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Du vaudeville dans les grandes
largeurs
Chat en poche au Théâtre Firmin Gémier d’Antony
Par Marie Fine.
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Éloge
de la folie.
Homme et galant homme au Théâtre de la Tempête
Par Cyril Carret. |
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Le personnage non réalisé
Le Silence de Molière à l’Atalante
Par Eva Héliard
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Tragique de boulevard
Le
retour au désert , au théâtre de la Bastille
par David Fauquemberg
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Le pouvoir
d’en rire
Ahmed philosophe au Centre Dramatique National de Montreuil
Par Jeanne Le Gallic
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Elle
est bath, Mathilde!
Mathilde Emois au Centre Dramatique National de Montreuil
Par Béatrice Trotignon |
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Drôle
d'Histoire
Jeanne la bonne pucelle au Point Virgule.
Par Frédéric Cheminade. |
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Le
spectacle sera réussi
Entracte manqué au Point Virgule.
Par Caroline Delage
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Le magnétisme des pôles
Pôles au Théâtre Paris -Villette
Par Serge Latapy |
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« Aimer »
n’est pas un mot sûr…
Grand
Cahier
au
Théâtre International de Langue Française.
Par Cyril Carret.
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Linsoutenable
pesanteur de lêtre
Treize étroites têtes au Théâtre Paris-Villette
Par Delphine Bailly |
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Anglo-bidon.
Angloklaxons au Théâtre de l’Agora.
Par Cyril Carret |
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Laurent
Terzieff,
Le fils Courage
Bertolt Brecht poète au Théâtre Molière-Maison de la Poésie
Par Serge Latapy |
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Tu veux une taloche? Non, je veux un frère...Ha Ha Ha !
Les frères Taloche au Théâtre Trévise
Par Vladimir Mouveau |
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Un cocu
peut en cacher un autre…
Doit-on le dire au Théâtre du Lucernaire
Par Vladimir Mouveau
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Fantaisie en couleur
The importance of being Earnest au Théâtre de Ménilmontant
Par Samuel Martinez. |
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De la chair en enfer
Huis Clos au Théâtre Marigny
Par Eléonore van den Bogart |
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Une étoile filante
à Paris
Lair de Paris à lEspace Pierre Cardin
Par Diane Valemblois. |
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Y a d'la voix
Qu' est-ce qu'on attend pour être heureuses !au Théâtre des
Déchargeurs.
Par Anne Kuntz |
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Jacques Villeret est souffrant
Jeffrey Bernard est souffrant au Théâtre Fontaine
Par Christine Dufreynois. |
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Du beurre dans les Epinal
Camarade Prévert au Théâtre de L'épée de bois.
Par Cyril Carret |
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Promenade dans
lobscur
POEtry au Théâtre de lOdéon
Par Franz Johansson |
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Catharsis-Spectacle
Le monde à lenvers ! au Théo-Théâtre
Par D.Bailly |
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Lisette
et ses boas
Ladies night au Théâtre Rive gauche
Par Luc Bénazet |
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Quelques mots simples pour une
vérité qui tue
Une chatte sur un toit brûlant au Théâtre de la Renaissance
Par Frederic Cheminade |
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Du vaudeville dans les grandes
largeurs
Chat en poche au Théâtre Firmin Gémier d’Antony
Par Marie Fine.
Un classique du
vaudeville, monté dans la grande tradition du genre : gags,
outrances et clin d’œil au public. Pour les amateurs de franche
rigolade et de boulevard grande époque ! !

Avec
Chat en poche, Feydeau reste fidèle aux grandes recettes du
vaudeville : dans une famille bourgeoise, un intrus intrigant
pris pour un autre, sème le désordre et le désir dans le cœur des
femmes du foyer.
Par
une série de quiproquos, l’intrigue devient de plus en plus enchevêtrée,
jusqu'à ce que, par un coup de baguette théâtrale, l’ordre ne
revienne.
Le
metteur en scène a choisi de donner une représentation fidèle aux
indications de l’auteur : la scène se passe donc au début du
siècle, dans un décor d’intérieur bourgeois conventionnel. Les
mots fusent et il faut du rythme pour soutenir la cascade de gags préparés
par l’auteur.
François
Kergoulay se jette à corps perdu dans sa mise en scène en
multipliant les entrées, sorties et tourbillons de ses comédiens. On
ne saurait lui reprocher ce parti pris qui dynamise le jeu et donne à
la pièce un rythme agréablement soutenu. Mais la finesse de
l’interprétation semble avoir été abîmée par cette vitesse
endiablée : grimaces, cabotinages, jeu outré permanent, tout
finit par irriter le spectateur. On pourra répondre que la nature de
cette pièce induit ce type de jeu caricatural ; le metteur en scène
prévient même la critique en annonçant s’intéresser au délire
« Voir vivre des personnages atteints de ce délire-là recharge
le spectateur qui attaque une nouvelle semaine de travail. On devrait
pouvoir se faire rembourser son billet par la Sécurité sociale ! »

