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du miroir est parfois crue et vraie, parfois flatteuse ou déformante. Dans
le miroir, les gens du théâtre -metteurs en scène, écrivains, comédiens,
-
s'observent les uns les autres pour guider l'il du spectateur.
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Charly
et ses drôles de… petites chiffonnières
Fermée pour inventaire, au théâtre Dunois
par Vladimir Mouveau |
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Laurent
Terzieff, Le fils Courage
Bertolt Brecht poète, au Théâtre Molière-Maison de la Poésie
Par
Serge Latapy |
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Retraite mode
d’emploi : deux versions de la vie
Loin d’Hagondange et Faire bleu, au Théâtre
de la Commune
Par Marie Fine |
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De la chair en enfer
Huis Clos, au Théâtre Marigny
par Eléonore van den Bogart |
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Shakespeare
en fête et en musique
La Nuit des Rois, à l’Espace 89
Par
Marie Fine |
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Une
Nuit tourbillonnante et légère
La Nuit des Rois, au Théâtre
du Lucernaire
Par Marie-Brune Mauvernay |
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Le magnétisme des pôles
Pôles, au Théâtre Paris-Villette
Par Serge Latapy |
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"J'ai vu un
dingue"
Eric Lareine, au Théâtre des Déchargeurs
par Vladimir Mouveau |
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Pouvoir et castration
LOrage, aux Laboratoires dAubervilliers
Par S. Clément |
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Stances de la
trace
…d'un Faune (éclats), au Théâtre de la Cité
International
Par Cyril Carret |
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Une
magistrale distillation de caricature et de réalité
Les
Fourberies de Scapin,
au Théâtre Fontaine
par Fabrice Rolland |
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La biche sur la
butte aux cailles
Monsieur Labiche, au Théâtre des Cinq Diamants
Par Hermann Lugan |
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Prucnalissime Anna
Ma sur, la vie, au TILF
Par Jeanne Le Gallic |
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Poète civil
Pasolini, au Théâtre de la Bastille
Par David Fauquemberg |
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Une noblesse qui s’en
allait à travers champs...
Le Mariage de Figaro, à l’Espace Jemmapes
par Vladimir Mouveau |
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Un zeste d'orange pour remettre son
couple en forme
Bergamote et l’ange, au Théâtre Hébertot
Par Diane Valemblois
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Une leçon au
poil !
Poilus,
à l’Espace La Comédia
Par Hannah Zerbib
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La leçon de juste
conduite
Règle du savoir vivre dans la société moderne, au Tremplin Théâtre
Par Vladimir Mouveau |
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Catharsis-Spectacle
Le monde à lenvers !, au Théo-Théâtre
par D.Bailly |
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Under Construction
Point Blank, au théâtre de la Cité Internationale
Par Frédéric Cheminade. |
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Shakespeare le
fantastique
Cymbeline, au théâtre des Amandiers à Nanterre
par Gabrielle Laurens. |
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Petites médisances
entre amis
Isma ou ce qui sappelle rien, au Théâtre de la Tempête-Cartoucherie
Par Jeanne Le Gallic |
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Maléfique Ubu !
Ubu, au théâtre de la Cité Internationale
Par Vladimir Mouveau |
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Quelques mots simples pour une
vérité qui tue
Une chatte sur un toit brûlant, au théâtre de la Renaissance
Par Frédéric Cheminade |
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Deux hommes en colère
Karma, au Studio des Champs-Elysées
Par Annette Sion |
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Et les derniers
seront les premiers
Le cochon noir, au Théâtre de la Colline
Par Frédéric Cheminade |
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Le bain glacé de
lHistoire
Auprès de la mer intérieure, au théâtre de Gennevilliers
Par Serge Latapy |
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Dialogues de bêtes
Animaux suivis d'autres animaux, au théâtre Paris Villette
Par Gabrielle Laurens |
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Un air de famille
Sarcelles-sur-Mer, au Théâtre de la Tempête-Cartoucherie
Par Serge Latapy |
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Des femmes et des DOM
La soufrière, au théâtre de l'Epée de Bois-Cartoucherie
Par Gabrielle Laurens |
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Envie à mort
Extrême nudité, à lEssaïon de Paris
Par Frédéric Cheminade |
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Épithalame
L'origine rouge, au Maillon à Strasbourg
par Eléonore van den Bogart |
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La banlieue
dans les quartiers chics
Le Squat, au Théâtre Rive Gauche
par Diane Valemblois |
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Charly
et ses drôles de… petites chiffonnières
Fermée pour inventaire au théâtre Dunois
par Vladimir Mouveau
Ce sont quatre jeunes et jolies
filles, inspirées chacune par un talent différent ; l’une est
clarinettiste, l’autre joue du piano, les deux dernières sont à
tour de rôle plasticienne et marionnettiste ; quatre belles et
adorables créatures, débrouillardes et bricoleuses jusque dans le
bout de leur doigt, qui nous servent, pour le temps d’une soirée,
un conte pour enfants merveilleux…
« Fermée pour inventaire » est une œuvre de
fiction, construite de toute pièce par quatre adorables petites
actrices, sorties de la gaucherie bien avant l’âge... 
La scène est affublée d’une sorte de manège pour enfants
du siècle dernier, fabriqué par les comédiennes elle-mêmes, en
toiles de tissus, contreplaqués et colifichets en carton-pâtes,
mouluré, décoré et vernis comme au temps des distractions de nos
grands-parents. Les costumes sont de confection maison jusqu’aux
marionnettes que les filles se sont attachées à fabriquer elle-mêmes.
Deux petits postes de garde en bambous, de part et d’autre de la scène
enchantée, abritent les deux musiciennes. Ces dernières se chargent
des « effets spéciaux » de la pièce tandis que les
marionnettistes, sur le manège, dans le manège, et autour de ce
dernier, font vivre la mise en scène. Les musiciennes bruitent,
lancent les musiques, activent les éclairages, et prennent même part
à l’histoire puisqu’elles disent tout haut les « pensées »
des personnages, chantent lorsqu’il faut accompagner leurs
tristesses ou leurs joies. On se croirait dans une salle de classe de
maternelle, recomposée artistiquement par le talent de grands
professionnels du spectacle.
L’histoire est celle du temps et de la vie, du rêve ;
deux frères inventent une machine à arrêter le temps lors des rêves,
afin de redonner à ces derniers la place qu’on leur prend si
hardiment dans une société « minutée » par la folie
humaine, par l’exercice de la compétition et du rendement. C’est
une série de circonstances qui se passe dans un décor plus
imaginatif encore qu’une toile de Dali et qui évoque la perversion
de la société moderne, ses abus.
Le jeu des marionnettistes est rigolo. Deux univers se
juxtaposent : Celui des rêves, lorsque les deux frères se
retrouvent à voyager dans le rêve ; on a alors affaire à un
jeu de marionnettes de tailles réduites, et celui de la réalité,
lorsque les frères sont au dehors de la machine, dans la vraie vie ;
on se retrouve alors avec le jeu des actrices elle-mêmes, portant
juste en guise de « marionnettes » au bout des mains, le
masque de leur personnages. Leurs vraies têtes et le reste du corps
est caché par des vêtements et toiles noires. L’effet de cette
mise en scène est surprenant. S’il choque au départ par la
nouveauté peu commune de sa conceptualisation, il finit par véritablement
s’imposer au spectateur comme un genre théâtral tout à fait
nouveau et intelligent. C’est une véritable petite révolution dans
le monde du spectacle que ces drôles de fille ont initié… Leur maîtrise
de l’art théâtral et du rythme, du jeu et des effets spéciaux est
aussi incontestablement sans comparaison dans l’univers du
spectacle. Les artistes terminent leur « show » en se
regroupant toutes les quatre sur le devant de la scène et en
entonnant elles-même, en manière de salutation finale au public, une
chanson de remerciements et les vœux de bons souvenirs pour leur création…
On est charmé, du début à la fin de la représentation. Ce
sont vraiment de drôles de petites chiffonnières…nom de leur
compagnie.
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Le magnétisme des pôles
Pôles, au Théâtre de Paris Villette
Par Serge Latapy
Premier volet dune trilogie présentant lunivers de
lécrivain et metteur en scène Joël Pommerat, " Pôles " est
aussi un véritable courant dair théâtral, très attractif.
Une cantatrice amnésique qui ne chante plus, qui se souvient à
peine quelle fut actrice. Un assassin presque muet qui ne sexplique pas le
meurtre de sa mère, un sculpteur taciturne qui nexpose pas, un écrivain qui
narrive plus à écrire, un musicien dont on entendra jamais linstrument. Une
humanité frissonnante qui tente encore de ce battre contre ce froid sûrement, dit
la cantatrice, un vent venu des pôles soufflant sur les esprits et les corps.
" Pôles " peut se résumer ainsi, dans cette somme de
destins échoués, cette métaphore de limpuissance humaine. Mais ce qui fait la
force dattraction de ce spectacle réside dabord dans la manière dont
la compagnie Louis Brouillard parvient à faire prendre corps au langage particulier de
son auteur-metteur en scène, Joël Pommerat. Cet étrange objet, parvenu à la latitude
du théâtre de Paris-Villette, est aussi le produit dune véritable expédition
théâtrale, le rendu dun travail collectif de longue haleine (certains suivent le
dramaturge depuis sa première création, il y a dix ans), toujours en cours.
Ecrivain aussi insatisfait que les personnages quil imagine,
directeur dacteur exigeant en perpétuelle recherche, Joël Pommerat a en effet
monté la pièce il y a quelques années avant de proposer cette ultime création, premier
volet dun triptyque qui compte aussi " Treize étroites têtes "
et " Mon ami ", joués jusquen janvier.
