culture de notre
inconscient collectif) est là aussi pour confirmer ce qui est présenté par
laction. Lécran fait office de « chur optique » selon le
rôle que Brecht lui assignait au théâtre.
La troupe de LEmpreinte et Cie prouve
par son travail que seule lintelligence peut espérer ordonner le chaos. Une très
grande leçon dhumanité est assénée par ce spectacle ; une très grande
leçon de théâtre aussi jusquà faire vaciller les fondements de cet art qui
atteint ici les limites de la représentation en saisissant la vie dans ce quelle a
de non présentable.
La mise en lumière de Marc-Ange Sanz et Gilles Bouscarle, le travail
des plasticiens Jean-Claude Le Parc et Juliette Baras sont de fort grande qualité et
magnifient le jeu dacteurs étonnant de force et provoquant de vérité.
Pour le
paroxysme terrifiant auquel on est conduit en assistant à cette pièce, pour la crainte
et le tremblement qui naissent douvrir les yeux sur ce que nous avons fait du monde
et sur ce que notre monde a fait de nous, il faut aller voir Terres
mortes.
Sil
reste des hommes qui ne sont pas des bufs et qui ne veulent pas mourir comme eux,
ils comprendront que lexigence est morale en même temps quelle est
esthétique.
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Voyage sur un banc
Le
Square à
l'Atalante
Jusqu'au
12 avril
Par Béatrice Trotignon
Le
Square est le premier texte de Marguerite Duras mis en scène en 1955.
Deux êtres de solitude, une bonne qui espère changer d'état en se
mariant et un colporteur sur les marchés, s'adressent la parole sur
un banc, se parlent et s'écoutent, au plus près des mots, de leurs
maux. Les acteurs sont admirables, la mise en scène d'une belle sobriété,
le texte d'une ligne claire et pure, interrogeant cependant plus
le temps
… que l'espace.
Qu'a-t-on
le temps de faire et de défaire dans une vie ? Qu'a-t-on le temps ou
le loisir de changer ? A moins que le changement ne soit qu'une chance
à saisir au vol ? Ou peut-être ne dépend-il que de nous ? Il y a
aussi « les changements qui font plaisir le temps de les vivre »,
quand on a la sagesse de ne pas les refuser.
Encore
faut-il avoir un peu vécu : « Rien n'est commencé pour moi » se désespère
la jeune fille. « Il y en a qui doivent s'accommoder de ne jamais
changer » constate l'homme.
« Pour moi, cela ne durera pas. Mon état ne durera pas » persiste
la jeune fille.
Ce
sont là quelques-unes des questions fondamentales, entre espoir et
renoncement, peur et insouciance, contrainte et révolte, désir et dégoût,
que s'échangent ces deux êtres aux prises avec leur existence,
l'existence de tout un chacun pour qui a « à changer du plus loin
qu'il est possible de changer ». C'est toujours avec les mots les
plus simples, les phrases les plus communes que Marguerite Duras
touche au cœur, met le doigt sur les évidences les plus complexes de
la vie.
Quand
la perspective du devenir et du changement écrasent autant, la
lenteur est plus perceptible que jamais. On ne s'éloignera pas du
banc, peut-être même n'avancera-t-on guère dans l'écheveau des
questions. Ces dernières, d'ailleurs, ne trouveront sans doute jamais
leur réponse que dans l'accomplissement de nos vies, hors scène,
hors texte. C'est donc dans les plus infimes gestes, les soudaines
fulgurances de la voix, les chuchotements étranglés que se jouent
une partie de l'action.
Le
travail de la lumière et de la musique (du piano, bien entendu), les
passages soudains du dialogue à la narration sont ici essentiels, et
fort bien mis en place. Mais cette intense préoccupation du temps
dans un espace malgré tout fondamentalement statique finit par poser
problème
Une
partie du problème n'est peut-être dû qu'à la longueur du
spectacle (près de deux heures). Plus fondamentalement, il s'agit
aussi de la nature du texte, et plus généralement des textes de
Duras. Les passages narratifs, les dialogues indirects signalent
effectivement que ce texte, dont on peut se demander s'il s'agit de «
théâtre », pose aussi la question de ce qu'est, et de ce que peut
être, le théâtre.
Si
ces questions, comme tant d'autres, demeurent, il n'en reste pas moins
que la création de Stéphanie Loïk est de haute tenue.
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Poupées de
(tristes) sires, poupées de sons (assourdissants)
La camoufle au Théâtre 71 de Malakoff.
Jusquau 7 avril
Par David Keller
Elle est née avec le siècle précédent
et, comme elle le dit elle-même, « passe à confesse ». Dans la langue
végétale (aussi verte que fleurie) de sa condition dancienne mère maquerelle,
elle raconte son histoire qui, fatalement se mêle à la grande. De la der des der à
lAlgérie, le texte de Rémi De Vos est sans concession, parfois inconfortable,
toujours très drôle.
Dans sa boutique de poupées de chiffon,
les étagères de celle quon nommera, faute de mieux, la Centenaire, sont à
limage de sa mémoire : des morceaux de tissus consciencieusement pliés,
rangés côtoient un bazar inextricable.
À défaut dy mettre de lordre, la Centenaire entreprend linventaire de
ses mannequins laineux dont chacun est à leffigie des personnes qui ont peuplé
« son » siècle. Pas de Blum ou de De Gaulle dans ce fatras-là, des inconnus,
vrais salauds ou petits héros de son intimité. Une figure, pourtant, a rejoint la
mémoire collective par la petite porte du fait divers : Henri-Désiré Landru
son premier amant ! Personnage fil rouge de ce déballage de souvenirs, autant que
symbole de lhistoire dune ancienne prostituée comme de lHistoire du
siècle : le sexe (« 283 conquêtes en 4 ans », nous rappelle la Centenaire)
et le meurtre (deux guerres mondiales).
Dire que le texte de Rémi De Vos respecte
la chronologie des événements historiques ne doit pas masquer le fait que, dune
part ceux-ci constituent davantage une toile de fond quune avant-scène,
dautre part les propos de la Centenaire sont faits de retours et de digressions. À
ce titre, La Camoufle est un très beau travail sur la mémoire (son mécanisme)
avant de sintéresser à la Mémoire (lHistoire). Dailleurs, le
parti pris scénique de Laurent Vacher est clair sur le sujet : un accordéon (Johann
Riche, tortionnaire dun diatonique quil ne laisse pas souffler) poursuit,
taraude, harcèle la Centenaire, stimulus, agitateur de souvenirs, qui jamais ne se
montre, toujours se
camoufle.
Reste que pour soutenir cette ambitieuse
variation du Je me souviens de Pérec, on a droit, en première écoute, à la délectable
narration dune vie, une fable à la morale désenchantée : le siècle fut
dégueulasse et, pire encore, même pas porteur de leçons. Nempêche, même si
cest souvent jaune, on rit beaucoup. Ah ça non, on ne peut pas dire que ce soit la
vie de notre Centenaire qui déclenche lhilarité. En revanche, le ton et le niveau
de langage font mouche, dautant que Lucienne Hamon les sert avec un brio
incontestable. On pense par moments au Céline du Voyage, à Alphonse Boudard et,
immanquablement, à la poésie ciselée du meilleur Audiard ; bref, du populo qui
gouaille sec. Mais cette accessibilité du langage nest pas là pour servir une
soupe populaire, potage démagogique : non, la Centenaire ne fut pas pacifiste en 14,
hispano-interventionniste en 36 ou résistante en 41. Elle traversa le siècle comme la
plupart des gens, en soccupant plus de sa survie ou se son bien-être ou de ses
amours que de politique. Plutôt honnête mais forcément gênant aux entournures,
dautant que le regard sur la Centenaire reste constamment sinon sympathique, du
moins détaché. La même gêne quà la vision dun film dOccupation des
Autant-Lara et consorts, quà lécoute des dérives droitistes du dialoguiste
évoqué plus haut. Ce nest pas, on le sent bien, la famille idéologique à
laquelle lauteur se rattache
Quand même, dans des périodes aussi
dramatiques, labsence de jugement de lindividu, en signe dempathie
compréhensive, ne vaut-elle pas absolution ? Cette dernière question,
inconfortable, rend, presque malgré elle, hommage à la pertinence du propos de La
camoufle : oui, nous avons tous des problèmes de Mémoire.