C’est
au public, il me semble de trouver les situations délirantes et les
personnages drôles malgré eux. Si les comédiens jouent le ridicule,
une partie du plaisir est gâté. Le plus surprenant est que le
metteur en scène, qui joue dans la pièce, a le jeu le plus simple,
le plus dépouillé de la troupe. Osera-t-on dire qu’il est aussi le
plus drôle, le plus attachant.
Il
n’en reste pas moins que le public ne boude pas son plaisir :
on rit souvent, fort et en famille. La répétition des situations, la
complexité grandissante des malentendus et la finesse des bons mots
charment l’auditoire. Feydeau n’avait en tous cas pas sa langue
dans sa poche et la cruauté de son regard sur nos petits défauts
fait mouche : les grosses, les séductrices, les niaises en
sortent abîmées ; les stupides, les fats et les petits
bourgeois aussi.
Il
s’agit presque d’un joli jeu de massacre social..
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Éloge
de la folie.
Homme et galant homme Théâtre de la Tempête
Par Cyril Carret.
Jamais
rien de commun, apparemment, entre artistes et bourgeois : les
uns sont sur la scène, les autres forment le public. Et quand le
rideau tombe, chacun rentre chez soi, sur la terrasse surchauffée d’un
hôtel minable ou sous le parasol d’une villa cossue. Sauf si le
hasard, la fantaisie et l’amour s’en mêlent. La rencontre est
alors détonante !
Eduardo
de Filippo présente dans cette pièce les démêlés drolatiques
et surréalistes d’une troupe d’acteurs faméliques et des membres
d’une aristocratie italienne et provinciale, coincée et cynique.
Autour du triangle habituel du mari, de la femme et de l’amant,
virevoltent des personnages plus déjantés et plus hystériques les
uns que les autres. Quiproquos et rebondissements rocambolesques
entraînent le spectateur dans la spirituelle spirale du rire.
Le
jeune Alberto De Stefano a deux passions : le théâtre et sa
maîtresse. Par amour du théâtre, il invite une troupe d’acteurs
ambulants à camper à ses frais dans un hôtel miteux entre deux
représentations. Par amour pour sa maîtresse enceinte, et parce qu’il
se pique d’être homme d’honneur, il décide de convoler en justes
noces. Las ! La belle est déjà prise par un petit comte miteux
et les acteurs font frire des anchois dans la chambre d’hôtel. Si
Alberto parvient à amadouer l’aubergiste, il a moins de succès
avec l’époux. Devant son pistolet, il finit par se retrouver
au terme d’une demande en mariage faite de malentendus.
La
pièce est drôle, la mise en scène est enlevée, les acteurs
dépensent sans compter talent et énergie : on s’esclaffe de bon cœur
tant l’inattendu vient toujours relever l’évidence du gag de
vaudeville. Mais si le rire est franc, il n’est jamais gras, car
derrière les pirouettes se profile la mécanique moins fluide et plus
grinçante des rapports humains. Le grain de folie fait germer la
graine de la critique sociale et à mesure qu’on tente de sauver l’honneur
en simulant la démence, les masques des conventions sociales
tombent.

Comme
le remarque le metteur en scène Bernard Lotti, «tout
le monde joue : les uns pour gagner leur maigre pitance et tous
pour échapper à la mise à nu ».
C’est alors que les plus sincères ne sont plus ceux qu’on
croyait. Pourtant habitués au mensonge de la scène, les acteurs
jouent de franchise et de bonté.
Il
en naît une
grande tendresse pour ces saltimbanques au nez rouge qui
pestent contre « les
mouches sans éducation »,
et un mépris pour ces bourgeois qui s’offrent des frissons de
pacotille au rythme d’un tango qu’ils dansent à contretemps et
sans langueur.
Si
la gravité pointe au bout du nez du clown, le propos n’est jamais
démonstratif ou pesant. Les êtres se débattent ici entre le vrai et
le faux, entre sincérité et mensonge et le théâtre tente de
révéler le jeu de la fiction et de la réalité sans que pour autant
un jugement final vienne appesantir la grâce. Et comme De Filippo
le disait en 1978 dans une interview, c’est mieux ainsi car
«les épreuves, les fautes et les échecs sont encore de la vie ».
Le
rire permet l’éloge d’une folie qui est le seul masque et le seul
viatique possible pour les faux-semblants. Il est urgent et
raisonnable d’aller s’en convaincre à la Cartoucherie !