Que veut dire ici cet auteur encore inédit et metteur en scène
atypique, qui se qualifie lui-même d autodidacte ?
Peut-être rien de plus que ce quil a écrit, dans sa langue qui ne cherche jamais
le style, ni leffet. Rien de plus que ce quil montre dans un travail centré
avant tout sur la voix, sur lintériorité émotionnelle de lacteur et pour
lequel il a visiblement sollicité ses comédiens, peut-être jusque dans leurs propres
faiblesses, leurs failles. Tous parviennent en tout cas, avec une grande sobriété, à
restituer la complexité, somme de désirs refoulés et de blessures enfouies, de leurs
personnages.
Cest le cas de lambivalente Saadia Bentaïeb, étonnante de
fragilité et de force, qui promène tout le long de son impressionnant parcours
son physique vulnérable et sa voix singulière. Cest le cas de Pierre-Yves
Chapellain, en matricide désemparé ou dAlex Meunier, son double plus âgé de
vingt ans devenu obèse et aphasique. Tous jouent sur le rythme lent imposé par la mise
en scène qui a également choisi, pour renforcer lécoute, de doubler les voix
dun dispositif de microphones. Les puristes peuvent regretter lartifice mais
leffet, qui permet aux comédiens de jouer au plus près leur partition intimiste,
est convaincant. Léclairage crépusculaire, capricieux, utilisé parfois à rebours
des conventions théâtrales renforce aussi lattention en même temps
quil suggère, en masquant les corps, ce quil y a de plus impénétrable dans
les esprits.
La lenteur du rythme nest peut être quune apparence, contrebalancée en tout cas par létonnant dynamisme de la
mise en scène, qui se joue sur un tempo presque cinématographique. Joël Pommerat a
dailleurs beaucoup emprunté au genre : coupes abruptes et noirs, raccords
incongrus, flash-back, angles et contrechamps surprenants. Ajoutons quil ne renonce
ni à lhumour, tendrement ironique, ni au spectaculaire les scènes
traumatiques, notamment celles du matricide et dune représentation théâtrale
inversée, sont à cet égard très réussies. Dans ces conditions, la fluidité que la
troupe sait donner à la narration est une autre prouesse.
Dans le théâtre de Joël Pommerat, rien ne sexplique, rien ne se
résout vraiment. Ses personnages sexposent entre parole et silence, mémoire et
oubli, mouvement et inertie. Livrés aux caprices magnétiques de forces contradictoires,
ils laissent les mots, les émotions, les sens ouverts. Après la fin plutôt abrupte, le
public se questionne, les comédiens nosent répondre.
Le metteur en scène non plus. Il avoue quil sinterroge encore, quil
nen finira peut-être jamais. Cest encore ce questionnement, cette ouverture
qui font la force de cet univers étrange, à découvrir.

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Laurent Terzieff,
Le fils Courage
Bertolt Brecht
poète au
Théâtre Molière-Maison de la Poésie
Par Serge Latapy
Mettre en bouche et en espace une partie de l’œuvre poétique
de Bertolt Brecht,
singulièrement méconnue en France c’est l’ambition de Laurent
Terzieff, acteur altruiste et vampirique, qui porte à bout de bras
l’essentiel de cette performance.
Bertolt Brecht
n’est pas seulement ce dramaturge incontournable, unanimement
reconnu mais assez peu joué en dépit de son statut
d’inventeur d’un nouveau théâtre et de son
accession au rayon des classiques-contemporains. Il est aussi
l’auteur d’une vaste œuvre poétique, pour le coup quasiment méconnue
en France. Le mérite de Laurent Terzieff est de ressusciter ce verbe
en donnant, en une quarantaine de courts extraits, un aperçu de cette
production multiforme. Personne sans doute, n’était plus
qualifié pour ce faire, que cette figure emblématique du théâtre
expérimental, bref que ce digne héritier (entre autres prestigieuses
filiations) du maître allemand qu’il a connu et pour lequel il brûle
d’une flamme toujours ardente – ceux qui se porteront à la Maison
de la poésie ne tarderont pas à s’en apercevoir.
Des premières pièces de jeunesse à la maturité de
l’auteur (1915-1944), le montage de Laurent Terzieff fait ainsi découvrir
une œuvre ludique ou plus sombre, surprenante. On se dit à l’écoute
que Brecht a peut être conduit sa poésie comme son théâtre,
habillant un propos parfois complexe de mots toujours simples, faisant
mine de respecter un art très maîtrisé pour jouer de subtiles
distorsions, d’étranges dissonances. De la comptine à la chanson
de marin, de l’ode au journal, on retrouve ce souci de mettre la
forme à distance, d’ancrer ses mots dans son temps, dans la noire réalité
de l’exploitation universelle, l’exil ou la guerre. On ressent la
solitude de ce perpétuel émigrant, dont l’extrême lucidité se
fait étrangement prophétique. On découvre aussi, le long de ce qui
peut s’apparenter à un carnet de bord poétique, un aspect plus
intime de l’homme, cynique ou tendre, orgueilleux ou pudique,
pessimiste ou utopique.
La mise en
espace de Laurent Terzieff, sobrement classique, vise à coller au
plus près au texte. Le plateau et les corps de ses deux compagnons de
route (Pascale de Boysson et Philippe Laudenbach) sont plongés dans
l’obscurité, tandis qu’une poursuite lumineuse se fixe sur les
visages qui s’appliquent, avec une relative économie de moyens, à
restituer la fluidité du langage. Le découpage des figures et leur
projection dans l’espace suffit alors à rendre à l’ensemble une
teinte plus expressive, rehaussée parfois de quelques illustrations
sonores, bruits de fond ou petites musiques se mariant assez bien avec
la musicalité de Brecht (du moins, telle qu’elle est restituée
dans la traduction utilisée, dont l’auteur, curieusement, n’est
pas nommé). Tout cela passe assez bien, même si les
deux partenaires du metteur en scène, un peu trop monocordes, ne
forcent pas trop ni leur talent, ni le texte.
Reste Laurent Terzieff, superbe et généreux, qui porte à
bout de ses long bras ballants l’essentiel de la performance.
Laurent Terzieff avec son visage en forme de manifeste
expressionniste, son souffle épique et sa présence, tellement
envahissante qu’elle devient porteuse d’un sérieux effet de
distanciation. Laurent Terzieff altruiste et vampirique, revigorant et
maladif, enthousiasmant et inquiétant, peut-être aussi timbré
que sa voix d’outre-tombe. Laurent Terzieff rendant hommage à
Bertolt Brecht, consacrant cet auteur mythique et participant aussi,
peut-être sans le vouloir, à sa propre mythification.

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Retraite
mode d’emploi : deux versions de la vie
Loin d’Hagondange et Faire bleu au Théâtre
de la Commune
Par Marie Fine
Comment
faire face au temps libre de la retraite quand on n’y est pas préparé ?
L’auteur et metteur en scène J. P. Wenzel propose un diptyque
naturaliste sur deux façons d’aborder cette période de
l’existence, à vingt-cinq années d’intervalle. Sans pathos, il
présente un portrait impitoyable du monde ouvrier confronté à
l’angoisse du vide. Deux pièces à voir absolument, dans l’ordre
et à la suite.
Il
est en effet possible de ne voir qu’une pièce un soir, mais
l’ensemble proposé ici ne prend réellement sens que dans la
continuité et l’affrontement de ses deux parties. La première pièce
Loin d ‘Hagondange a été écrite et présentée par Jean-Paul
Wenzel en1975 et reprise peu de temps après par Patrice Chéreau au
TNP, bouleversé par « l’histoire de deux personnes qui
n’ont pas d’histoire - deux personnes comme on en voit peu au théâtre :
les auteurs les convient rarement sur un plateau... » Cette pièce
relate le désarroi d’un couple de retraités, anciens ouvriers des
sidérurgies d’Hagondange, fraîchement installés à la campagne,
et n’ayant aucun repère face à ce nouveau temps, ce nouveau mode
de vie qui leur est accordé.
Désemparé,
l’homme recrée dans sa maison, la structure même qui l’a
contraint sa vie durant : son atelier, dans lequel il passe de
plus en plus de temps « son usine » dans laquelle il se
rend à heure fixe et en tenue d’ouvrier. Il s’agit pour lui de
structurer ce vide auquel il n’a pas été préparé, et son seul
modèle, sa seule alternative semble être la reproduction de ce
qu’il a toujours connu. Comme il le proclame lui-même, tant qu’il
travaillera, cela signifiera qu’il n’est pas mort.
L’auteur
enferme ce couple désemparé dans des situations simples, présentées
sous le mode naturalisme : tout semble réduit à une
quotidienneté très peu théâtrale : les repas, et la qualité
des rillettes, les distractions artificielles, l’achat d’un feu de
cheminée factice en plastique-les nuits, passées à observer les
mouvements lents du réveil. Les scènes très brèves se succèdent
dans une grande simplicité, comme si l’auteur cherchait non pas
l’événement, l’acte théâtral, mais justement ce qui s’y
oppose, la naissance du rien, de l’ennui. Des petites tranches de
vie non spectaculaires donc, mais qui petit à petit imprègnent le
spectateur d’un malaise indécis : on ne sait plus si cela
sonne très faux ou terriblement juste, si les silences et les
chansonnettes qui se succèdent ne sont pas finalement les plus purs
spectacles du désespoir de la vieillesse.