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Samuël Beckett bien mis en scène
En attendant Godot à lArtistic Athévains
Jusquau 15 Avri
Par Vladimir Mouveau
La célèbre pièce de Samuël
Becket, mise en scène par Gilles Bouillon, trouve ici une superbe représentation de
théâtre. Les sentiments et la simplicité des personnages passent à merveille sur un
décor magnifiquement adapté à la plaine campagnarde. Cest du Beckett « in
style », le parfum du foin nous arrive jusque sur les sièges à travers une pelouse
naturelle installée sur les planches.

Il ny a
rien à redire à la pièce de Becket jouée à lArtistic Athévains. Le décor est
riche, une vraie pelouse recouvre toute la scène et donne une chaleur paysanne à
latmosphère. Un arbre est planté sur le côté droit, une grosse pierre tient lieu
de point de repos sur la gauche et le jeu des lumières impose les différents moments de
la journée : Nuit par le bleu, crépuscule par le jaune, etc
la scène est
belle.
Les acteurs,
même sils mettent un peu de temps à interpréter au plus juste le rôle de leur
personnage, se font vite à lambiance et à la traîneur languide de Beckett. Ils
entrent dans cette espèce deuphorie blasée qui les transporte, plus comme des
esprits en quête de rafraîchissement cérébral que de véritables machines à agir,
jusquà des sommets de niaiserie superbement éblouissants. Pozzo, interprété par
Léon Napias est redoutable pour cela. Sorte de Dany de Vito à lil malicieux,
il transcendera véritablement son personnage et donnera vie à lhumour
indéchiffrable de Beckett. Pierre-Alain Chapuis jouant Vladimir, simpose aussi
comme une stature de la représentation et comme un bâtisseur de lesprit Beckett.
Il rythme véritablement le spectacle avec son air hébété et ses allants à
demi-convaincus déviant vers quelques colères homériques.
On attendra donc
Godot toute la soirée, sans lattendre ; en vivant tel est le sujet de la
pièce : « Lattente »-.
Les personnages interagiront dans ce jardin, dans cette plaine près dun village,
loin du monde et du temps ; ils captureront notre attention de bout en bout. La
pièce est bonne car on subit vraiment à la fin cette mélancolie du vivre et on est
vraiment captivé.
Beckett est fin.
Si la mécanique de son texte na pas les accords délicats dun pure esthète
de la syntaxe il est Irlandais et a émigré à Paris en 1938-, les idées
quil invoque sont riches et florissantes. Ses moments dhumour sont de vrais
moments dhumour, ses moments de triste mélancolie sont vraiment
mélancoliques ; cest une sorte de génie du tempérament humain, de la
construction de lambiance « vivante ». Au milieu dune toile de
fond sans couleur comme une campagne décharnée atone, il peindra de purs moments de
délires. Pozzo le tyran clownesque se retrouvera, au milieu du champs, tirant par la
corde son esclave et lui intimant lordre de « penser ». Ledit esclave
entrera dans des considérations métaphysiques que même Einstein naurait pas
imaginées et se fera finalement clore le bec par tous les personnages décomposés
dignorance et de bêtise. On lui enlèvera son bonnet pour quil ne pense plus.
En
Attendant
Godot vaut donc le détour. Alors enfourchez vos motos pétaradantes et
précipitez-vous à lArtistic Athévains où une bonne bouffée dair pur
au milieu de Paris vous attend.
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Amos porte en lui un bien lourd
secret ...
Le retour du portugais au
Théo Théâtre
Jusquau 15 Avril 2001
Par Karine Blanc
Sous le climat humide du Sussex, une épouse
délaissée sadonne au libertinage sauvage dans la nostalgie dun amour perdu.
Une comédie jubilatoire déguisée en Vaudeville baroque, qui renouvelle le genre avec
brio. Karine De Demo et Pascal Laurens nous livrent ici un parfait hybride de Labiche et
des Robins des Bois.
Une lumière
sans artifice nous découvre sur un plateau dépouillé deux comédiens en costumes
baroques. Les premières répliques aux relents dalexandrins, donnent le ton
dune création étrangement poussiéreuse. On a même droit à quelques laborieux
apartés, si le pléonasme est permis, qui feraient presque regretter la grande époque de
la Comédia del Arte. Quest ce qui a bien pu pousser Karine de Demo à écrire ce
texte qui est aussi proche du Labiche ou du Feydeau que le Canada Dry de la
bière ? Un joueur invétéré, dans lincapacité de payer ses dettes de
poker, tente vainement de les effacer en marchandant les charmes de son épouse qui ne
la pas attendu pour les faire découvrir à tout le Sussex. Car cest bien dans
le Sussex que se déroule laction. Le spectacle a à peine commencé, que lon
safflige déjà sur le manque dinventivité du texte et de la mise en scène.
Cest là que se situe le tour de force !
Au détour de ce
quon essaie de nous faire prendre pour un alexandrin, notre oreille tressaille au
son dun mot qui fait la rime à Amos ( prénom du major dhomme blondement et
grossièrement pérruqué), et qui ressemble à « Craignos ».
Peut-être
na-t-on pas bien entendu, mais notre attention gagne en acuité et notre sourire
contrit fait progressivement place à de francs éclats de rire.
Les vers que
lon trouvait maladroits et grossiers glissent subtilement vers une prouesse
sémantique au service dun humour déjanté qui nous rappelle étrangement la grande
époque des nuls. Le registre nétait pas vraiment celui quil semblait être:
cette pièce était déguisée et nous avons marché.
Ce quon
prenait pour lourdeur et maladresse nétait que finesse et maîtrise de la langue,
du décalage dans le propos et du jeu adroitement outré. Anunciade, lépouse
volage, négligée par son joueur de mari, est truculeusement campée par une Karine de
Demo exultante et surv oltée. Face à elle, Amos, le major dhomme dévoué,
lombre de son ombre, est très justement présent dans sa discrétion frustrée.
Peut être parce quil nest pas celui quon croit et que son cur
porte en lui un bien lourd secret : Il est amoureux dune grande dame qui le
prend pour son larbin et qui ne laime pas
Mais qui la aimé et ça
voyez-vous, ça
ça ne passe pas ! Les autres personnages, malgré quelques
coups déclats nont pas toujours la rigueur nécessaire au registre décalé
qui ne souffre pas lapproximation, et font planer sur lensemble de la mise en
scène une émanation de « non aboutie ». Peut être est-ce simplement une
question de rodage du spectacle, qui leur laisserait tout le champ de samuser
davantage.
Laudace et
lalacrité des chorégraphies compensent largement cette petite faiblesse. Ajoutons
à ça des mélodies entraînantes et un comédien guitariste qui réussit la prouesse de
faire chanter le public : Reste une pièce vive et fraîche, un sens de
labsurde parfaitement maîtrisé, jusquà labracadabrante tombée des
masques façon «Scoubidou», cerise sur le gâteau de cet univers jubilatoire qui
renouvelle le burlesque.
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Sous la peau, peu de chair
La prochaine fois, le feu au Théâtre à Châtillon
Jusquau 7 avril
Par David Keller
Bakary Sangaré, comédien fétiche de
Peter Brook adapte et interprète un texte de James Baldwin, écrivain noir américain,
membre du mouvement intégrationniste des Civic right de Martin Luther King.
Malheureusement, le texte ne se départit pas de sa forme dorigine (un essai) :
sous lexposé didactique sur linanité de la ségrégation basée sur la
couleur de la peau, on ne trouve que trop peu de chair théâtrale.