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Tragique
de boulevard
Le
retour au désert , au théâtre de la Bastille
par David Fauquemberg
" J'ai voulu mélanger les deux, faire rire, et en même
temps, inquiéter ", déclarait Bernard-Marie Koltès à propos
de la plus désarmante de ses pièces.
L'interprétation qu'en donnent ici Thierry de Peretti et ses comédiens
relève avec justesse le défi de ce magnifique et redoutable texte.
Un espace scénique écrasé par un décor sombre avec, au fond, un
mur de parpaings semblable à celui d'une prison ou d'un poste-frontière.
Surgissant des gradins, les personnages débarquent sur les planches,
et on comprend aussitôt que cet espace-là est trop petit pour eux,
tant ils tournent en rond et se heurtent aux parois dans leurs
mouvements affolés. Adrien, le bourgeois bien installé (Foued Nassah,
inquiétant et exalté) accueille sa soeur Mathilde, tout juste débarquée
d'Algérie, c'est-à-dire du bout du monde, après un long exil.
D'entrée, ils s'aboient dessus, comme ces chiens qu'on entend dans le
lointain, la voix rauque et oppressée du frère tentant en vain de
couvrir la gouaille criarde de la sour (Marianne Groves, délicieuse
en fauteuse de trouble acariâtre). Une immense bagarre verbale
commence alors, sur laquelle pèse un passé indéfini, mais qu'on
imagine lourd, puisqu'on est en famille. Tout à leur bavardage stérile
et cruel, dont la violence terrorise la maisonnée, Adrien et Mathilde
n'écoutent personne d'autre qu'eux-mêmes, ni leurs enfants
respectifs qui n'en peuvent plus d'être là, ni la bonne " Maame
Queuleu " (Monique Hermant-Bosson, lumineuse et apaisée au cour
du vacarme), lorsqu'elle les conjure de trouver enfin un moyen terme
à leurs excès, et encore moins Marthe, la bourgeoise alcoolique et
bigote (Nadine Darmon, excellente), complètement dépassée par les
événements. Ce désir de meurtre réciproque, y croient-ils
vraiment, ou bien n'est-ce qu'une manière puérile de tromper l'ennui
? Tout ça, " c'est du vent, du bluff, de la frime, rien du tout
" comprend Fatima, la fille de Mathilde. Mais, dans cet enfer,
personne ne l'entend.
La mécanique bien huilée de cette hystérie bourgeoise en huis clos
se grippe dès lors que quelqu'un viole la frontière des murs
d'enceinte, derrière lesquels résonne la musique des bas-quartiers
et les chants des militaires de la garnison. Ceux qui entrent
apportent le trouble, qu'il s'agisse de Mathilde, du parachutiste
noir (Gaëtan Kondzöt, dont la présence impressionne), ou encore des
notables, membres de l'OAS et semblant tout droit sortis d'un film de
gangster qui aurait mal tourné. En sortant, Mathieu abandonnera son
immunité face à la guerre et aux séductions réputées viles des
bas-fonds. Quant à Aziz, le domestique algérien (Jean-Pierre
Pancrazi, convainquant dans la détresse de l'exilé), qui à l'intérieur
de la maison n'est qu'un objet sans importance, il périra
dans ce grand dehors où l'on assassine les arabes au nom de la
France. L'intrusion du mythe et du fantastique, au mépris de la
vraisemblance, achève de souligner le décalage entre la légèreté
du rire et la gravité de son objet.
La mise en scène, au rythme trépidant, fourmille d'heureuses
trouvailles, comme ce plateau en argent, ustensile bourgeois qui, dans
les mains d'Adrien, devient un gong annonciateur du mythe oriental que
l'inspiration du moment va mettre dans sa bouche. Le principal mérite
de Thierry de Peretti (par ailleurs très bon dans le rôle du "
sale gosse ", Mathieu), c'est d'avoir su respecter l'épaisseur
du texte de Koltès, et n'occulter aucune de ses nombreuses
dimensions. Cela ne va pas sans poser un évident problème au
spectateur, un peu embarrassé quand même de s'amuser autant au
spectacle de toute cette jeune et gentille troupe qui s'agite et hurle
au milieu du désastre. Koltès fait jouer les ressorts traditionnels
du théâtre de boulevard sur des sujets qui, à l'évidence, ne relèvent
pas des lois du genre. Les disputes familiales sont certes un ingrédient
classique, quoique douloureux, de la comédie. Mais que dire de la
haine ordinaire, du déracinement, de l'impossibilité absolue de
trouver sa place ici-bas, du racisme ou des guerres coloniales,
qu'elles soient d'Algérie ou d'ailleurs ?
Et puis, on se moque ici d'autant plus volontiers des personnages
principaux qu'ils sont sans excuses, et offrent à l'auteur l'occasion
de régler son compte une bonne fois pour toutes à cette vie de
province qu'il abhorre, à moins qu'il ne s'agisse plus généralement
des Français qui, comme l'affirme ironiquement Aziz , " se
considèrent comme 45 millions de héros. ".