L’aliénation
au travail était la réponse proposée en 1975 par l’auteur à
cette question de la retraite subite des ouvriers. En 2000, Jean-Paul
Wenzel propose une nouvelle version de cette période étrange de la
vie.
Faire
bleu La deuxième pièce présente un autre couple
d’ouvriers, qui pourraient être les enfants du premier, vivant loin
d’Hagondange une retraite difficile. L’ancien site des mines a été
remplacé par un parc Shtroumpf et ce sont les enfants des anciens sidérurgistes
qui y travaillent... Vêtus de bleu. La gestion du temps libre a changé :
l’homme a transformé l’atelier en vidéothèque et passe ses
journées devant des cassettes vidéos qui le sortent de sa réalité.
La distraction à outrance permet de compenser le vide, et qui a dit
qu’un roi sans divertissement était un homme plein de misère ?
L’homme s’intéresse au monde, à sa naissance, au cours des étoiles,
rattrape le temps perdu à ne pas savoir et court littéralement après
lui. Toujours en jogging, proche de son vélo d’appartement, il accrédite
les publicités modernes sur « la deuxième jeunesse de la
retraite ».
Quel
est le plus grand leurre ? Courir après le temps perdu ou nier,
comme en 1975 qu’un temps nouveau était accordé ? L’auteur
ne tranche pas ; il met face à face deux façons de vivre,
apparemment éloignées, et pourtant... Par un dispositif scénique ingénieux,
le décor de la première pièce est simplement inversé : même
pièce nue, même toile bleue artificielle pour signifier le ciel bleu
de la campagne. Seul, le bar américain a remplacé la table de
cuisine et la télévision la gondole vénitienne. On n’entend plus
le tic-tac du réveil mais le ronron rassurant du lave-linge. Par de
simples petites transformations, l’auteur en dit plus sur l’évolution
de la société que bien des discours. Le travail de transformation
des comédiens en est le parachèvement. Leur corps semble s’être
adapté à l’époque : ce sont les mêmes que dans la première
pièce et pourtant tout en eux raconte une autre existence. Monique
Brun, fatiguée dans sa blouse des années soixante-dix, vieillie par
une coiffure grise informe, sacrifie au jeunisme actuel dans la deuxième
partie : moulée dans des vêtements fantaisie, elle arbore un
brushing auburn flamboyant qui lui ôte dix ans... Un seul corps pour
deux époques et nous pouvons lire à travers elle l’évolution du
regard que la femme porte sur elle-même depuis 25 ans. Dans le
dynamisme de son corps et le souci de sa ligne, ce n’est pas
simplement une coquetterie que nous percevons, mais bien le rapport
nouveau à sa propre identité que cette femme entretient. Olivier
Perrier n’est pas en reste, qui passe du papi tranquille, gros
velours et chemise à carreaux, au « senior dynamique »
des publicités, zappant en éternel jogging du matin jusqu’au soir.
Rien ici n’est anecdotique, car la recherche d’une apparence
correspond aux mouvements profonds de la personnalité.
Après
une crise violente, on retrouve le personnage, fantomatique dans ses
habits blancs, ayant gagné en quelques jours les années qu’il
s’acharnait à perdre auparavant. Le geste las, une parole rare,
tout fonctionne comme un signe de mort sociale, de mort à soi. Les
comédiens sont ici d’une force exceptionnelle : leur façon
d’habiter le silence, ou de regarder les petites choses est
d’autant plus fascinante qu’elle est extrêmement périlleuse. Il
est dur d’incarner cette inaction au théâtre, d’accepter de n’être
rempli que par la projection du spectateur, de ne pas proposer une
partition éblouissante. Mais il n’y avait pas d’autre manière de
faire parvenir ce texte dense et la simplicité du jeu n’a d’égale
que sa réussite. Il faut voir ces deux pièces, l’une après
l’autre et dans l’ordre, car ces petites phrases qui semblaient
anodines dans la première partie trouvent leur sens dans leur répétition
25 années plus tard. On nous dit que tout a changé, que le monde du
travail a su donner une place et une dignité à ses retraités, mais
rien n’est moins certain, et ces deux pièces agissent en cela comme
un coup de fouet.
Enfin,
la version intégrale proposée le week-end permet aux spectateurs de
se réunir autour d’un repas -potée et fromage- entre les deux
spectacles. Une façon chaleureuse de discuter avec son voisin de
table de sa famille et de notre perception du temps qui passe... Avant
que le temps ne nous rattrape dès le début de la deuxième pièce !
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De la chair en enfer
Huis clos au Théâtre Marigny
par Eléonore Van den Bogart
Au lever de rideau, un salon bourgeois, sobre, calme,
velouté. Lhomme qui vient briser la sérénité du lieu est agité, nerveux, à tel
point quon se demande si le comédien ne supplante pas quelque peu le personnage.
Garçin (François Marthouret) est le premier à franchir le seuil. Il a conscience de son
état, il en a peur. Lagitation qui lanime nous induit en erreur.
Cet homme là nest pas mort, il ne peut être mort !
Après un court instant, on saperçoit alors, que la sobriété de la mise en scène
de Robert Hossein, exquise, délicate, sert en tout point le texte de Sartre. Les
faiblesses de lHomme, nont pas besoin dartifices pour éclater au grand
jour.
Quels drames ont-ils commis pour en arriver là ?
Un homme, deux femmes, trois personnalités admirablement dessinées. Seule Claire Nebout
dans le rôle dInes, lesbienne maîtresse femme, a tendance à en rajouter. Un
personnage typé sur un physique naturellement typé suffirait amplement. Il est dommage
quelle sabandonne à ce " jeu pléonasme ".
Un portier livide, glaciale, implacable, (Yves le Moign) dresse le tableau : tout
est simple, beaucoup plus simple quon ne limagine.
Chacun de ces damnés se retrouve face à face et pourtant seul chacun, derrière son
propre mensonge. Les jeux sont en demi-teintes, de vraies fausses émotions cachant
quelques vraies faiblesses humaines. Montre-moi tes yeux, que je lise ton
âme
Lattaquant attaqué se protège, puis attaque à nouveau qui par ses
charmes, qui par ses armes
Nous tombons tous dans le piège de la conscience des
autres. Le rythme est soutenu, comme un nerf bandé, comme une peur, à vif, soutenu comme
la vie faite de chair et de sang.
Parce quil sagit bien de vie.
Claire Borota excelle dans ce personnage minaudant,
charmeur, prête à tout pour un peu damour. Une Estelle légère, qui
senivrait de superficialité sans peser le poids des conséquences. Elle nous touche
et nous révulse tour à tour. Dans ce nouveau domaine, au delà de la mort, pas de
miroirs (pauvre Estelle), pas de fenêtres, pas de lit puisque ici on ne dort pas.
On jouit à létat brut ou on faiblit à jamais. Dans
cet espace clos, sans issus, sans espoir, nos trois personnages porteront éternellement
tout le poids de leur peine et lauteur de la Nausée de dire
" Lenfer cest les autres ", point sur lequel Robert
Hossein nhésitera pas dappuyer.
Une bande audio de Sartre pour tout argument introductif nous place, nous, spectateur, en
position dobservateur. Notre jugement brutal vient alors se rajouter à ce jugement
dernier, il sabat irréversiblement, à notre insu, sur nos trois protagonistes.
Cette interactivité continue vient sinscrire dans lintemporalité de
luvre, comme une touche supplémentaire.
Le schéma fonctionne à merveille, et lon
simplique... et lon finit par juger.
Robert Hossein agit en amoureux de la langue et dans le plus grand respect de
lauteur à tel point que ce nest plus le Huis-Clos de Hossein auquel nous
assistons mais bien à celui de Sartre.
Il nest quun intermédiaire, nous ne sommes tous finalement que des
intermédiaires.
Le metteur en scène et les acteurs nous lient ainsi à leur cause. Nous avançons avec
eux, main dans la main, jusquaux derniers mots que lon aimerait bien
pour une fois prendre au mot.
-" Eh bien continuons
"

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Shakespeare
en fête et en musique
La Nuit des Rois à l’Espace 89
Par
Marie Fine
Une
des plus belles comédies de Shakespeare sur le sentiment amoureux,
servie par une troupe enthousiaste et généreuse qui fait la part
belle à l’inventivité scénique et à la musique. Celle-ci, écrite
entièrement pour le spectacle, est interprétée sur scène par de
talentueux musiciens. Un spectacle gai et allègre, qui renoue avec la
tradition populaire du théâtre élisabéthain.
« La
Nuit des Rois, ou ce que vous voudrez » annonce Shakespeare en
guise de titre. Et ici le sous titre pour le moins énigmatique est à
prendre au pied de la lettre. Nul roi dans cette intrigue _le titre
provient du nom du soir durant laquelle la pièce devait être jouée
originellement, la nuit des rois, ou l’Épiphanie _ mais un
entrecroisement d’hommes et de femmes en quête d’amour et de
reconnaissance. Chacun pourrait définir la pièce selon l’axe qui
le touche le plus : s’agit-il d’une pastorale naïve,
relatant la séparation et les tendres retrouvailles d’un frère et
d’une sœur séparés par le destin ou d’un conte sur la
cruauté de l’amour, dans lequel chacun aime en vain celui qui lui
échappe ?
On pourrait aussi bien privilégier une farce moqueuse sur la vanité
des hommes et leur dur châtiment... Les intrigues se mêlent et
c’est la force de cette mise en scène que d’avoir su dégager une
cohérence et une grande lisibilité à ce motif complexe. En privilégiant
un espace simple et fonctionnel tout d’abord, puisque le cercle :
mémoire du plateau élisabéthain et cirque ludique dynamise les entrées
et les sorties en permettant aux comédiens tout un jeu d’annonces
et de parades.