En 1963, James Baldwin écrit La
prochaine fois le feu, en référence à une prophétie divine adressée à Noé à
lissue du Déluge. Après leau dévastatrice, Dieu met donc les hommes en
garde contre lincendie généralisé que leur haines mutuelles préparent. Dans ce
feu dévastateur que lhomme attise, le racisme est bien évidemment la braise la
plus menaçante.
Dans cet essai, Baldwin a la belle
intelligence de renvoyer dos à dos les intolérances des deux groupes ethniques
majoritaires de lAmérique dalors : racisme fondamental des
WASP et
agressivité de certains groupes islamistes afro-américains, même (mauvais) combat. Un
propos assumé sans état dâme, quitte à faire siffler les oreilles de Malcom X.
Pour Baldwin, entre le Black et le
White Power, le problème nest pas la
couleur mais bien le power. Le pouvoir, donc, le désir de domination dun groupe
ethnique sur lautre amènera le feu terrible annoncé au Patriarche. Dans cette
Amérique des années 60, la lutte anti-raciste en est là.
La plume de Baldwin, efficace,
volontiers sarcastique, ne parvient pas à enlever sa datation surannée au fond du
propos : ainsi le racisme social qui recoupe grandement les différences
raciales est-il absent de cette exhortation à trouver un terrain dentente
entre (et au sein des) communautés.
Mais il y a un autre problème. Bakary
Sangaré, visiblement ému par ce texte, porte à bout de bras ce projet risqué. Risqué
par le choix du texte : un essai peut éventuellement donner lieu à une lecture,
mais à du théâtre
Est-ce par souci de prégnance du message quil a à
délivrer que Sangaré se complique une tache déjà ardue ?
En effet, dans son
adaptation, il prend le parti dextirper la quasi totalité des références
auto-biographiques dont Baldwin avait jalonné loriginal. Cest, on sen
doute, pour donner une portée plus universelle au propos
Mais leffet
secondaire ne se fait pas attendre : la didactique prend rapidement le pas sur
lémotion, le théorique sur le vécu. Pourtant le protégé de Peter Brook ne
ménage pas ses efforts.
Sa mise en scène, espiègle, utilise les rares éléments
scénographiques (une écharpe, une chaise) avec une telle habileté quil nous joue
loppression atemporelle de la négritude avec deux bouts de ficelles : bravo.
Quant à son interprétation, elle fait appel à lart du conte africain (sa
première approche, reconnaît-il lui même, du théâtre, dans son Mali natal).
Par ce
jeu particulièrement expressif, il parvient à exploiter au mieux la chair théâtral du
texte, notamment lhumour féroce, pour ne pas dire « noir » évoqué
plus haut. Mais cette chair-là nest pas épaisse.
Le spectateur se prend, au bout
de quelques dizaines de minutes, à davantage sintéresser à la ludique
chorégraphie de Sangaré plutôt quà ce petit traité damitié entre les
peuples qui, non, décidément, ne trouve pas sa place sur scène.
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Triviale poursuite
Légendes de la forêt viennoise au Théâtre de la Cité Internationale
Jusquau 7 avril 2001
Par Cyril Carret
1931 : la chronique dÖdön
von Horváth nous plonge au cur de lAutriche et entend nous faire partager
lexistence de la petite bourgeoisie viennoise de lentre-deux-guerres. Avec la
précision et lobjectivité de lil photographique, lauteur
sest attaché à représenter, sa vie durant, les faits et gestes de ses
concitoyens. Petite histoire dune petite communauté bien conventionnelle.
La
nature est ainsi faite que certains sujets remportent ladhésion a priori dun large public. Cest
justement le cas des légendes et autres contes populaires qui ne cessent de captiver les
générations, malgré le passage du temps. Ce nest certes pas une raison pour
évacuer tout un pan des passions humaines et cest là, sans doute, que réside
lun des objectifs principaux du théâtre : amener les gens à connaître, par
acteur interposé, des fragments dexistence, que le spectateur naurait pas eu
loccasion de vivre. La mise en scène est en cela un art difficile, car elle doit se
faire le vecteur de lenthousiasme entre le dramaturge et lauditeur. Pas
toujours évident.
La
passion dÖdön von Horváth, dramaturge allemand du début du siècle dernier, le
portait vers le théâtre quil aimait à appeler « populaire », se posant en «
fidèle chroniqueur de son temps». Son uvre, courte, à limage de sa vie qui
fut tragiquement interrompue à 37 ans, est donc toute entière dédiée à
lexposition de la vie des petites gens qui animent le quotidien, et en
loccurrence, à lexistence des petits-bourgeois qui formaient 90% du peuple
européen des années trente. Deux postulats donc : une intrigue triviale présentée au
travers de gens triviaux
Est-ce donc la raison qui a poussé Laurent
Gutmann, le metteur en scène, à faire subir un traitement trivial à la pièce ? On peut
limaginer étant donné la qualité et la diversité de ses mises en scène
antérieures. On reste cependant pantois face à linexpressivité des moyens mis en
uvre pour présenter les Légendes de la forêt viennoise. Point dorgue de la
mise en scène : la grand-mère dAlfred qui, engoncée dans sa perruque aux macarons
impeccables, tricote durant deux heures un pull-over sur le pas de sa porte, au second
plan, dans le coin gauche de la scène, pull-over que les spectateurs ébahis pourront
voir évoluer «pour de vrai», durant toute la représentation. Une question brûlante
demeure cependant en suspend: lorsque sera terminé le rectangle que la mamie a commencé
le jour de la première, le défera-t-elle ou sera-t-il vraiment intégré à un vrai
pull?
Mais dautres problèmes dordre
technique, liés à la mise en scène, demeurent dans lombre. Est-ce par souci de
réalisme que les portes des trois échoppes où vivent et travaillent nos personnages
semblent tout droit sorties du kit «abri de jardin Martin» du rayon jardinage du BHV? La
réponse à cette question nous éclairera sans doute également, sur les motifs qui
conduisent Ida, la jeune idiote du quartier, à se promener inlassablement avec le sac à
carreau en plastique et fermeture éclair qui est loutil indispensable de tous les
déménagements inter et extraterritoriaux de notre XXIe siècle qui, malgré les
prédictions de Paco Rabane, semble bien décidé à se dérouler de façon normale. Bon,
va pour le sac, mais que vient donc faire un radiocassette à pile dans un déjeuner
campagnard 1931, ou encore dans la salle de bain du bourbier où un jeune couple lutte
contre la misère physique et morale? Là, le spectateur quelque peu attentif ne comprend
plus.
Si lon pressent que certains anachronismes sont là pour nous signifier
que lEurope na pas encore et définitivement réglé le problème des
fascismes, que lon ne se prenne néanmoins pas à espérer un subtil décalage du
drame dans le temps qui évoluerait, au fur et à mesure de lintrigue, vers une
sorte de conceptualisation maîtrisée de la dramatisation
Fi de réalisme et de
rationalisation. Grand-mère est suffisamment habile pour écrire une lettre au stylo Bic,
avec le papier posé à même les genoux que recouvre sa jupe molletonnée, et le jeune
Éric maîtrise parfaitement le tir à balles virtuelles, quil feint maladroitement
de retirer de sa cartouchière vide pour les insérer dans un fusil de chasse au canard de
fêtes foraines; peu importe si les langes du bébé de huit semaines siéent à merveille
à un enfant de cinq ans et si les paris turfistes dAlfred sont réalisés sur les
champs de courses français. Ayons néanmoins une pensée pour Éric, le nationaliste
allemand, qui lors de son départ pour la guerre, arbore un sac à dos de larmée
américaine!