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Le pouvoir
d’en rire
Ahmed philosophe au Centre dramatique national de Montreuil
Par Jeanne Le Gallic
Une
farce contemporaine, voilà une forme théâtrale insolite quand il
s’agit d’aborder la philosophie. On pouvait s’attendre à
quelques rhétoriques indigestes, logorrhées diarrhéiques ou autres
pis-aller. Que nenni ! Le spectacle s’adresse aux grands comme
aux petits, c’est ce qui fait son charme et sa force. Il éveille à
la philosophie, sans pompe et avec fracas.
Ahmed, immigré,
est aujourd’hui citoyen de Sarges-les-Corneilles. Il nettoie, entre
autres boulots, les rues de cette bonne ville nouvelle. Esprit vivace,
il jongle entre concepts et questions. Il aime à contredire les idées
reçues, à démontrer, soulever les raisons et les jauger. Il ne déteste
pas les sophismes… L’important pour lui n’est pas de s’arrimer
à des postulats mais de jouer. Jouer avec les mots, les situations,
le langage et les idées qui y sont attachées.
Ce
spectacle séduit par sa forme, une succession de saynètes
savoureuses, de rencontres avec des personnages hauts en couleurs. Il
aborde la philosophie sur le mode de la farce et
emprunte ses pirouettes au mime et à la commedia
dell’arte. Simplicité
et jeux de scènes dominent.
Devant
un superbe rideau rouge, quatre lanternes éclairent l’avant-scène.
Ahmed s’y glisse et nous avertit d’un thème ou concept (rien, les
uns-les autres, là-bas-ici, la nation, l’origine, les mathématiques,
le hasard…) que la saynète à venir illustre. Un percussionniste
ponctue les intermèdes en frappant sur un xylophone. La danse aérienne
des maillets aux bouts arrondis est en soi d’une grande poésie. Sur
scène un carré en bois surélevé et dans le fond un panneau en
bois. Ce décor sommaire, un peu rustique, offre aux comédiens une
multitude de possibilités pour s’adonner à leurs facéties.
La
mise en scène de Christian Schiaretti est virevoltante. Il utilise
les différents espaces avec ingéniosité et les comiques de
situation abondent. Aux démonstrations verbales du philosophe
correspondent toujours des expérimentations physiques et concrètes.
Ainsi quand il s’agit de géométrie, les acteurs forment un
triangle et le hasard est lui, illustré par un pot de fleur attaché
à une cordelette…
Ahmed,
(Fabien Joubert), porte un masque d’Arlequin et manie le bâton. Son
personnage descend de Scapin, vivace de corps et d’esprit. Il est
leste et sa gestuelle féline s’accompagne d’une étonnante agilité
verbale. Célérité du discours et articulation musclée insufflent
une grande énergie à la pièce. Mais qui sont donc ses élèves,
souvent malgré eux ? Retenons Moustache (Patrice Thibaud)
un français très moyen et raciste de la cité, portant débardeur et
bretelles, avec un accent à couper au couteau. Il est d’une grande
drôlerie et fait jubiler l’auditoire. Irrésistible également, Loïc
Brabant qui campe la député Mathilde Pompestan, bourgeoise prônant
le respect des valeurs traditionnelles. On notera aussi la naïveté
crétine et poétique de la doublure angélique d’Ahmed,( Julien
Muller).
La
troupe de la Comédie de Reims nous offre un spectacle réjouissant et
une fin tonitruante. Des propos consistant sans prise d’occiput,
vivement conseillés à toute la famille.

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Le temps de l’innocence
Tu m’aimes comment au Théâtre du Proscenium
Par Vladimir Mouveau
Sur un grand
plancher noir, trois jeunes filles âgées de moins de vingt ans et un
garçon se donnent la réplique dans ce qui tient lieu d’hymne ou
d’office théâtral aux tendres années de la jeunesse. Le sexe et
la séduction, principalement, sont abordés et représentés dans
cette valse à deux genres.

La
porte d’entrée du théâtre donne directement sur les fauteuils
mais le public n’est pas en nombre pour accueillir cette pièce de
Marc Michel Georges. La scène est décharnée, au fond d’elle se
tiennent, dans un coin éclairé de rouge, un accordéoniste et deux
guitaristes. Ils accompagnent le texte et les chansons des comédiens.
Trois
actrices à l’ardeur bien positionnée entrent sur les planches, se
présentent et racontent leurs aventures intimes par la voix de Marc
Michel George, l’auteur et le metteur en scène de la pièce. Il
s’agit d’une sorte de ronde verbale et musicale où chaque
personnage fait l’un après l’autre état de ses expériences, de
ses rencontres et des souvenirs qu’ils lui ont laissé. Ces expériences
sont ponctuées de chansons que les comédiens interprètent soit
seuls, soit en chœur. On assiste ainsi à un véritable quatuor de
morceaux de vie choisis.
La pièce fait
aussi
parfois penser à une sorte de camp d’entraînement ou salle de répétition
générale pour surdoués d’art dramatique. A ceci près que chacun
des personnages regarde celui qui s’exécute avec silence et
respect. Le ton de l’humour et de la dérision est employé.
Si
le texte est riche et créatif, le jeu des actrices dynamique et plein
de charme, le corps et le physique de ces dernières plutôt rafraîchissant,
la construction de la pièce reste un peu linéaire dans
l’ensemble. On a du mal a imaginer ces mots là dans la bouche des
comédiens. Les phrases paraissent trop sophistiquées, trop adultes
et raffinées pour les acteurs, même si les costumes s’attachent à
donner une apparence adulte et intemporelle au jeu. Moins de recherche
dans les jeux de mots, moins de finesse dans la tournure des phrases
eut peut-être modifié, sinon l’esprit de la représentation, du
moins cette atmosphère un peu décalée que l’on ressent entre ce
que l’on voit et ce qui est dit. « Tu m’aimes comment »
est une pièce drôle, mais on ne rit pas souvent.
Les
comédiens sont jeunes et inspirés, un peu trop peut-être parfois.
Ils s’époumonent, vivent leur jeu de façon emphatique, extatique,
sacrée. Le jeu de chacun d’eux n’est pas à bannir pourtant. On
ne manquera pas d’apprécier le goût sans faille du metteur en scène
pour la qualité physique de sa compagnie. Il a, sans conteste, découvert
des charmes qui perdureront. Notamment en la personne de Claire Frétel.
Joli petit minois de l’adolescence à peine sorti d’une boum entre
amis, la ravissante développe déjà une mine respiratoire sans équivalent.
Corsetée telle une soubrette du dix-huitième, la « perche
mondaine » (c’est ainsi qu’on la surnomme), a du mal à se défaire
des regards insistants du public à l’endroit de ses rondeurs
virginales...