Cette
simplicité du plateau est à mettre en rapport avec l’histoire même
de cette troupe qui se définit comme itinérante, ayant appris à
jouer en extérieur, sur les places des villages visités.
Cette
influence du voyage est partout sensible : mélange des origines
et des styles, masques de commedia et farces de clowns, costumes
orientaux et perruque aux couleurs électriques.
L’influence
du théâtre itinérant est également présent dans la qualité du
jeu : tout passe à l’énergie et au plaisir, car les comédiens
viennent chercher le public, l’entraînent avec lui dans cette
course énergique. Comme si rien n’était acquis une fois pour
toutes, et qu’il fallait s’adapter chaque soir à ce nouveau
public. La force du spectacle repose sur cette confiance faite aux comédiens :
ils passent la rampent et comme ils le chantent si justement à la
fin, tout a été joué pour nous.
« Joué
», et dans tous les sens du terme, car on ne rendrait pas justice au
spectacle en omettant sa valeur musicale. « Si la musique est
source d’amour » : ainsi commence la pièce de
Shakespeare et cela prend ici tout son sens. L’entrée du spectateur
se fait en musique, puisque trois musiciens l’accueillent :
contrebassiste, guitariste et violoniste, en jouant des airs
folkloriques empruntés à la musique traditionnelle roumaine,
yougoslave et bulgare. Il ne s’agit pas seulement d’une ouverture,
les musiciens accompagnent les comédiens chanteurs, bruitent leurs
numéros ou jouent parfois avec eux. Presque toujours présents, ils
sont comme la ligne conductrice de ce spectacle. La musique et les
textes des nombreuses chansons, entièrement composées pour
l’occasion, donnent au spectacle son rythme et sa portée. Force des
chants de groupe dynamisant l’intrigue ou émotion des chansons
solitaires, la musique est reine et permet aussi bien de synthétiser
une scène très longue que de ponctuer un moment charnière, comme le
prologue ou l’épilogue de la pièce.
L’important
ici n’est finalement pas tant qu’une femme tombe amoureuse d’une
autre femme. Qu’un valet avoue son amour immodéré pour son maître
ou qu’un homme ridicule soit puni à l’extrême pour son
arrogance. Ce qui triomphe, au delà de ces ambiguïtés et de ces
vices, c’est le rythme des chansons qui pousse les êtres les uns
contre les autres dans un rythme de fête.

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Une
Nuit tourbillonnante et légère.
La nuit des rois au Théâtre
du Lucernaire
Par Marie-Brune Mauvernay
La Compagnie
des Zébulons vous invite à une « Nuit des Rois » endiablée.
Une mise en scène astucieuse, un décor plus que minimaliste et dix
jeunes comédiens nous projettent dans une tragi-comédie aux costumes
bariolés et au rythme effréné. Pas une minute de répit dans ces
cinq actes de Shakespeare où l’on rit aux larmes.
Les planches du
Lucernaire voient se succéder tragique et comique à la cadence des
entrées et sorties de scènes incessantes et tourbillonnantes de comédiens
généreux.
Cette pièce
appartient au registre tragique. Un sujet cher à son auteur :
l’être humain, ses folies, ses faiblesses et ses incohérences est
abordé, ici, sous l’angle de l’amour : l’amour impossible,
l’amour refusé, l’attente déçue, la passion sans issue. Chaque
personnage est une caricature d’individu et l’interprétation des
Zébulons en accentue ce trait. Un Duc éperdument amoureux, nous
apparaît dans des transes délibérément exagérées qui ont tout
d’une danse primitive, hystérique, et n’évoquent rien du
registre amoureux. Le décalage prête
à sourire, à rire même, osons le dire !
Ces caractères
tracés à gros traits sont bien loin de la réelle complexité de
l’être humain. Les personnages en deviennent même surréalistes et
donc peu crédible au sens tragique du terme d’autant que les
ficelles de l’intrigue sont évidentes, le dénouement évident.
L’aspect comique
domine donc tout au long de la pièce dans la plus pure des traditions
shakespearienne. L’objectif des zébulons est de nous toucher, et
ils y parviennent puisque toute la salle rit aux larmes.
Une fine équipe
de « gredins » : un bouffon rusé, un ripailleur
alcoolique, un idiot amoureux, tous trois vêtus de couleurs aussi
vives et primaires que leurs préoccupations.
Maria, femme de compagnie espiègle, chez qui tout, de sa
coiffure à ses pommettes aussi rouges que son costume, évoque le
diablotin. Sous des
traits d’adultes, ces personnages ressemblent à quatre enfants délurés
qui ne cessent de comploter et dont les seules préoccupations sont le
rire, la farce et les bons coups. Coups qui tournent d’ailleurs
souvent à un certain sadisme ! Dans une insouciance totale, ils
boivent, ils rient, ils jouent… Avec eux rien de sérieux.
L’insertion
d’expressions actuelles, de séquences rap, et autres trouvailles
habillement placées, modernisent le texte de Shakespeare et
participent d’un rythme excellent.
Une nuit des Rois
légère. Des amours qui se cherchent mais ne se trouvent pas, des
ficelles évidentes, une interprétation résolument comique. Le résultat
est là, on passe au Lucernaire un moment divertissant et léger… Un
peu trop peut-être… car du sérieux effleuré, on reste un peu sur
sa fin.
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" Jai vu un dingue
"
Eric Lareine Au Théâtre des Déchargeurs
par Vladimir Mouveau
Le one-man show dEric Lareine est hallucinant
A mi-chemin entre la performance couronnée de succès de Sinatra sur une scène de
Broadway, le solo dEdith Piaf se tortillant à moitié nue sur un piano et le
monologue ténébreux dun artiste intellectuel du fin fond de la Camargue, le
spectacle dEric Lareine et de son comparse Denis Badault est une bouffonnerie
inexplicable, un delirium cynique dune autre ère.
Hormis les quatre rails de coke que lacteur a dû prendre avant dentrer
en scène ou la petite cuillère de sa propre cervelle quil a avalé la veille au
petit déjeuner, on a un peu de mal à suivre le démarrage déjanté de ce one man show
joué dordinaire dans un troquet sur la planète Mars.
Eric Lareine est un chien enragé.
Petit, la boucle doreille nonchalante et le style camionneur ou pilier de comptoir
dans un bar de rase campagne (à la manière dun chanteur de cabaret de
lavant-guerre) il représente lultra nerveux dont il faut colmater les
délires, lultra sentimental déchu dont il faut calmer les envies et les élans, le
chanteur de charme à la verve insatiable et à lénergie destructrice.
Il se tient sur une scène debout, son complice
Denis Badault laccompagnant au piano, et fait défiler devant nos yeux et nos
oreilles une série de sketchs, plus ou moins enchevêtrés, des chansons, une panoplie
dhistoires et de réflexions toutes plus délirantes les unes que les autres. Il
mime tantôt un extra-terrestre essayant de se faire ami des terriens, tantôt un
bûcheron se faisant oindre le derrière par le balais dune sorcière
malintentionnée ; Histoire qui est en fait un conte de fée raconté par une petite fille
terrorisée par le sexe dun vieux pervers
Il passe du rire à la chanson, de
la poésie à la danse et de la danse à
la cacophonie totale avec une virtuosité
déconcertante. Il balaye tous les registres de la mise en scène dans ce quelle a
de plus complet et de plus total. Il est comique, triste, cynique, nostalgique,
dramatique.
Sil sarrête un temps pour nous laisser respirer, nous remettre de nos
émotions et de notre incompréhension, cest pour mieux enchaîner à tue-tête une
chanson ridicule mettant en avant les vertus du jus de pêche et de sa composition ou pour
se caler dans un épître sans fin sur le bénéfice de lencre des poulpes dans
locéan atlantique. Ou encore pour réciter nimporte quelle ânerie avec un
sourire complice, espérant que son sourire nous fera oublier sa nonchalance et sa
moquerie.
Eh bien , Il y parvient ! Elles sont toutes sont folles de lui et rigolent à
foison.
Son cynisme semble navoir pas de mesure. On se demande tout de même
lorsquil imite un vieux danseur de jazz battant maniaquement la mesure aux rythmes
du piano, si il y a un véritable travail de composition ou si ce spectacle nest pas
une grosse farce improvisée sur le vif. Il ny a pas de repères dans le jeu, rien
qui ne dise quil ne va pas prendre lextincteur et asperger de neige carbonique
tout le public. On a presque peur du personnage ; il est captivant, imprévisible, il va
dabsurdités en absurdités, son texte est tordu, il rejoint parfois la réalité,
se déforme et récupère au final, comme par magie, un semblant de cohérence qui nous
fait sourire. Qui nous fait rire, même
Qui nous fait nous tordre de rire parce quon na jamais vu un comique aussi
stupide et aussi drôle !

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Pouvoir et castration
Lorage Aux laboratoires dAubervilliers
Par S. Clément
" Jai appris que vous possédiez
une chèvre, cest bien. Le lait de chèvre est saint, même pour les
poumons " écrivit Lénine à Gorki après lavoir obligé à sexiler
sous un faux prétexte de cure pour sa tuberculose et dune vraie menace
dassassinat.
Lorage dAlexandre Ostrovski se situe en amont de ce que écrivains et
psychanalystes saccordent à définir comme un maternage de grand-mère tyrannique,
caractéristique de la société russe et de ses structures familiales.