Cessons
ici la liste des invraisemblances afin de reposer la question du préambule de ce texte:
une intrigue triviale présentée au travers de gens triviaux nécessite-t-elle un
traitement trivial? Pour ceux qui ne seraient pas convaincus que réalisme et illusion
théâtrale ne sont pas antinomiques, on pourra conseiller la relecture de
luvre théâtrale de Federico García Lorca et la découverte du travail de la
troupe de Théâtre LEmpreinte et Cie.
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Danser un classique
Bérénice au Théâtre de la Bastille
Jusquau 14 avril 2001
Par David Fauquemberg
Servis
par dexcellents interprètes, le metteur en scène Frédéric Fisbach et le
chorégraphe Bernardo Montet sattaquent avec audace à un grand classique. Un
spectacle complexe, mais jamais prétentieux, ni vainement cérébral. Un théâtre qui
fait enfin confiance à lintelligence de son public, sans sombrer dans la
complaisance.
La tragédie classique commence quand tout est fini. Il est trop tard. Les
personnages, malmenés par le destin, ne peuvent plus faire grand-chose. Reste à solder
les comptes dun passé qui, nécessairement, engage le futur. Cette fois, au
contraire, le tumulte est montré, il envahit la scène. Les corps senlacent et se
repoussent, courent et sécroulent. Des voix désincarnées jaillissent des
hauts-parleurs, comme cherchant encore à qui elles appartiennent. On ne sait trop ce
quelles disent, à part la confusion et lincertitude de tout.
A lagitation succède soudain le calme inquiétant des choix déjà faits,
des déchirures inévitables. Titus népousera pas Bérénice, il a choisi de
régner sur Rome. Les acteurs, sobres et patients, servent à merveille une mise en scène
tout en lenteur. Une patience que nont visiblement pas les quelques spectateurs
quittant rapidement la salle. Les mouvements, abolissant la frontière entre danse
contemporaine et théâtre, donnent corps aux antagonismes, aux souffrances et aux
hésitations des personnages. Nous sommes bien dans le temps suspendu de la tragédie.
Les interprètes, dont on ne sait plus trop si ce sont des danseurs qui jouent,
ou des acteurs qui dansent, sont excellents. La danseuse israélienne Tal Beit-Halachmi
est merveilleuse de retenue dans les ruptures. Elle interprète une reine digne et sauvage
à la fois, déchirante sans ostentation, excessive sans céder jamais aux effets faciles.
Belle, hiératique, captivante, elle traverse la scène avec la légèreté de qui se sait
déjà voué à lau-delà. Son léger accent dorient, sensuel et nostalgique,
caresse avec bonheur les vers de Racine. Une évidente Bérénice. Lélégance et la
dignité de Jean-Charles Dumay en font un Titus plus que convaincant. Quant à Marc Veh,
puissant et discret à la fois, il campe à merveille Antiochus, perdant magnifique.
Déplaçant les panneaux de verre dun décor modulable, les personnages
construisent peu à peu leur propre labyrinthe. Un jeu de glaces sans tain où chacun ne
voit guère que le reflet de ses propres désillusions. La mise en scène, audacieuse sans
lêtre jamais gratuitement, réussit à surprendre. Ce nest pas évident
lorsquon monte Bérénice.
Lhypothèse de départ est simple. Le texte de Racine a assez de force, il est assez
connu pour supporter une mise en scène sécartant des conventions. De fait, loin de
perdre le spectateur, pour peu quil y mette un peu du sien, léclatement des
voix, des déplacements, des lumières et du décor permet de redécouvrir la poésie du
texte. On a limpression de comprendre jusquaux rares passages dits en hébreu.
Le final, où les trois personnages glissent de lombre à la lumière dans un
clair-obscur crépusculaire, évoque les limbes du sentiment défunt. Et léternelle
beauté de la tragédie antique.
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D comme Délirant
A comme Arthus au Théo Théâtre
Jusquau 6 Mai 2001.
Par Caroline Delage
Un zeste dhumour décalé, une pincée
de mélange des genres et des époques, un grain de folie, voilà la recette dune
comédie complètement délirante. Un cocktail détonnant pour vous divertir et vous
amuser.
Que faire dun roi plutôt laid, assez
grossier, franchement inculte et qui se ruine complètement au jeu ?
Arthus, son bras-droit, romantique et raffiné, a décidé de le marier à une
très riche princesse
Pour réaliser son subterfuge, il fait appel à son valet
miteux, tout droit sorti des
« Visiteurs ». Un être ignare, répugnant et corruptible.
L'intrigue, des plus classiques, passerait
presque pour du Molière
Les références au grand dramaturge ne manquent
pas.
Mais cette pièce est pleine de surprises, de sketches, de parodies
et l'on s'éloigne bien vite du stéréotype. Vous y trouverez des références des plus
inattendues, de « Cyrano de Bergerac » à « Mission Impossible », en
passant par quelques chansons connues.
Cest à la fois ancien et moderne. Ca se passe à la cour, les
textes, quand ils ne partent pas à la dérive, sonnent classiques. Mais tout est adapté
aux temps actuels, des costumes au vocabulaire. Le prince est un jeune rebelle aux tenues
toutes plus extravagantes les unes que les autres, il ne pense quaux plaisirs du jeu
et de la chair. La promise est une allumée plutôt délurée qui fume de lherbe,
affublée dune dame de compagnie complètement disjonctée. Il ne manque plus que
deux comédiens absolument loufoques au tableau. Ils interprètent des pièces écrites
par un certain Molière, que le futur roi prend pour le chef dune bande de voleurs
et compte bien faire embastiller.
Dans A comme Arthus
on ne se prend pas au sérieux, loin sen faut. Au contraire, on délire. Chaque
réplique est matière à un jeu de mots, à une chanson ou à une chorégraphie. Les
personnages sont tous complètement ridicules et burlesques. Seul Arthus garde un peu de
raison dans cette joyeuse équipe, quoiquil finisse par se laisser entraîner au
plaisir charnel, au détriment du royaume.
Il s'agit de lhistoire de France
revisitée et réinterprétée, traitée avec un vocabulaire contemporain. On se moque et
on ridiculise.
Cest
de lhumour décalé, du mélange des genres, et cest réussi. Voilà un
spectacle original. Chapeau bas à la performance de tous les comédiens débordant
dénergie et de dynamisme. Ils ont tous un grain de folie !
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Un vote de charme
Coupable ou non coupable au théâtre Marigny
Jusquau 15 Juin
Par Joan Amzallag
Reconstitution dun procès à
laméricaine et pièce interactive, Coupable non coupable est une nouvelle création
de lauteur atypique Robert Hossein. Il nous gratifie une nouvelle fois dune
mise en scène réaliste et résolument moderne, un peu moins spectaculaire que ces
précédents spectacles au Palais des Congrès. Un exercice de style historique et ludique
pour une salle plus intimiste.

Robert Hossein
revient à ses premières amours : le polar et les grandes enquêtes policières. Il
choisit un fait divers new-yorkais des années 50 pour illustrer cette reconstitution de
procès. Comme à son habitude dans sa carrière de metteur en scène, Robert Hossein fait
travailler son public. Un carnet, un stylo et un jeton nous sont remis à lentrée
du théâtre et nous investissent dune mission de la plus haute importance : voter
en son âme et conscience dans laffaire Faulkner, pour ou contre la condamnation de
sa maîtresse : Karen Borg.

Mais attention
les règles du jeu sont énoncés demblée par Hossein présent sur scène : « Ne
pas voter cest nuire à laccusé ».Une façon amusante et ludique pour le
metteur en scène de se rapprocher de son
public (comme il l'avait déjà fait pour "Je m'appelais Marie Antoinette") et
de le faire participer à un procès de la plus haute importance aux allures de film
hitchcockien.

Un décor
réaliste, en noir et blanc, replonge le spectateur impatient dans latmosphère
sobre et rigide des cours des tribunaux américains. Tout le monde est là, la
sténodactylo, imperturbable dont les doigts vont et viennent inlassablement sur le
clavier de sa machine à écrire, Flint lavocat général, Stevens lavocat de
la défense, les policiers et bien sûr le juge Wilson qui trône sévèrement au milieu
de la pièce, arbitrant les débats avec poigne.