Tu
m’aimes comment est un spectacle sympathique et piquant, à voir
gentiment en connaisseur ou sous un regard plus scrutateur en amateur
de bonne chaire... Pour un public restreint dans tous les cas.

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Elle est bath,
Mathilde!
Mathilde Emois au Centre dramatique National de Montreuil
Par Béatrice Trotignon
Sous les traits travestis de Mathilde Pompestan, femme mûre,
engoncée dans son tailleur BCBG chic, Loïc Brabant nous entraîne
dans un tour de chant "sentimentalo-érotico-narcissique" réjouissant.
Mathilde parle d'elle-même à la première personne du
pluriel. Elle est à la fois désarmante de grotesque et de drôlerie
et émouvante, aussi…

Mathilde Pompestan est une "femme politique, ardente
prosélyte des vraies valeurs" que certains dans le public auront
découvert en début de soirée dans Ahmed Philosophe d'Alain
Badiou, mis en scène par Christian Schiaretti avec dix comédiens
permanents de la Comédie de Reims en ce moment au Centre dramatique
national de Montreuil. Si le théâtre propose un tarif préférentiel
pour les deux spectacles couplés, Mathilde Emois est néanmoins un
spectacle de cabaret comico-loufoque à part entière qui,
d'ailleurs, se produira indépendamment "Aux Instants
Chavirés" début février.
Quelques bougies, du vin et des olives sur les tables, une guirlande
de lumières encadrant une scène de cabaret improvisée au bar du
Centre dramatique, un piano… et c'est parti. La forte personnalité
de la Pompestan s'affiche dès les premières chansons, "Mathilde
est revenue" adaptée de Brel, aussitôt suivie de "J'suis
snob", variation de la chanson de Boris Vian.
Elle nous invite ensuite à un parcours initiatique au royaume de
l'amour, de ses frissons et de ses désillusions. Prodiguant ses
conseils" de copine" (car Mathilde a vécu…), elle puise
ses chansons chez Poulenc, Satie, Offenbach, mais aussi chez Barbara,
Gréco, Juliette, Dalida… et bien d'autres, allant du
sentimentalisme le plus niais ("Some day my Prince will come…")
aux déclarations les plus grivoises. Le numéro de Mathilde tourne
parfois au sketch hilarant et, munie de quelques accessoires plus ou
moins encombrants (on vous laisse le plaisir de les découvrir!), elle
nous fait même "du grand spectacle"… dérisoire !

Après quelques
flûtes de champagne, deux-trois verres de whisky, une bonne dose de
vodka, Mathilde la bourgeoise empoigne son litron de rouge et se lâche.
Il faut la voir vibrer quand elle chante "J'aime les lanciers du
BengâÂÂle", s'enflammer aux rythmes sud-américains de l'amour-passion,
esquisser quelques pas sensuels, s'offrir lascivement… puis manquer
de trébucher ou de verser une larme.
Ce comédien, Loïc Barbant est épatant. Son travail de
composition est impressionnant.
Il joue à merveille du décalage que lui permet le
travestissement, car il en joue avec justesse malgré les excès que
ce genre d'exercice peut parfois entraîner. Son travail de la voix,
des gestes, de la démarche, son talent d'improvisation (toujours
parfaitement soutenu par Valérie Cortesse au piano) donnent
vie à cette femme à la fois drôle et ridicule, décalée, a moitié
givrée et complètement touchante de générosité et de talent.