La compagnie IVA est le LUNA Collectif, deux associations déchanges culturels
franco-russes sont à lorigine de cette création de Lorage mis en
scène par Micha Mokeiev et interprétée par quatorze comédiens français et deux
musiciens russes.
Ils se sont installés quelque temps aux Laboratoires dAubervilliers, qui, en
échange dune conviviale complicité artistique, leur ont laissé les clés des
lieux.
Tout a commencé comme cela devrait se
faire plus souvent, par un atelier de formation conventionné AFDAS, où les demandes
dinscriptions des comédiens ont tout de suite affluées : travailler un auteur
russe avec un metteur en scène russe
De là, auditions, groupe de travail,
laboratoire de recherche, pendant une dizaine de jours sur le thème de la pièce pour
quau terme de ce stage les rôles trouvent des interprètes et le metteur en scène
des comédiens.
Le résultat est là : un splendide spectacle où la vie se consume à forte dose de
vodka et de révolte indissoluble. Micha Mokeiev nous entraîne dans une mise en scène
pleine dénergies désespérées où les jeunes comédiens épousent le rythme de
cette écriture humaine, convulsive et poétique.
Cest simple, présent, centré, ça ne retombe jamais, ça virevolte
dingéniosité scénographique en impulsions corporelles et chorégraphies
enjouées.
Les comédiens sont beaux et nous font
vivre le texte de lauteur, à limage de Camille Cayol qui interprète
Catherine, la jeune mariée. Il faut saluer cette comédienne, formée à lécole
russe, qui fait sortir les mots de son corps avec toute la grâce, la vitalité,
labandon et la maîtrise que requiert pareille composition. Que demander de
plus ? Même qualité pour tous les comédiens ? Cest le cas, que ce soit
pour Raphaël Almosni et son fantasiesque Koulighine, pour Léna Brébant dans le
rôle de la sur attisant les passions.
Catherine Ferri joue avec gouaille et sensualité le personnage central de la pièce,
lhumiliante mère Madame Kabanova.
Le pilier de lorage cest elle : " cest
vous
cest vous seuls " lui assénera son fils -Bertand
Fournier- à la fin du drame.
On retrouve la profonde structure de
dramaturgie dOstrovski avec cette riche veuve Kabanova dont légocentrisme
oppresseur na dégal que le despotisme et lavidité du riche marchand
Dikoï Noël Vergès-Vengo.
Seul la pureté dâme de la jeune marié empêchera la marâtre de devenir
lune de ces grands-mères russes, tyranniques, castratrices et détentrices du
pouvoir.
Lorage éclatera donc, assouvissant
au prix de la vie de cette jeune femme, la folie des hommes. Suspendant, le temps
dune âme qui senvole, la quiétude sublimée de la poésie.
Lors du drame final, les comédiens sont assis sur la scène et lisent le texte, ultime
hommage à ce théâtre dont les mots nous parviennent grâce aux corps de leurs
interprètes ne formant plus quune voix.
On retrouve un même engagement dans le travail et dans l'organisation : une troupe de
quarante personnes au total. Ils s'investissent corps et âme, que ce soit dans les
décors, la scénographie, les costumes où tout est réaliser avec les moyens du bord.
Espérons que la générosité, lhumour et la remarquable orchestration de Micha
Mokeïev et de son assistante Nathalie Conio- parviendront à dépoussiérer les
truffes embourgeoisées des programmateurs parisiens pour la saison à venir.
Si cest le cas, courez voir cette pièce pleine de vie et gaieté parce que
dramatique.

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Stances de la
trace
…d'un Faune (éclats) au Théâtre de la Cité
International.
Par Cyril Carret
Un titre
elliptique pour un récit elliptique où nous est livré, à vif,
l'affect du chorégraphe en butte à la transmission de son art et à
l'écriture de la gestuelle du danseur. Tour à tour théâtre dansé
où danse dramatisée, la scène envahit un
public qui prend activement part au spectacle, happé par le
jeu de rebonds : inertie impossible dans une obscurité déchirée par
un échange entre textes à la profondeur grave, images projetées et
périlleuse interprétation.
Il
est des spectacles comme des livres. Certains en appellent à l'émotion
tandis que d'autres résonnent comme de vastes questionnements.
L'espace scénique est ici le pré où s'affrontent interprètes et
partition. On ne sait d'ailleurs où termine la scène et où commence
le public qui est convié; dès les premiers instants, la narration personnelle des danseurs les projette
hors du jeu, jeu de reflets, jeu de miroirs. Il
s'agit d'images ou plutôt, des traces qui gisent au fond de la mémoire et de
la reconstruction de celles-ci sous forme de souvenir. Ce
travail des acteurs sur la ré élaboration du ballet de Nijinski les
renvoie à un questionnement sur leur propre construction,
et participe à un moment de grâce.
En
danse, la problématique de la fidélité de l'interprétation des
indications chorégraphiques et de leur rappropriation a déjà
suscité de nombreuses interrogations. Rodolf Laban, Albrecht Kunst
(dont les chorégraphes ont tiré leur pseudonyme) et Nijinski, ont
tous trois travaillé à l'élaboration d'un système de notation qui
permettrait de reproduire fidèlement la partition d'un ballet. Huit
ans d'études ont été nécessaires au quatuor pour interpréter l'écriture
de Nijinski et nous la livrer dans une bouleversante mise en abyme.
Les acteurs-danseurs deviennent à leur tour spectateurs dans un
espace qui gagne chaque fois plus en profondeur et en densité : malgré
l'apparente sobriété d'un décor inexistant, les interprètes ne
cessent de remplir cet espace pour mieux le découper en courbes et en
lignes de leur corps et de leur texte.
Dans cet
incessant va et vient de questions, l'interprétation de
l' après-midi
d'un faune de Nijinski sur la partition de Debussy intervient dans
l'obscurité qui nous entoure comme un jet de lumière et nous
bouleverse. Dans la pièce, reprise et dépouillée, sans le costume
et finalement sans la musique, la femme devient faune et la nymphe se
fait homme.
L'œuvre de Nijinski hurle alors son universelle beauté et
interroge sur la capacité de la danse à se renouveler dans la qualité
et à explorer de nouvelles voies. Car, à trop s'interroger sur le
sens, on finit par se perdre et les questions soulevées par la
profusion des points de vue narratifs déroutent un spectateur qui
aurait mérité qu'on lui donne parfois quelque clé. Comme
l'avait suggéré Mallarmé, le sens n'est qu'un élément de la poésie,
et qui pourrait faire défaut. Alors oublions le sens et que vive la
poésie.
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Une
magistrale distillation de caricature et de réalité
Les
Fourberies de Scapin
au Théâtre Fontaine
par Fabrice Rolland
Le port de
Naples sert de toile de fond à une comédie populaire et résolument
moderne de Molière mettant en scène une galerie de personnages
touchants. Il y est question de mariages arrangés, prétexte de
l’auteur pour nous présenter une intrigue attachante, imprévue et
parfaitement enchaînée. L’univers intemporel de Molière associé
à une mise en scène volontairement minimaliste et des costumes
remarquables font parfaitement vivre ce texte classique qui recouvre
ici une éblouissante jeunesse.
La scène est épurée,
le décor est minimal. C’est presque un regret lorsque le rideau se
lève. Le décor se compose d’un seul banc de pierre, là où
j’espérais trouver le port de Naples. Pourtant, dès l’instant où
il entre en scène, Scapin occupe l’espace, tout l’espace. Il
bondit, fougueux, d’un bout à l’autre de la scène, agissant sur
son entourage, adaptant son langage à ses interlocuteurs, comprenant
et devinant les travers et les ambitions de ses contemporains, et
ralliant à lui un public conquis.
Gregory Gerreboo
endosse à merveille le fourbe Scapin, en y insufflant une réelle énergie
et un élan de modernité qui nous rapproche un peu plus de lui en
nous éloignant du même coup des autres personnages, plus
caricaturaux, et dont le trait est souvent forcé à l’excès. Serge
Catanèse qui joue le rôle d’Argante, et Philippe Gouinguenet dans
le rôle de Géronte campent tout deux des personnages excessifs et
dont Molière a volontairement « épaissi » les travers.
En même temps qu’il nous éloigne d’eux, parce qu’ils sont exagérés
et parfois grotesques, Molière nous fait apprécier un peu plus
encore le personnage de Scapin, fin psychologue et observateur avisé
de son époque.
Il faut attendre
le dernier acte, où Scapin se venge de Géronte, en l’enveloppant
dans un sac et en le rouant de coups par un subterfuge vite découvert,
que ce personnage cynique et avare devient presque attachant :
lorsque Géronte met doucement la tête hors du sac, et aperçoit la
fourberie de Scapin.
Le théâtre de
Molière est un théâtre fascinant et intemporel. En montant cette pièce,
Colette Roumanoff, a pris pour parti de servir le texte de Molière et
n’a en aucun cas cherché à adapter la pièce de quelque manière
que ce soit, sauf à y apporter le sang neuf d’une troupe de comédiens
talentueux, dont le plaisir de jouer ensemble est visible d’un bout
à l’autre de la comédie. En respectant en tout points l’œuvre
de Molière, Colette Roumanoff n’est finalement qu’un vecteur :
c’est « la » pièce de Molière qu’elle nous donne à
voir.