Marigny est
transformé en tribunal par la mise en scène sobre mais audacieuse dun Robert
Hossein transformé en metteur en scène-cinéaste.

Les témoins
vont et viennent de la salle à la scène, pour témoigner ou faire des esclandres en
plein tribunal. Les moments cruciaux du procès, les changements de jours sont marqués
par une extinction des lumières, une musique grandiloquente et une toile de fond
représentant un paysage new- yorkais.
Comment ne pas
se sentir investit de la mission qui nous est donnée ?
Les avocats nous
interpellent sans relâche. Ce sont de très bons meneurs de jeu qui dynamisent les
échanges. Laccusée Karen Borg (alias Natacha Amal), maîtresse démoniaque du
défunt, aux faux airs de Monica Bellucci, est troublante de beauté et démotion.
Les témoins, qui se succèdent à la barre sont tous plus suspects les uns que les
autres, et parfois même très drôles (la gouvernante interprétée par Laurence Badie et
le truand campé par Michel Creton). Tout cela, sur fond de drame lié à un fait divers
new-yorkais des années 50 qui aurait pu être adapté au cinéma. Les conventions liées
à cette époque sont bien entendues respectées par la mise en scène : les costumes, la
bienséance, les ragôts.

Une galerie de
portraits surprenante ajoute à la dramaturgie croissante des situations et des
témoignages qui se succèdent. Nous voilà replonger en pleine enquête policière avec
la caricature du gangster chic et choc, de la richissime héritière, du portier
new-yorkais, de la nounou gouvernante de la famille et bien entendu du détective privé.
Les personnages
réalistes campés par de très bons acteurs et la mise en scène plus sobre quà
lordinaire de Robert Hossein, transforment Marigny en terrain dun véritable
jeu de devinette entre le public et les acteurs : qui sont les coupables ?
A vous de
voir...
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Autour de Babel
La Cantate Rebelle au Théâtre du Lierre
Jusqu'au
13 Mai 2001
Par Frédéric Cheminade.
Pour
Farid Paya, la souffrance précède un souffle de
vie qui subvertit le traumatisme infligé par la
barbarie. Babel et l'idéal d'un monde où tous les
hommes se comprennent nous sont présentés comme un
Eden possible et oublié. Certes, la lecture de cette
cantate est parfois trop limpide, mais la force de
l'argument l'emporte de loin sur un débat intellectuel.
À la suite d'un génocide, des hommes et des femmes traînent leurs morts. Des syllabes
sortent de la bouche des personnages. Leur souffrance est criée, accompagnée d'une
timide mélodie. Chaque élément du spectacle prend peu à peu sa place. Le langage se
distingue à travers les sons initialement prononcés,
les cris deviennent chants, la musique remplace ce qui ne paraissait jusque-là qu'un
désir d'harmonie et les personnages s'imposent en tant qu'entité.
Farid Paya nous invite autour de Babel. La
civilisation s'impose avec l'évolution du langage et l'affirmation de la croyance.
Le travail réalisé par l'auteur sur le langage tente de revenir à l'origine des langues
pour aboutir progressivement aux langues
construites que nous connaissons. Cette tentative anéantit le texte. Pourtant celui-ci
reste clair à notre entendement car ce retour à l'origine du langage porte plus sur le
verbe comme outil de l'expression, ramenant les personnages à la nécessité de parler,
plutôt que sur le mot comme demeure de la représentation.
La musique et la danse, qui constituent deux éléments essentiels au spectacle,
rejoignent ce parti pris pour l'instinct. C'est d'abord un mouvement, puis une danse qui
construisent ce qui deviendra une chorégraphie précise et complexe. Plus loin du corps
que la danse, la musique rejoint l'instinct grâce à la nature des instruments qui sont
pour la plupart des objets du quotidien. Lors d'un concert qui célèbre l'amour, le
rythme infirmé par une bassine de métal faisant caisse de résonance à une corde de
crin frottée entre deux doigts, donne toute sa consistance à cette
"improvisation". Pour Christine Kotschi, comédienne et musicienne à
l'initiative de cette composition, l'utilisation de tels objets atteste de l'universalité
de la musique.
Reconstruire ainsi l'histoire de la civilisation impose une lecture trop didactique des
symboles.
Chacune des étapes vers une structure plus complexe se
franchit après la célébration d'un mort. Les morts sont représentés par des
marionnettes ; une fois célébrés, ils deviennent une corne d'abondance. Alors, sous le
postulat d'un message trop simple, la mort apporte la vie, le spectacle se rythme au
compte à rebours des marionnettes.
Ce parti pris pour autant de simplicité est pourtant défendable.
La foi est inséparable d'une conscience de soi et, loin d'une leçon bien apprise, reste
intuitive. Paya arrive, avec toute la force du spectacle, à nous imposer sa foi en
l'humanité. Si par hasard on vous dit que ce type est naïf, soyez sûrs qu'il maîtrise
cette naïveté et que la Cantate Rebelle est l'ouvre d'une personne en pleine possession
de sa force créative.
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Work in progress
Guignol's Band au Théâtre de Proposition
Jusquau 15 avril
Par David Fauquembert
La prose virevoltante de Guignol's Band incarnée au
théâtre. Quelle alléchante perspective. Un Céline plus poète que jamais, perdu entre
Orléans et Londres, une oeuvre majeure trop souvent ignorée. A leur service, un metteur
en scène et une actrice croyant en leur projet et désireux de prendre tous les risques.
Ils pèchent, étonnamment, par excès d'enthousiasme. Qui leur reprocherait ? Le texte,
sans doute. Un texte fort et dense, étouffé par trop de jeu et de principes.
Avant même que le rideau ne se lève, Gilles, le metteur en
scène, s'assied dans la lumière pour nous entretenir de ses doutes et de ses
espoirs.
Inhabituel, mais intéressant. A l'entendre, on comprend que ce spectacle n'est pour lui
pas anodin, qu'il est le fruit d'un engagement total, sur près de trois ans. Une
abnégation et un cur mis à l'ouvrage tout à fait fidèles à l'esprit célinien.
Ce que ne sont malheureusement pas les principes de la mise en scène, promptement
énoncés. D'abord, le texte étant obscur et difficile, quasiment pas
" montrable ", tout faire pour le rendre lisible. Ensuite, loin de se réfugier
derrière la rassurante solidité d'une interprétation éprouvée, chaque jour prendre de
nouveaux risques. Bref, aux incertitudes du texte faire répondre celles de l'actrice.
D'emblée, l'écoute des mots de Céline confirme les
souvenirs de la lecture. Non, Guignol's Band n'est pas un texte " illisible
" et
" inaudible ", ou du moins ne l'est plus. Ce serait bien le comble pour un
écrivain tellement imprégné de la langue des rues.
Et puis, étrange conception du
texte littéraire que celle qui refuse de faire confiance à la musicalité proprement
époustouflante du verbe.
Ou alors, manquerait-on de confiance dans le bon vouloir et
l'intelligence du public ? Chercherait-on à nous mettre en garde contre la puissance d'un
texte à ne pas mettre entre toutes les mains ?
Sur scène, Emmanuelle Maquat, instinctive et nerveuse, vit
la débâcle, le grand chaos de la "drôle de guerre" de 1940. Irréprochable du
point de vue de l'énergie et de l'honnêteté, son interprétation semble cependant
obscurcir le texte plus qu'elle ne le dévoile.
Pourquoi s'agiter ainsi quand les mots de
l'auteur gesticulent déjà ? Hurler douloureusement quand ils crient toute l'absurdité
de la violence ? Le parti pris de mise en scène, qui place le narrateur au cur des
événements, sans distance aucune, ne fonctionne pas vraiment.