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Drôle
d'Histoire
Jeanne la bonne pucelle, au Point Virgule.
Par Frédéric Cheminade.
Si on devait faire
confiance à Marianne Sergent pour
former nos petits, Science Po ou Normal sup serait
certainement désertée au bout d'une génération. Un
spectacle énergique, hilarant et qui pose tout de même
question quant à notre vision de l'histoire.
Souvenez du 17
Juillet, mêlant quelques évènements de l'histoire de France de
Jeanne d'Arc à Marie-Antoinette avec une histoire qui lui est plus
personnelle, Marianne Sergent fait de cette date la trame de son
spectacle. On imagine très bien cette femme en train de faire réviser
les leçons d'histoire de son fils. On a le droit de la croire très
concernée par la scolarité du petit bonhomme mais il est probable
qu'elle n'ait pu s'empêcher de le faire rire le jour où le chapitre
portait sur Jeanne d'Arc.
En tout cas, pour
nous, le résultat est là. Jeanne la bonne pucelle, c'est
l'histoire de Jeanne d'Arc revisitée avec beaucoup d'humour. Marianne
Sergent nous passe en revue toutes les aberrations auxquelles on a pu
nous faire croire à l'école primaire ; les blagues fusent et ne
manquent de nous faire rire.
Son interprétation
de l'évêque Cochon est très parlante et lui permet de mettre en
valeur la rhétorique parfaite de Jeanne d'Arc qui
ne la sauvera malheureusement pas.
Très explosif ce
spectacle déborde de loin l'histoire de Jeanne D'Arc. Outre cette
sainte vénéré, un débat fort intéressant sur les survivistes et
les batardisants et une digression sur Charlotte Corday, on a aussi le
droit à la vie privé de l'auteur, à la confection des gaufres façon
médiévale et surtout à une revue de presse très pertinente.
Note chère Jeanne
n’étant finalement qu’ un prétexte au spectacle on ressent
toutefois une pointe d'admiration
pour cette figure de l'histoire de France. Si le spectacle n'omet pas
de nous rappeler que Jeanne était une sacré bonne femme, c'est une
autre femme de tête que l'on applaudit.
Marianne Sergent, proche du public, se démène avec beaucoup
d'énergie pour notre plus grand plaisir.

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Le
spectacle sera réussi
Entracte manqué au Point Virgule.
Par Caroline Delage
Didier Porte a une double casquette, il est
d’abord journaliste puis humoriste et ça se voit ! C’est
l’actualité qui l’inspire, elle est tout entière passée au
peigne fin, du drame du Kosovo à l’incarcération de
Jean-Christophe Mitterrand en passant par la vache folle. L’ancien
chroniqueur de « Rien à cirer » est connu pour son humour
acerbe voire « méchant ».
Il n’a pas changé. Son deuxième spectacle en solo est
tout aussi acide que le premier. Rien n’échappe au venin de Didier
Porte, stars du petit écran comme personnalités politiques _ de
droite, puisqu’il s’affiche dès le départ comme résolument de
gauche, sans oublier les médias.
Il commence par se confier à son public, s’adresse à lui
directement, voire individuellement, l’apostrophe, le prend comme
confident, lui demande d’être indulgent. Puis ce public se
transforme en un auditoire virtuel d’ultra-libéraux anonymes.
Didier Porte nous a oubliés, il est rentré dans son jeu. Car le
personnage nous apparaît sous un nouveau jour .Tour à tour thérapeute,
grande vedette internationale du show-business invitée chez Michel
Drucker, et reporter spécial envoyé au Kosovo pour TF1, l’humour
mordant de Didier Porte fustige dans tous les sens.
Il se veut piquant et incisif, car, d’après lui, seuls les
méchants sont drôles. Ou alors il se laisse emporter dans un élan
emphatique alerte et effréné pour
le bonheur de son public. Fortement inspiré de Pierre Desproges,
Didier Porte joue avec la prose, il s’en sert comme une arme. Il
parodie, attaque, tourne en dérision.
C’est un spectacle bien moins rôdé que son précédent,
« L’ami des Vedettes ». L’artiste est hésitant, il
oublie son texte, en rit. Il manque encore d’aise. C’est sûr, ce
n’est pas une bête de scène, il ne nous met pas en transe, ne déclenche
pas l’hilarité générale dans la si petite salle du point Virgule.
Mais il en est conscient, et on lui pardonne facilement face à une
telle démonstration de sincérité et d’humilité. Jouant en
permanence sur l’autodérision, Didier Porte est touchant,
attendrissant, attachant même. Si bien qu’à la fin, lorsque, off,
cette voix ironique réclame des manifestations sonores de notre
soutien à l’artiste, on est heureux de lui en donner.
Une fois l’humoriste entraîné, le spectacle sera réussi.