L’énergie
distillée tout au long des trois actes par le brillant interprète de
Scapin, et par ceux qui l’entourent, notamment Fabrice Fara qui joue
le personnage de Sylvestre en lui donnant un éclat particulier ;
finit par avoir raison de toutes nos réticences. Si Molière vit
toujours, c’est grâce à la passion entretenue de ceux qui le
jouent, et perpétuent la tradition d’un théâtre populaire,
fatalement ouvert au public le plus large qui soit, où les rires des
enfants côtoient les sourires amusés des adultes. Ceux-là même qui
ont croqué à pleines dents durant une heure et demie dans une
madeleine qui les a transportés, ici ou là, vers les rivages d’une
enfance évanouie.
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Labiche sur la butte aux Cailles
Monsieur Labiche au Théâtre les Cinq Diamants
Par Hermann Lugan
Une scène
Non, deux scènes, reliées par un pont-levis, sur
lequel défilent des comédiens généreux : voilà la farandole à laquelle nous
convient Catherine Brieux et sa troupe. A lhonneur sur scène, Eugène Labiche avec
deux de ses pièces en un acte - Les deux timides et Le premier prix de piano
mais aussi sa ville, le Paris du Second Empire.
Un intérieur bourgeois, un jardin en fleurs, la rue et les
théâtres : le décor dOlga Alexandre tantôt figuratif, tantôt suggestif
restitue le contexte de lépoque. Son travail est à la fois classique - ayant une
manifeste prétention réaliste - et inventif : la scène divisée en deux (voire
trois) utilise au mieux lespace du petit théâtre et permet de promener les
personnages dans ce Paris miniature.
Cest dans cette atmosphère que Dominique Coulomb, auteur des
intermèdes, met en scène le personnage de Labiche lui-même. Ces intermèdes où se
succèdent et se rencontrent, entre autres, cet acteur qui joue au Gymnase, aux
Variétés, au Palais-Royal ou aux Bouffes Parisiens et cette comédienne chanteuse
dopérette qui rêve de travailler avec Offenbach, méprisé par Labiche.
Les deux vaudevilles en un acte qui font le cur du spectacle nous
emmènent alors à la rencontre du bourgeois crédule et poltron, stéréotype récurrent
du théâtre de Labiche. Thibaudier et Degodin, les deux avatars de ce stéréotype, sont
campés par Jean Daniel Pernet, dont le jeu trop construit en devient linéaire et rompt
quelque peu la magie du spectacle.
Dans Les deux Timides cependant, il incarne un bourgeois timide plutôt
convaincant. Face à lui, un jeune prétendant tout aussi peu hardi, venu lui demander la
main de sa fille. Ledit Frémissin est pour le coup magistralement interprété par
Clément Foch dont le léger sur-jeu, inhérent au genre du vaudeville, sappuie sur
un jeu dune sincérité désarmante.
Sincérité dautant plus convaincante quon la retrouve dans
Le premier prix de Piano, au service dun rôle diamétralement opposé, celui
du jeune Madoulay successivement victime puis bourreau du bourgeois Degodin. Il
sagit de lune de ces intrigues qui ont placé Labiche en précurseur du
théâtre de labsurde. Limbroglio naît des closes dun bail
stipulant que Degodin resterait locataire du magnifique appartement quil occupe en
face du Luxembourg aussi longtemps que Madoulay, inconnu du bourgeois, resterait
célibataire.
Même sil sagit avant tout dun spectacle
divertissant, ce diptyque redonne vie à la critique sociale de Labiche en nous
imprégnant de son époque. Cet univers nest pas le nôtre, il est historiquement
daté. On y découvre un bourgeois qui nest finalement pas si éloigné de nous.
Divertissement ou pièce sociale ? Pièce classique ou
inventive ? Autant de questions qui témoignent de limpossibilité de coller
une étiquette sur ce spectacle. Mais nest-ce pas plutôt bon signe ?

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Prucnalissime
Anna
Ma sur, la vie, au TILF
Par Jeanne Le Gallic
Une comédienne, une femme, chante
la vie avec intensité. Son accent polonais qui roule, égratigne quelques mots, mais la
parole nous atteint, une très belle interprétation qui nous parvient jusquà nous
faire frissonner léchine.

Êtes- vous prucnaliste ?
Je suis de celles qui ont choisi leur camp. Partisane pour le spectacle dune femme
qui se met à nu et donne à entendre ses amours, ses déchirures, ses errances. Une
traversée en chanson.
De sang juif, noble et tzigane, Anna Prucnal naît à Varsovie. Sans père (assassiné par
les nazis), elle grandit de lautre côté du mur et se consacre à la scène. Le
rideau dalors est de fer. Comédienne populaire en Pologne, elle arrive en France en
décembre 1970, travaille avec de grands metteurs en scènes et cinéastes (Lavelli,
Wilson, Planchon, Barrault, Fellini
) . Elle est proscrite de sa terre natale à
cause du film Sweet Moovie de Dusan Makavejev.
Aujourdhui son mari, Jean
Maillant la met en scène et en valeur. Il signe nombre de ses chansons parmi un
répertoire allant de Brecht à Moustaki en passant par Pasolini et Pasternak mis en
musique. Comme tous les grands interprètes, cest à partir delle quelle
chante. Mais elle part
Anna en partage, parfaitement accompagnée au piano par celui
quelle nomme son orchestre, Jacques Pailhès. Sur la scène, il ny a
queux deux accompagnés dun judicieux jeu de lumières polychromes, sobre et
expressif.
Le spectacle commence. Agenouillée
sur un prie-Dieu, la tête engoncée dans un béret, elle nous fait part dun
mouvement dâme enfantin. Anna naïvement en disgrâce, entonne finalement le chant
dédié à Staline réservé aux écolières assidues. Un traumatisme, nous dira-t-elle
plus tard. Ceci en guise de zakouski .
Elle rentre sur scène en pantalon noir, talons et blouson de cuir patiné. Sa chevelure
hirsute oxygénée lui donne des airs de pop star dégingandée. Elle en joue, comme elle
joue vocalement sur différents registres. Elle chuchote, elle crie comme dans ce tableau
de Munch, descend dans les graves, escalade les aigus. Sa voix claire ou cassée ne
cherche pas lefficacité. Elle sert lémotion, en passant par le cabaret, le
chant lyrique, du rock bien tassé à la diva originale. Elle tient les spectateurs et
suit les méandres de ses tripes.
De son origine slave, elle revendique
son identité de femme et en tire sa théâtralité. Son regard, son extrême
expressivité, son sens des ruptures et de la dérision concoctent un étrange cocktail.
Entre orgueil et humilité. Ses mains se crispent et se délient, saccrochent à sa
tignasse, entourent son ventre
on est au cur de la femme.
Elle revient en robe noire. Les
chansons sont alors moins convaincantes, on sent quelle rame, quelle
saccroche. Lépoustouflant du début sessouffle un peu. Ce soir,
cest la deuxième, elle perd un peu son texte, sinterrompt et lance :
" Mais quest-ce que jai, cest la vache folle !".
Jamais ses histoires ne nous indiffèrent. Elle se ressaisit et reprend ténu le fil de
ses émotions.
Ce soir, il y a des polonais dans la
salle. Elle choisit de finir par une comptine de Noël, le piano est léger, sa voix
simple et désarmante. Un verre de Prucnal, une vodka jouissive pour se souvenir,
affronter lavenir, et faire lamour à la vie.

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Poète
civil
Pasolini au Théâtre de la Bastille
Par David Fauquemberg
Parler avant qu'il ne soit trop tard. Faire de la
poésie un acte citoyen, parce qu'elle seule peut exprimer la confusion de la vie telle
qu'elle est, sans céder aux facilités des formules communes, à l'éclat trompeur d'une
culture dominante détachée de la réalité. Sortir du palais et se noyer dans les rues
de la ville.
C'est l'ambition commune aux différents textes du
poète et cinéaste Pier Paolo Pasolini que Dominique Féret a rassemblés ici, dans un
long monologue d'une troublante actualité. La mise en scène, réduite à l'essentiel,
souligne l'urgence de la parole, entre cri d'amour et prophétie d'apocalypse. Dans
l'obscurité silencieuse de la petite salle du théâtre de la Bastille, l'image de
Pasolini apparaît sur le mur. Bientôt, on distingue l'actrice, seule en scène, en train
de s'échauffer. Peu à peu gagnée par une étrange agitation, elle va se laisser aller
à la violence des banlieues pauvres, celles de Rome où l'auteur a longtemps vécu, ou
celles plus actuelles dont parlent les rappeurs.
Alors, essoufflés, indignés, les mots fusent, se
bousculent, au risque du bégaiement et de la confusion. Cette confusion, souligne
Pasolini, est inséparable d'une poésie qui se veut fidèle à la réalité, si complexe
soit-elle. Seuls les faux sentiments ont la clarté synthétique si chère aux médias et
à la politique. Le premier mouvement du monologue, d'une grande intensité, évoque ainsi
un entretien surréaliste de l'auteur avec une journaliste. Ce qu'elle voudrait, c'est
l'entendre résumer en quelques mots son uvre de poète. Comment le pourrait-il,
quand sa vision du monde unit dans un même élan les sensations et les souvenirs, la
réalité et son double artistique (un voyage qui se passe " comme dans un film de
Godard " ; la journaliste, accrochée à son Bic, qui se dévoile " dans un
travelling avant ") ?