Car Céline observe la
guerre avec une verve désespérée. Il décrit avec une minutie distante et
quasi-chirurgicale des scènes auxquelles il aurait préféré ne jamais avoir assisté.
Les incessantes ruptures de ton et de rythme du jeu
déroutent le spectateur. D'autant que derrière tout ça se laisse deviner l'unité du
souffle, la " petite musique ", à nulle autre pareille. Certes, le style de
Céline est fait de contrastes, mais fallait-il insister à ce point là-dessus ?
Dès
lors que l'actrice laisse s'installer le texte, lui offre un peu d'espace, tout prend
sens. " Augmente la prise de risque " exige alors le metteur en scène, tapi dans
l'ombre. Comme si les pages choisies pour ce spectacle ne servaient que de prétexte à
une expérimentation.
Le problème, c'est que ce sont de véritables morceaux de bravoure.
Le genre de texte devant lequel il vaut mieux s'effacer. Et qui prend tôt ou tard le
dessus sur celui qui s'est mis en tête de le défier.
La seconde partie du spectacle est plus convaincante. Sans
doute parce que le thème abordé se prête davantage à l'angle d'attaque du duo
Gilles/Maquat. Cette fois, Céline-Ferdinand est amoureux. " L'amour, c'est l'infini
à la portée des caniches ", écrivait-il dans le Voyage. Là, c'est lui qui est
pris. Il trépigne, s'impatiente aux coquetteries de Virginia, jeune anglaise en jupe
courte.
Portés par la voix et le corps de l'actrice, les mots débordent de sensualité.
Une facette peu connue de l'écrivain, loin des clichés faciles. Le plaisir que prend
Emmanuelle Maquat à dire la beauté des premiers émois, entre panique et enthousiasme,
est communicatif. Et nous réconcilie un peu avec ce projet de longue haleine, loin
d'avoir trouvé le ton juste, mais cherchant encore et toujours.
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Drôle de crise damitié
Cravate Club à la Gaité Montparnasse
Jusquau 1er juin 2001
Par Chistina Anid
La pièce
cyniquement drôle de Fabrice Roger-Lacan nous démontre que des mots prononcés
inopinément peuvent faire vaciller une amitié jusquà la faire sombrer dans la
folie. Dans une comique et absurde dégringolade qui bouleverse tout sur son passage, deux
comédiens étonnants nous entraînent dans les bas fonds de lamitié.
Lheure
est à la fête, deux amis et associés célèbrent la signature dun nouveau contrat
et un anniversaire. Charles Berling, surprenant dans le rôle de Bernard, père de famille
épanoui sapprête à fêter son quarantième anniversaire. Adrien, coureur de
jupons détaché impeccablement joué par Edouard Baer ne pourra pas y assister pour des
raisons mystérieuses. Sur quelques phrases prononcées sinstalle, tout à coup,
lincompréhension mutuelle. Éclate alors une dispute sans fond et sans réel
fondement. Rien ne sera épargné par ce vent de folie qui ébranlera leur partenariat et
leurs vies affectives. Le public, envoûté par laisance des acteurs les suis pas à
pas dans les rebondissements de ce malentendu sans queue ni tête.
En tentant de
connaître puis de comprendre le secret de son ami, Bernard va élargir le fossé qui les
sépare et mettre en exergue leurs vides respectifs en accentuant leurs différences,
faisant ressortir jalousies et envie. Chacun dentre eux semble gêné par
limage que lautre lui renvoie et malgré les rires que cela provoque, la
véracité des répliques nous pousse à la remise en question. Dans un dialogue de sourd
ou chacun est frustré, blessé et déçu par lautre, la mise en scène symbolique
nous démontre que la complicité prend fin là où débute lindividualisme.
Dans le décor
sobrement moderne de leur cabinet darchitecture et sur fond de John Lennon « I
didnt mean to hurt you », leur accord tacite leur échappe. Chacun agit
pour sauver ce quil pense être léquilibre de lautre. Aucun ne
cède sur ce quil estime être important et leur amitié se transforme en une lutte
ponctuée de répliques amèrement comiques.
Le talent de
Fabrice Roger-Lacan réside dans le fait de savoir traiter de façon légère un sujet qui
ne lest pas. Le petit-fils du psychanalyste ne pouvait pas nous faire rire sans nous
faire réfléchir. Grâce à son style fluide et irrésistiblement comique, il révèle
une relation amicale dans la vérité de son époque.
Quant aux deux
comédiens qui forment un superbe duo, leur complémentarité occupe la scène si
pleinement quon passe du rire à langoisse sans même sen rendre compte.
Tous deux sortent de leurs registres respectifs et se renvoient la balle, se mettant
mutuellement en valeur. Charles Berling est particulièrement drôle dans le rôle du
névrosé, au lendemain dune cuite monumentale.
Cette pièce sur
lambiguïté des rapports amicaux alors que lapparition dun
secret, ou dun club, devient un alibi pour se rapprocher ou détacher de
lautre laisse véritablement souriant mais un peu amer.
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Spirale fantaisiste du
trompe-lil
Lillusion comique au Théâtre Hébertot
Jusquau 6 mai 2001
Par Catherine Robert
Théâtre dans le théâtre, parangon de la mise en
abyme, LIllusion comique
est sans doute
lhommage le plus beau et le plus difficile quune troupe puisse rendre à son
art. Catherine Schaub relève ce défit avec des acteurs frais et pétulants et met en
scène ce grand texte classique en le dépoussiérant. Sa force comique na, en
loccurrence, rien dillusoire.

Le vieux Pridamant, tout au regret
davoir banni son fils dont il est désormais sans nouvelles, se rend dans la grotte
du magicien Alcandre qui lui propose de mettre en uvre ses artifices pour évoquer
devant ses yeux la vie tumultueuse du jeune Clindor. Celui-ci est devenu le valet du
vantard et poltron capitaine Matamore qui courtise Isabelle, promise par son père au
sinistre Adraste. Clindor, tout laquais quil est devenu, a éclipsé les deux
soupirants dans le cur de la belle. Les deux amants pourraient être heureux, mais
une servante perfide, un père tyrannique, un fiancé belliqueux et des circonstances
contraires luttent contre leur union. De rebondissements en complots, lamour
triomphera néanmoins. Les méchants seront punis et les
bons réconciliés.
LIllusion comique est une pièce riche et complexe
puisquelle joue des niveaux de représentation et fait du théâtre le lieu de son
propre dévoilement. Les renversements sont incessants, la tragédie devient comique et
les identités se font et se défont, à la grande inquiétude de Pridamant et au grand
délice du spectateur, ravi dêtre ainsi emporté dans la spirale fantaisiste du
trompe-lil. Cette pièce établit le caractère captieux des solutions
faciles : entre la réalité et lillusion la frontière nest pas étanche
et il nest pas si sûr que nos certitudes sérieuses ne reposent pas sur du sable.
Quen est-il du monde sil nest quun jeu ? Quen est-il de
notre vie si elle nest quun rôle ? Il est bien évident que cette
«galanterie extravagante», selon les propres mots de Corneille, a une portée
métaphysique qui dépasse largement la légèreté et la badinerie de son propos.
Il va sans dire que ladaptation
dune telle pièce participe de la gageure. Pour mettre en scène la mise en scène,
pour jouer à jouer, pour faire voir le théâtre au théâtre, il faut éviter le piège
de la démonstration trop appuyée. Catherine Schaub relève assez brillamment ce pari.
Elle parvient, par des trouvailles et des effets fort habiles, à montrer le caractère
kaléidoscopique de toute vision. Et comme pour rajouter à la complexité de la mise en
abyme, elle fait se moquer le théâtre de lui-même grâce à des partis pris déjantés
et farfelus. Ainsi modernise-t-elle par lhumour le texte de Corneille avec une
insolence des plus savoureuses : Lise lance sa plainte damoureuse délaissée
en se goinfrant de chocolat et lon rit
de la trahison des sages didascalies classiques par cette illustration de la compensation
boulimique.