Il a besoin d’encouragements et d’un public nombreux…
alors, comme il le demande, faites marcher le bouche à oreille !
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Le magnétisme des pôles
Pôles , au Théâtre de Paris Villette
Par Serge Latapy
Premier volet dune trilogie présentant lunivers de
lécrivain et metteur en scène Joël Pommerat, " Pôles " est
aussi un véritable courant dair théâtral, très attractif.
Une cantatrice amnésique qui ne chante plus, qui se souvient à
peine quelle fut actrice. Un assassin presque muet qui ne sexplique pas le
meurtre de sa mère, un sculpteur taciturne qui nexpose pas, un écrivain qui
narrive plus à écrire, un musicien dont on entendra jamais linstrument. Une
humanité frissonnante qui tente encore de ce battre contre ce froid sûrement, dit
la cantatrice, un vent venu des pôles soufflant sur les esprits et les corps.
" Pôles " peut se résumer ainsi, dans cette somme de
destins échoués, cette métaphore de limpuissance humaine. Mais ce qui fait la
force dattraction de ce spectacle réside dabord dans la manière dont
la compagnie Louis Brouillard parvient à faire prendre corps au langage particulier de
son auteur-metteur en scène, Joël Pommerat. Cet étrange objet, parvenu à la latitude
du théâtre de Paris_Villette, est aussi le produit dune véritable expédition
théâtrale, le rendu dun travail collectif de longue haleine (certains suivent le
dramaturge depuis sa première création, il y a dix ans), toujours en cours.
Ecrivain aussi insatisfait que les personnages quil imagine,
directeur dacteur exigeant en perpétuelle recherche, Joël Pommerat a en effet
monté la pièce il y a quelques années avant de proposer cette ultime création, premier
volet dun triptyque qui compte aussi " Treize étroites têtes "
et " Mon ami ", joués jusquen janvier.
Que veut dire ici cet auteur encore inédit et metteur en scène
atypique, qui se qualifie lui-même d autodidacte ?
Peut-être rien de plus que ce quil a écrit, dans sa langue qui ne cherche jamais
le style, ni leffet. Rien de plus que ce quil montre dans un travail centré
avant tout sur la voix, sur lintériorité émotionnelle de lacteur et pour
lequel il a visiblement sollicité ses comédiens, peut-être jusque dans leurs propres
faiblesses, leurs failles. Tous parviennent en tout cas, avec une grande sobriété, à
restituer la complexité, somme de désirs refoulés et de blessures enfouies, de leurs
personnages.
Cest le cas de lambivalente Saadia Bentaïeb, étonnante de
fragilité et de force, qui promène tout le long de son impressionnant parcours
son physique vulnérable et sa voix singulière. Cest le cas de Pierre-Yves
Chapellain, en matricide désemparé ou dAlex Meunier, son double plus âgé de
vingt ans devenu obèse et aphasique. Tous jouent sur le rythme lent imposé par la mise
en scène qui a également choisi, pour renforcer lécoute, de doubler les voix
dun dispositif de microphones. Les puristes peuvent regretter lartifice mais
leffet, qui permet aux comédiens de jouer au plus près leur partition intimiste,
est convaincant. Léclairage crépusculaire, capricieux, utilisé parfois à rebours
des conventions théâtrales renforce aussi lattention en même temps
quil suggère, en masquant les corps, ce quil y a de plus impénétrable dans
les esprits.
La lenteur du rythme nest peut être quune apparence, contrebalancée en tout cas par létonnant dynamisme de la
mise en scène, qui se joue sur un tempo presque cinématographique. Joel Pommerat a
dailleurs beaucoup emprunté au genre : coupes abruptes et noirs, raccords
incongrus, flash-back, angles et contrechamps surprenants. Ajoutons quil ne renonce
ni à lhumour, tendrement ironique, ni au spectaculaire les scènes
traumatiques, notamment celles du matricide et dune représentation théâtrale
inversée, sont à cet égard très réussies. Dans ces conditions, la fluidité que la
troupe sait donner à la narration est une autre prouesse.
Dans le théâtre de Joel Pommerat, rien ne sexplique, rien ne se
résout vraiment. Ses personnages sexposent entre parole et silence, mémoire et
oubli, mouvement et inertie. Livrés aux caprices magnétiques de forces contradictoires,
ils laissent les mots, les émotions, les sens ouverts. Après la fin plutôt abrupte, le
public se questionne, les comédiens nosent répondre.
Le metteur en scène non plus. Il avoue quil sinterroge encore, quil
nen finira peut-être jamais. Cest encore ce questionnement, cette ouverture
qui font la force de cet univers étrange, à découvrir.