Si les textes sont parfois difficiles, ils
s'éclairent et s'enrichissent mutuellement. Surtout, ils touchent par leur beauté et
leur extraordinaire énergie, cette " vitalité désespérée " que revendique
Pasolini. La voix superbe de Sarah Chaumette laisse parler les mots, sans maniérisme,
confiante dans leur force. Elle réussit le prodige de rendre sensible la fragilité d'une
pensée rebelle, pas si sûre d'elle-même, sans cesse écartelée entre orgueil et
désespoir. On assiste, médusé, aux soubresauts d'une pensée en train de naître,
jamais figée, toujours en mouvement, à l'affût de l'idée qui soudain apparaît, du
souvenir qui revient quand on le croyait oublié, de la métaphore inattendue ou du trait
d'humour, dernier rempart face au désespérant sérieux du " bon sens ". Le
corps de l'actrice, fébrile et fier, s'éclipsant parfois pour mieux revenir dans la
lumière, incarne avec bonheur cette pensée qui avance, ivre de ses propres mots, avide
d'humanité et de vie.
" La mort, c'est de n'être pas compris ",
s'inquiète l'auteur. Mais alors, ce spectacle-là est outrageusement vivant. En se
révoltant contre un néo-libéralisme qui lentement tue l'humain, contre une intolérance
se parant du masque de la tolérance la plus absolue, contre l'universelle fascination
exercée par les intrigues des puissants, contre encore la morgue ironique des "
gladiateurs désespérés " se battant pour arracher leur part du gâteau, c'est de
nous qu'il parle, et de nos renoncements.

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Une
noblesse qui s’en allait à travers champs…
Le Mariage de Figaro à L’Espace Jemmapes
par Vladimir Mouveau
Grandeur et splendeur du classicisme, le Mariage de
Figaro, écrit autrefois par Beaumarchais, aujourd’hui mis en scène
par Stéphane Aucante et joué par un groupe d’acteurs aux
personnalités particulières, réveille en nous les traits d’une époque
forte en caractère. La dualité noblesse- petites gens, admirablement
rendue dans cette création aux déguisements et aux jeux variés, ne
manquera pas de nous émouvoir.
C’est une troupe de huit acteurs sur une estrade
parfaitement dimensionnée qui interprète le célèbre « Mariage
de Figaro », de Beaumarchais.
Le décor est assez
simplement organisé, un fauteuil, de faux personnages en carton-pâte,
des accessoires (rideaux, bougeoir, balconnet,…) que les acteurs enlèvent
et remettent au gré de l’histoire. Les costumes et les maquillages
sont étudiés avec détail et perfection, des masques apparaissent ;
on ne manquera pas de saluer aussi la qualité de l’éclairage (Anne
Coudret), qui illustre avec « brillance » les différentes
atmosphères de la journée et des lieux. Que ce soit la nuit sous les
arbres, au Tribunal ou dans le clos de la chambre de la Comtesse, on
est à chaque fois transporté de façon fidèle dans les divers
endroits.
Cette pièce est une sorte de parodie de la condition
humaine au temps des nobles et de leurs valets. Elle retrace avec
ironie les inégalités et les rapports qui pouvaient exister entre un
maître et ses domestiques. Beaumarchais, à travers une verve colorée
et pleine de finesse, met en lumière cette période où l’absurde,
souvent, prévalait sur la raison. Il se moque de la noblesse, rit de
l’incrédulité de certains de ses contemporains et fait le procès
d’une société dont le sang et la descendance étaient des motifs
de pouvoir plus respectables que ceux qui avaient trait à l’esprit,
au caractère et à l’identité personnelle. Stéphane Aucante met
en scène cette perversion avec force imagination dans les costumes,
les déguisements des personnages, le jeu vif et précis des acteurs.
Ces derniers se bousculent, se chamaillent, donnent vie à la pièce
et représentent tout l’absurdité de cette période.
Si certains des acteurs semblent devoir leur rôle à
la qualité de leur physique plus qu’à la composition du jeu de
leur personnage. John Berrebi (Figaro) et Jacques Grange (Le Comte),
un peu à la suite de l’énergie des autres, d’autres ne laissent
pas de nous étonner et de traduire à merveille cette dichotomie
entre la condition des valets et celle des seigneurs. Ils poussent à
l’extrême le jeu et revêtent parfaitement la peau de leurs
personnages. On rendra hommage aux prestations de Nathalie Presle (la
Comtesse) et de Félicien Delon (Chérubin), dont le naturel du jeu et
la grâce dans la mouvance ne peuvent qu’émerveiller. Claudine Van
Beneden, avec l’aide d’Hervé Jacobi, est aussi maîtresse dans
l’art de se faire remarquer, de faire des grimaces, relancer la
parodie et entretenir le spectateur dans un état d’euphorie régulière.
Bizarrement accoutrés et maquillés, sous des gestes
brusques et emmenés, ils sont tous deux le pivot comique de la salle. C’est
en fin de compte une belle mise en scène, accompagnée d’un texte
magnifique dont il y a bien peu de raison de dire du mal.

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Un
zeste d'orange pour remettre son couple en forme
Bergamote et l’ange au Théâtre Hébertot
Par Diane Valemblois
Quel nom étrange
pour cette petite troupe qui fait des étincelles sur scène : “
Bergamote ” . Ce terme parfumé désigne l'extrait d'orange utilisé
dans la composition des eaux de cologne. En fait, ce mot est celui
d'une émission culte du dimanche matin à la Radio Suisse Romande. Le
rideau se lève et évoque étrangement celui du rideau de fer des
Deschiens.
Dès le premier
regard, quelque chose nous laisse entendre que le couple assis sur scène
va lever certains tabous.
Le spectateur se sent vaguement mal à l'aise.
D'ailleurs, curieusement le public est composé presque exclusivement
de couples, lesquels vont suivre avec effarement, les petites
mesquineries et les crises générées par la vie à deux
Monique (Claude-Inga
Barbey) se lance dans un long monologue durant lequel son mari Roger
(Patrick Lapp) tente en vain de s'exprimer. Sa femme monopolise la
parole et ne termine ni les phrases, ni les mots que de surcroît elle
cherche souvent. Le mari et le public, réduits à deviner le contenu
des paroles, se sentent de plus en plus irrités par cette femme certes
charmante, qui accapare le faux dialogue. Celle-ci s'exprime
avec les mains, plongeant le spectateur dans une sorte de film
muet.
Claude-Inga Barbey
mime chaque mot. Sa gestuelle est fluide et donne du mouvement à la
pièce. Le couple traverse apparemment une crise : l'homme et la
femme ne s'écoutent pas et ne se regardent plus. Plusieurs morceaux
de vie de Monique et Roger composent la pièce. Dans ce patchwork, un
sketch est particulièrement frappant : le mari désire passer un
week-end en famille. Sa femme lui apprend que justement pendant ces
deux jours, elle part à Londres avec un étudiant pour aller visiter
les musées. Roger est désemparé, il tente de convaincre Monique de
rester et d'annuler son projet. Elle refuse catégoriquement, arguant
de ce qu'elle a enfin le droit à deux jours de repos. Constat
tragique pour Roger qui a peur que sa femme ne le trompe. Monique décide
tant bien que mal, de tenir son engagement sans se soucier pour
une fois des désirs de son mari. Mais avant de s'envoler pour
Londres, l'épouse accomplie, n'oublie pas de préparer le repas pour
toute la famille.
Et tandis que Roger
reste coi, mortifié par cette horrible vision, sa femme dans
les bras d'un autre... tandis qu'il ressasse ses souvenirs, il prend
soudainement conscience qu'il ne s'est pas gêné lui, pour
tromper sa femme et depuis longtemps encore. Sur cet entrefaite,
un ange arrive. Il a des cheveux d'argent, des ailes et, détail moins
conventionnel, un bleu de travail.
Le messager du ciel vient au secours de Monique et Roger.
Il sera la petite
voix de l'âme chez l'un et chez l'autre, libérant les mille et une
pensées qui assaillent le couple.
L'ange tente de reconstruire leur union compromise. Il va réaliser
les fantasmes de ses protégés afin de leur permettre de réussir
leur histoire d'amour.
Cette pièce évoque avec humour les réalités de la vie que
traversent sans doute un jour tous les couples : peur d'être trompé,
crainte de ne pas être assez aimé, sentiment de ne pas être aidé...
Les trois
personnages de cette pièce sont au cœur de ces moments douloureux.
Ce spectacle constitue donc une bonne psychothérapie : une séance
d'une heure et demie, moins chère que le psy, plus conviviale et plus
drôle.
Que demandez de plus ?
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Une leçon au
poil !
Poilus
à l’Espace La Comédia
Par Hannah Zerbib
Le texte de Stéphane
Broquedis, Emmanuel Lequeux et Rémi Pous nous entraîne dans l’Histoire,
une histoire parallèle et souterraine. Les deux héros, préservés
80 ans par un gaz de jouvence, prisonniers hors du temps, découvrent
effarés le monde d’aujourd’hui comme pour nous inviter à mieux
penser l’avenir… tout ceci bien sûr, sur le ton de la comédie.
Enfermés
dans une galerie souterraine, les deux poilus ne perçoivent rien du
dehors. Alors ils pensent, ils imaginent le monde de la surface. Il en
sort une belle utopie : des jardins, des machines au service de
l’homme, des hommes ni riches ni pauvres et plus de guerres ;
la science a forcément bien fait les
choses et les hommes ont su tirer les leçons du passé… Le
spectateur, lui, sait et immanquablement fait le parallèle entre le
monde burlesque et rêvé des personnages et l’histoire de notre siècle.
La mise en scène d’ Alice Papierski nous aide à percevoir celle-ci
en filigrane, à travers la musique qui rythme le spectacle, des
chansons de « comiques troupiers » au reggae de Bob Marley,
en passant par le Chant des
partisans. On fait des bonds de 10, 20 ans, la musique marque la
rupture mais les poilus eux, sont toujours en uniforme...