Lorsque Matamore
lexcellent Philippe Suberbie savance sur le devant de la scène pour
faire le récit de ses aventures amoureuses avec les déesses et se met à chanter les
alexandrins avec des illades à la Dario Moreno et des déhanchés de chanteur
dopérette, on applaudit laudace et on se gausse joyeusement. Le cocasse est
des plus plaisants quand, à la fin de la pièce, Alcandre, le mage piriforme qui semble
sêtre fait un costume avec des peaux de caniches et des oreilles de teckels, se
relève du tabouret à roulettes qui le portait jusque-là. A cet égard, au moment où ce
dernier énonce la morale de la farce, il est redevenu lacteur qui jouait Géronte,
le père dIsabelle. Ce double rôle nest pas indiqué dans le texte de
Corneille mais lastuce est du meilleur effet puisquelle permet dappuyer
le discours sur lillusion en en faisant le fruit dun ultime dévoilement.
Laurent Collard, tour à tour magicien délirant et père autoritaire, montre ainsi sa
maîtrise du métier auquel le discours quil tient rend hommage.
La mise en
scène joue donc constamment sur la distance et les acteurs montrent quils ne sont
dupes de rien. Clins dil, malice maîtrisée du jeu, mimiques drolatiques
forcent le comique sans tomber dans la bouffonnerie. Cétait là lécueil du
décalage, mais il est évité avec art et la gravité accompagne toujours la comédie,
comme pour nous rappeler que la limite de lapparaître nest sans doute jamais
celle que nous croyons.
Si la vie
nest pas un songe, elle nest peut-être quun jeu. Mais si ce jeu est
aussi jouissif que le spectacle dont nous pouvons nous régaler au Théâtre Hébertot, sa
cruauté vaut dêtre vécue puisquelle sachève en éclat de rire. Tout
est peut-être masque, mais tout nest pas nécessairement grimace. Notre rôle est
à bien jouer. Le monde est en branle, notre métier dhomme est dy garder
léquilibre en nadhérant pas naïvement aux apparences.
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Provincial
impromptu
LInspecteur au théatre de lAthénée
Jusquau 31 mars
Par Delphine Bailly
Auréolé de son
succès passé à Avignon, Le Footsbarn Travelling Theatre fait une entrée en fanfare
dans la capitale et installe son chapiteau au cur du jardin des Tuileries. Il
revisite ici, de manière décalée et truculente, le texte de Nicolaï Gogol,
lInspecteur, publié en 1836, qui se révèle dune curieuse intemporalité à
lheure des fausses factures et autres délits dinitiés
Le Footsbarn Travelling Theatre est
né dans les années 70 quelque part en Cornouailles. En digne héritier du théâtre
ambulant du 13ème siècle, il parcours les villes et les villages afin de
porter le théâtre là ou dordinaire il ne pénètre pas. La troupe cosmopolite est
constituée dacteurs venus dhorizon divers. Adepte du théâtre populaire, les
créations du Footsbarn Travelling Theatre sont toujours le fruit de recherches
basées sur de longues séances dimprovisations collectives à partir desquelles se
bâtira le futur spectacle. Le résultat en est un théâtre total, décapant et décalé
à mi chemin entre Comedia del Arte, farce, mime et cirque. En ce qui concerne lInspecteur, la troupe dit y avoir trouvé
une parfaite corrélation entre ses aspirations propres, la musicalité du texte et cet
univers atypique peuplé de personnages farfelus invitant à la satyre, au surréalisme et
au spectacle.
On connaissait
déjà lintrigue de Gogol, brillante et acérée comme une lame justicière :
dans une ville de province vivant sur les vices et les turpitudes de ses notables
dépravés, larrivée dun envoyé spécial du tsar est annoncée.
Un jeune
opportuniste petersbourgeois, naufragé dans cette province lointaine, est identifié
comme linspecteur redouté. Sen suivront malentendus et rebondissements en
chaîne jusquà léclatement finale de cette société corrompue.
Le quiproquo on le sait est la pièce centrale de léquation
comique. Or, sous le chapiteau du Footsbarn Travelling Theatre, la farce règne en
maître. Excellant dans la difficile pratique du rire polymorphe, le Footsbarn
sen donne à cur joie : du rire délicat au rire gras, du rire rebelle au
rire consensuel, tout est prétexte à lhilarité. Le jeu de la troupe et son
particularisme phonétique parfois déroutant (les trois quart des comédiens sont
anglo-saxons, doù accents et difficultés en conséquence
) y sont évidemment
pour beaucoup.
Du gouverneur sorte de
Groucho Marx tsariste (Joe Cunningham) à linspecteur campé par la recrue indienne
de la troupe (Shaji Karyat), en passant par la femme nymphomane du gouverneur incarnée
par un solide gaillard (Rod Goodall), tous dépeignent une galerie de personnage ubuesque
et triviaux qui grâce aux éclairages posés en ras de scène donnent à leurs visages
une expressivité particulière semblant venu du fond des âges.
La scène quand
à elle, bien que cantonnée au centre du chapiteau, se déroule sur différents niveaux
grâce à une structure polyvalente qui permet des acrobaties en tout genre car avec le
Footsbarn Travelling Theatre cest carnaval à tous les étages !
Ne dédaignant
pas à loccasion une bonne pétarade ou un expressif jeu de bassin, la troupe
sen donne à cur joie au grand plaisir de tous, renouant ainsi avec les
ficelles ludiques et festives dun théâtre sans frontière et sans concession
envers les grands de ce monde, à limage de cette scène où les enfants de
lécole chantent au gouverneur interloqué ce que lui même et tous les notables à
coté de lui sont pour la ville : loppression.
Derrière cette
galerie de portrait grotesque, lInspecteur
sinscrit dans la perspective dune véritable critique sociale et politique qui
dépasse à nen pas douter la Russie tsariste des années 1830 pour toucher
directement à luniversel humain. Gogol souhaitait une pièce « pleine de rire
visible et de pleurs invisibles » avec le Footsbarn Travelling Theatre,
malgré parfois quelques longueurs, la mission semble avoir été accompli avec les
honneurs.
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Maudit ménage
Feydeau Terminus au Théâtre dAubervilliers-la-Commune Jusquau 7
avril.
Par Serge Latapy
En septembre 1909,
Georges Feydeau fuit le domicile conjugal, sa femme Marianne et ses quatre enfants pour
sinstaller au 189 de lhôtel Terminus. De cette période dexil
définitif (il troquera sa chambre dix ans plus tard, contre un ultime séjour en maison
de retraite), il tirera trois courtes pièces, qui tranchent avec ses productions
précédentes. Plus ramassées, scandaleusement triviales, elle jouent dun comique
quotidien plus féroce mais aussi plus intime, comme si elles portaient le sceau de la
déception de lauteur.
Et si lincontinent Feydeau avait
barbouillé ses pièces dun fielleux ressentiment ? Sil navait
décrit, à travers ces histoires de gros ventre et de petit pot, que la longue agonie de
lamour conjugal, que le rire sacharne à conjurer ?
Cest
précisément cette ambivalence qui intéresse Didier Bezace, qui a choisi de
rassembler les trois pièces en une. Léonie est en
avance, Feu le Père de Madame et On purge Bébé figurent ici le parcours
existentiel, intime et universel dun couple bourgeois qui va bourgeoisement à sa
perte. Yvonne et Lucien saiment dun amour sincère. Une succession
dévénements mineurs une grossesse nerveuse, un deuil factice, une
constipation enfantine conjugués à quelques bévues irrattrapables mèneront leur
amour à la faillite.