Le
temps qui passe épargne miraculeusement ces pauvres diables, pourtant
ils ne sont plus les mêmes. Dans ce huis-clos, chacun n’existe plus
que pour l’autre et le rapport à l’autre, peu à peu évolue.
L’un est instruit et discipliné, il vient de la ville, l’autre
est un paysan landais à la verve gouailleuse. Mais ils sont deux
hommes ordinaires, en cela ils sont semblables. Deux anti-héros. Ceux
là n’ont pas vendu leur âme au diable, ils ne sont ni Dorian Gray
ni Faust. Ils n’ont pas choisi et pourtant ils assument un destin
commun, l’un soutenant l’autre presque malgré lui. Ils sont drôles
et touchants. Le décor de David Ledorze subit leurs humeurs. Ils aménagent
leur espace, posant entre eux un rideau (de fer ?), s’invitant
à la table des négociations, communiquant par « téléphone »
(rouge) pour ne surtout pas avoir à se faire face… Finalement, dénudés
comme le sont les étagères qui portaient leurs provisions, ils
tombent dans les bras l’un de l’autre. Dans leur combat,
ils ont un ennemi commun : les rats ! Les poilus nous
montrent du doigt : nous ? Les spectateurs ?
Et
l’on suit leur évolution. On rit d’abord de bon cœur de leurs
gags truculents et de leur joutes verbales hautes en couleurs. Notre
soudard a le parler chantant et populaire et notre soldat lettré est
aussi froussard que l’autre est rustre. On se laisse prendre ensuite
par leur folie, puis peu à peu une inquiétude nous saisit.
L’espoir plus que le gaz de jouvence fait vivre, alors avec une énergie
communicative, Cazau et Desforges creusent, n’en finissent pas de
creuser, galeries après galeries. Mais avancent-ils vraiment et vers
quoi ? Sortiront-ils ? Et s’ils sortent ?
Ce
qu’ils vont trouver, le spectateur le sait. Alors nos deux poilus
nous regardent. Le monde extérieur ? Les jeux de lumière figent
les visages terrifiés des comédiens dans de soudains éclairs tandis
que nous voyons, nous aussi, ce que nous n’avons su faire…
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La leçon de juste conduite
Règle du savoir vivre dans la société moderne au Tremplin théâtre
Par Vladimir Mouveau
Règles et bons usages de la vie courante à travers la
succession des événements de la vie -de la naissance à la mort en passant par le
mariage-, la pièce de Jean-Luc Lagarce retrace, avec recul et humour les commodités
humaines de lexistence.

Cest un minuscule théâtre, une sorte de loge de gardien dimmeuble
ancrée sur la butte Montmartre, qui accueille le public de cette pièce plutôt
sympathique. Des bancs et quelques chaises sont disposés en ordre serré ;
Véronique
Mounib qui signe ici la mise en scène, se charge elle-même de recevoir les spectateurs.
On en arrive à se demander si lactrice sur scène nest pas la locataire de
lendroit tant le contexte est intime.
" Les règles du savoir-vivre dans la société moderne " est une pièce sans
prétention, légère et pleine desprit, qui évoque les usages de certains
événements de la vie à travers lécoulement du temps : sur quels critères
choisit-on parrains et marraines, quelles fleurs doit-on offrir à sa bien-aimée le jour
de ses fiançailles, combien de temps doit-on garder le deuil dun parent ?
Le décor est planté de façon significative. Le mobilier est réduit à
son strict minimum pour faire naître la sensation des gestes.
Une chaise et un grand cadre vide au mur, ornent lespace.
Au milieu de cette scène sombre se tient une femme métisse aux formes sensuelles et
agressives. Une presque féline, dont les premières positions du corps et les éclairages
tamisés des projecteurs font sinterroger sur la nature véritable de
lendroit. Nest-on pas au beau milieu dun club de strip-tease du
boulevard de Clichy, quelques cent mètres plus bas ?
Le langage commencé ôte bien vite tout soupçon. Dune
délicatesse assurée, lactrice seule en scène remplit la salle de sa présence. La
façon dont elle mène son monologue " précieux ", les jeux de ses mains et les
ports de tête affectés quelle adopte, attisent la curiosité du spectateur,
piquent son attention. Elle déploie sa verve de façon cadencée, dans une musicalité
étrange, presque surannée. On a parfois limpression de suivre une leçon
déloquence dans une salle de classe de lavant-siècle.
Reste quen dépit des réelles qualités littéraires, ce
texte, trop rhétorique, ne peut être classé parmi les meilleurs de Jean-Luc
Lagarce. La mise en scène, linterprétation et les effets spéciaux, jusquau
petit film muet lancé en fin de séance, sont toutefois admirables et ceux qui se
laisseront attendrir par la prose de lauteur et le charme de lactrice sauront
savourer ce moment.

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Catharsis-Spectacle
Le monde à lenvers ! au Théo-Théâtre
par D.Bailly
Seuls au milieu de tous et de soi tel est le paradoxe inaugural de ces
réflexions identitaires... Quatre saynètes rondement menées entre interaction poétique
et catharsis thérapeutique, une adaptation sans chichi de textes de Tardieu.
Dans un espace flou aux limites incertaines, un homme est seul. Son
regard scrute lhorizon à la recherche de lautre, lami, celui qui saura
se mettre en écho de sa solitude, lécouter, le conseiller dans ladversité.
Cet être rare il le trouve, il est là devant lui lumineux comme lévidence. Pris
au piège dans le miroir, le spectateur na dautre choix que dêtre
celui-la, acteur à son tour ; à lui maintenant la tache de partager confraternellement
les interrogations de ces nouveaux compagnons, (elles sont nombreuses) : fragilité des
sentiments, incertitudes existentielles, quête de soi à travers lautre.
Dans cette interpellation du spectateur, la mise en scène épurée et
intimiste de Fanny Fajner y est évidemment pour beaucoup.
Elle enveloppe le public pour mieux le sortir de son cocon collectif et
anonyme, le moment venu, au moyen dénergiques projecteurs abolissant ainsi la
séparation formelle et symbolique entre scène et salle.
Surpris par des entrées et sorties tonitruantes ou discrètes qui se
succèdent tous azimuts en plusieurs point le pauvre spectateur surexposé perd ses
derniers repères lorsque son voisin de rang savère être un de ceux qui mènent la
danse. Dans lespace extrêmement réduit du théâtre, la fluidité des répliques
qui se fondent dans lassemblée deviennent ainsi un peu celles de tous.
Altérité et communication sont donc, dans un même mouvement
dallègre absurdité et de lucide logique, au centre de cette satyre dune
société possible, où tout serait sujet à discussion et à objection, où la salle
aurait son mot à dire renversant ainsi les sacro-saintes conventions du théâtre à
papa. Dans un tourbillon écervelé, le souffle court, la compagnie des matelots de la
flotte nous invite à goûter au délice du libre arbitre et à la place enfin
retrouvée de lhomo sapiens sapiens dans un monde certes confus et angoissant
mais où inexorablement percera lespoir du lendemain qui chante.
Sur la scène nue la mécanique séchauffe et saccélère.
On cherche, on provoque, les mimiques sont appuyées. Lil brillant, on pousse
au rire, le caf-conc nest pas loin. A ce jeu de la folie ordinaire, les
comédiens répondent par un jeu léger, vif et enfantin. Les mots senvolent vers la
salle qui les renvoie avec un bruissement de plaisir, ravi de se voir mettre à
contribution, retrouvant ainsi la parole qui lui avait été ôtée.
Au-delà du coté éthologie de nos semblables et sociologie du
quotidien, ce qui prolonge ce spectacle au-delà de ses murs, cest cette absurdité
comique qui soudain jaillit de notre existence : techniques, cybernétique, psychanalyse,
linguistique... même lamour séclaire soudain dun sens nouveau, tant il
est vrai que la réalité humaine est souvent autre chose que ce que nous y croyons
voir...
Spectacle vivant et léger sil en est, face à face absurde où
notre condition de spectateur passif est vigoureusement remise en question, " le
monde à lenvers ! " porte bien la marque du maître,
irrévérencieusement poétique.
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Under
Construction
Point Blank au théâtre de la Cité Internationale
Par Frédéric Cheminade

Une vingtaine de fous qui sauront vous convaincre de
leur doute. Cette mise en scène chaotique fait de chacun un chef d'orchestre. Plus il y a
de distance avec l'action, le texte et le théâtre, plus la pièce prend du sens.
Ils ont la grande classe. Des fringues à deux balles, une scénographie de bouts de
chiffons, de chaises et de tabourets qui ont l'air d'avoir étés récupérés sur la
route Anvers-Paris ; un accent anglais parfois douteux, rien n'y fait, ils ont tout
de même la classe à la "Tg Stan". Évidemment, ces fringues sont plutôt
tendance, mais à forcer le regard sur cette panoplie branchée, ils nous convainquent du
peu d'importance de l'apparat. Leur générosité, leur humour et leur talent les
habillent mieux que nimporte quelle fripe.
Dans ce semblant de foutoir, de réserve de brocanteur, la mise en
scène se révèle être une mécanique omniprésente. Comme le soleil, comme le monde, le
décor tourne devant nos yeux distraits. Chaises, tabourets ou autre, se déplacent au fur
et à mesure de l'action, pour signifier le passage d'une scène à l'autre, d'un acte à
l'autre.
Tout nous fait croire à un théâtre en construction, une pièce qui ne s
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