Pour illustrer
cette mécanique implacable, Didier Bezace a choisi de faire de la scène un
carrousel. Les planchers filent, les murs virent, les personnages aussi mais ils le font
sur un rythme inédit, plutôt lent pour le genre. En dépit des apparences, ce léger
tassement du tempo ne nuit pas au comique. Traquant les failles, les silences, il permet
encore de trouver des tons interdits à plus haute vitesse, comme celui de la sincérité.
Très bien à sa place dans son rôle de sorcière mal aimée, Anouck Grimberg use
idéalement de son naturel de femme enfant, aussi insupportable quattachante. Thierry
Gibault, son mari à la scène, mobilise de son côté un grand sens du comique
gestuel quil sait conjuguer à une intériorité plus inquiète, plus fragile. En
contrepoint à ces deux-là qui se débattent encore, dautres viennent mettre leurs
force dinertie au service de leffondrement conjugal. Sage femme sévère,
valet indiscret puis moutard capricieux, Alexandre Aubry donne à tous ses (contre)
emplois une note à la fois burlesque et perverse, presque inquiétante. Dans son travail
de sape il peut compter sur Corine Masiero, en bonniche indolente à souhait et sur
Jean Paul Semadiras, cocu magnifique et hâbleur.

Lambition
contrariée, les malheurs domestiques, les petites lâchetés noffrent pas seulement
matière à se tordre. La force du spectacle est de nous révéler laspect tragique
de cet implacable destin social qui fait virer les existences du désir au dérisoire. Une
succession de rien peut nous révéler notre abîme ; lorsque lon a pressenti
cela, alors oui, on peut en rire.
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Seul
au monde.
Le Journal dun fou, théâtre de
lAktéon.
Jusquau 1er avril
Par Catherine
Robert.
Auxence Ivanov, petit fonctionnaire
timoré et craintif de la grande Russie, décide de commencer un journal intime pour
consigner les événements de sa terne existence. Il faut dire quil vient
dêtre témoin dun étrange phénomène : il a surpris le dialogue entre
deux chiens
Dès lors, vont être rapportés les moments dune vie qui sont
autant détapes dune lente mais définitive chute dans la folie.

Le comédien Thierry Jozé senfonce
avec brio dans ce trou noir de la démence et nous fait assister, entre le rire et les
larmes, aux spasmes et à lagonie dun esprit qui ségare. La
musique de Schubert accueille le spectateur dans la petite salle du théâtre de
lAktéon, comme pour annoncer demblée que le malheur rend fou. Un homme
est là sur la scène, qui nattend déjà plus personne. Assis sur une poubelle, ce
rebut anonyme de la grande machine administrative russe tient sa tête douloureuse dans
ses mains.
Une petite chambre minable, un pauvre lit, une
modeste table campent un décor de misère qui va être le lieu dune descente
infernale. Lhomme alors, se redresse et taille la plume qui va lui permettre de
noter le journal de son exil intérieur.
Ne sont décrits, au début, que les petits événements insignifiants de la vie dun
homme-rouage pris dans le vaste système dun etat absurde : les humiliations,
les mesquineries dun chef de service, lamertume dun homme déclassé qui
cache ses pardessus étriqués et démodés dans lobscurité des rues froides, les
rêves aussi qui viennent se briser contre les murs imprégnés par lodeur de
chou
Autant de faits dont on ne sétonne pas quils deviennent les causes
du malheur dans ce déterminisme monstrueux dune société qui affole en même temps
quelle abrutie.
Parce que la vie est très laide, Auxence
Ivanov lensoleille de fantasmes badins : il rêve dépouser la fille de
son directeur et de faire taire enfin ce petit chef qui lécrase de toute sa
médiocrité. Las, le fantasme nest pas assez fort contre une réalité trop
sordide, le rouage se grippe et la démence installe sa propre logique.
Cest cette
vérité de la psychose que le texte de Gogol, magistralement adapté ici, met en
lumière : rien de plus logique, rien de plus rationnel que la folie. Celle-ci
nest pas incohérente, elle est seulement une autre cohérence du monde :
cest bien là ce qui rend son spectacle insupportable puisque le fou devient
inaccessible à force daliénation. Le monde de la folie est un autre monde,
décalque du monde réel. A cet égard, la mise en scène, riche en trouvailles, montre
génialement ce retournement. Ainsi, le décor noir de la petite chambre dIvanov
devient le décor blanc de lasile où celui qui se croit devenu Ferdinand VIII, roi
dEspagne, est interné.
Thierry Jozé,
acteur à la présence étonnante et intense, joue de son corps, de son visage, du feu de
son regard avec la puissance du désespoir. Nous le voyons se cogner contre une réalité
à laquelle il tente vainement de restituer un sens. Le spectateur est entraîné entre le
rire et les larmes dans cette spirale terrorisante qui semble demeurer le seul
échappatoire possible à la cruauté dune vie où «tout ce quil y a de bien (
), cest
toujours pour un général ou un gentilhomme de la Chambre ». Cest
dailleurs notre monde qui est aussi en procès dans cette pièce. La Russie tsariste
devient le modèle universel de toute société qui écrase et humilie les petits. La
critique sociale est percutante et lon comprend que si les fous changent de monde,
cest que le monde les y condamne.
De Kafka à
Foucault, tout a déjà été dit de lenfermement concentrationnaire des systèmes
humains : ladministration est totalitaire comme lest lhôpital
psychiatrique. Auxence Ivanov passe de lun à lautre de ces deux systèmes qui
le brisent pareillement. Son âme est en miettes et la mise en lumière de Pascal Thang
rend au mieux par des flashs éblouissants cet éclatement qui sachève dans
laccord parfait et terrorisant avec une musique russe qui devient hystérique.
Quand on
nest pas aimé, pas reconnu, pas écouté, quand on vit dans la misère affective et
linsignifiance sociale, on devient fou. On ne sait plus qui lon est, quand on
nest regardé par personne. Cette leçon - que ce spectacle nous assène - est de
tous les temps et de tous les lieux. Le théâtre donne à voir et les acteurs à
entendre. Ils se posent ici comme des remparts pour éviter la folie au monde en lui
tendant un miroir où contempler son obscure perfidie : le metteur en scène Olivier
Costa le remarque dailleurs en notant à propos dIvanov que «sa folie est un peu le reflet de nos
incohérences ».
Pour éviter la
démence, encore faut-il savoir la percevoir. La soirée passée au théâtre de
lAktéon est peut-être un des derniers viatiques pour lutter contre les angoisses
et les travers de notre commune humanité. Cest pour cela quil faut courir
applaudir le salutaire travail de la Compagnie du Praticable qui parvient, par
lexorcisme du rire et le catalyseur de lémotion, à dénoncer le monde par le
récit de son envers.
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Cas de divorce
The Vase au Théâtre des Déchargeurs
Jusquau 31 Mars
Par Vladimir Mouveau
The vase, drame anglosaxon mettant
en scène la tragédie du divorce, révèle une compagnie talentueuse dont les membres,
issus dau-delà de lAtlantique les USA- (sous lappellation
The Acting Crew), ont pour vocation de promouvoir le théâtre anglophone à Paris.

La pièce est en Anglais. Sans être
particulièrement un chef-duvre de la représentation théâtrale moderne,
elle est authentique et juste, profonde et marquante.
Eddie Crew a
bien choisi ses comédiens. Ce sont des acteurs précis et doués qui sexécutent
sur la petite scène du théâtre des déchargeurs à Paris. La plus jeune, Marisa
Davison, joue le rôle dune jeune adolescente pleine denthousiasme ; elle
tient à merveille son rôle
Le décor est
assez richement planté. On se croirait dans lintérieur réchauffé dun
vaudeville parisien, à ceci prêt quen fait de cocus et de légèretés de
murs, les protagonistes de la pièce sèchent leurs larmes les uns sur les autres et
tentent de dédramatiser la situation plutôt que daccentuer son côté loufoque...
Latmosphère est particulière. Le texte Anglais donne un style tout à fait
spécial à la scène. Pour qui | |