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« Aimer »
n’est pas un mot sûr…
Grand
Cahier au
Théâtre International de Langue Française.
Par Cyril Carret.
Une lumière blafarde
dessine les angles d’un grand cube gris, tandis qu’un violoncelle
fait écho au sourd résonnement d’un avion de guerre qui virevolte
au-dessus de nos têtes.
Fumée et pénombre créent une ambiance délétère sur le vain
tournoiement des sons et des volumes : la guerre est là qui
envahit notre espace et l’existence de Klaus
et Lukas, marionnettes fardées qui pointent le bout du nez pour nous
dévoiler le contenu de leur grand cahier où ils consignent leur vie.

Le Grand Cahier est
le premier volet d'une trilogie romanesque (La
Preuve [1988] et Le Troisième Mensonge [1991]), écrite en langue française par Agota
Kristof, née à Scikvàud, en Hongrie d'où elle s'est enfuie en
1956. À la manière du Simplicius
Simplicissimus de Grimmelshausen et de La
Mère Courage de Brecht, Le
Grand Cahier brosse, en une suite d'épisodes, un tableau
tranquillement horrible de la guerre et du totalitarisme vus à
travers les yeux naïfs de deux garçons. C'est, en outre, un véritable
roman d'apprentissage plein d'humour noir.
Les deux
jumeaux, réfugiés à la campagne chez leur grand-mère que tous
appellent "la Sorcière", découvrent la vie avec un mélange
de curiosité appliquée et de réalisme cynique.
Entre une cruauté et une insouciance propres à l'enfance, ils
tiennent un journal où ils relatent avec application leur quotidien,
leurs rencontres avec les adultes, et leurs étranges jeux de gosses
qui n'en sont déjà plus.
Leur
récit se fait l’écho fidèle d’une vie dénuée de passion où règne
l’adversité. À l’image du monde qui les entoure ne leur offrant
que misère, haine et désolation, et pour y résister, les
anti-gavroches bannissent l’affect de leur existence, se proposant
ainsi de se prémunir de la malveillance des adultes : « nous
ne voulons plus rougir ni trembler, nous voulons nous habituer aux
mots qui blessent. Nous nous installons à la table de la cuisine
l’un face à l’autre et, en nous regardant dans les yeux, nous
disons des mots de plus en plus atroces (…) Nous continuons ainsi
jusqu’à ce que les mots n’entrent plus dans notre cerveau,
n’entrent même plus dans nos oreilles. »
Les jumeaux se contraignent à décrire ce qui est, ce
qu’ils voient, ce qu’ils entendent, ce qu’ils font, guidés en
cela par une règle très simple : « la composition doit être
vraie ». Or, sur le cahier, comme dans la vie, le sentiment est
proscrit car « aimer n’est pas un mot sûr, il manque de précision
et d’objectivité (…) Les mots qui définissent les sentiments
sont très vagues ; il vaut mieux éviter leur emploi et
s’en tenir à la description des objets, des êtres humains et de
soi-même, c’est-à-dire à la description fidèle des faits ».
C’est ainsi qu’à l’image du cube tournoyant qui se déploie,
les deux « monstres » se livrent à nous en un sentiment
d’effroi impudique, étrange alchimie de compassion et de répulsion :
dans le cube et dans leur cœur il n’y a rien.
Cette absence
de concession au pathos est un des mérites, et non des moindres, du récit
d’Agota Kristof. Tout y est noir et terriblement réaliste.
L’adaptation d’Agnès Delbarre et la mise en scène de Laurent
Brabant en ont adopté le parti : le dépouillement du décor et
de la bande son, l’extrême économie d’effets mettent le texte en
avant. Celui-ci est magistralement servi par deux excellents acteurs
qui déploient une énergie à la mesure du feu pernicieux qui anime
les personnages.
Olivier
Brabant et Bruno Tuchser portent un texte admirable se démultipliant
à l’envi pour interpréter les différents personnages qui forment
une galerie de portraits tout droit sortis de Freaks.
Aucun répit, aucune porte de sortie ne s’offre au spectateur qui
s’embarque pour une fulgurante descente dans l’univers du cynisme
et de la misère humaine.

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Linsoutenable pesanteur de
lêtre
Treize étroites têtes au Théâtre Paris-Villette
Par Delphine Bailly
Treize
étroites têtes est une série de récits imbriqués les uns dans les autres, sans
rapports apparents au départ... Une prostituée cardiaque, deux frères apprentis
réalisateurs, deux surs à la recherche dune troisième, un fiancé indécis,
un frère schizophrène, un avocat corrompu
le tout orchestré avec subtilité et
intelligence par Joël Pommerat.

Mivianne est
malade, très malade.
Devant nos yeux, elle sépuise, se consume, séteint.
Ses ultimes forces tendues vers un point inaccessible désormais : sa vie. Où
plutôt le film de sa vie, projeté sur un écran où se déroule, senroule son
histoire de petite fille cardiaque qui devint prostituée quelques années après avoir
perdu lâme sur, son frère...Simon, ce frère adoré, omniprésent dont le
souvenir hante les corps et les esprits. Tel pourrait être en quelques mots le propos de
Treize étroites têtes. Mais la chose se complique lorsque que lon
sintéresse aux intentions qui animent son metteur en scène et auteur Joël
Pommerat : un homme en quête.
Et que cherche-t-il donc ?
Tout simplement la pièce idéale. Une pièce où lécriture serait subtilement
suspendue entre la clarté du dit et la délicatesse de lévoqué, convoquant ainsi
limaginaire... Treize étroites têtes fait partie de cette tentative, deuxième opus dun triptyque qui comporte
Pôles et Mon ami.
Jeu
intérieur, atmosphère pesante, la compagnie Louis Brouillard qui accompagne Pommerat
dans les affres de la création depuis de nombreuses années, a justement trouvé cette
tonalité exacte qui fait quelle se donne entièrement à lécriture atypique
et éreintante de son auteur jusquà lintime. A travers les corps, corps
étrangers, corps habités, surgissent les âmes, mises à nu, mises à vifs, mises à
mort. Cest précisément cette présence intérieure que Pommerat nomme létat
dêtre et qui est la pierre angulaire de sa recherche.
Dès les
premières minutes on sent tout le poids de ces personnages qui luttent désespérément
contre une histoire personnelle qui les enferme dans un présent qui les tue doucement.
Enchaînés par leurs quêtes communes et les déceptions qui en découlent, tous sont
esclaves de leur destin. Coincés entre une vie morne et une vie rêvée.
Et dans cet
univers biaisé, déformé (un jour de grève comme un jour détat durgence)
les personnages en perpétuelle correspondance semblent parfois se dissoudre pour ne faire
plus quun être, plus perdu encore, qui se poserait ces questions communes
Le traitement
haché, presque cinématographique, des séquences, installe limpression hypnotique
de la mise en scène, souveraine dans sa lenteur inéluctable qui prend le temps
dinstaller laction jusque dans ses retranchements les plus intimes
(frémissements, soupirs, silences) avec une précision mathématique.
Théâtre du
souffle que celui de Pommerat où règnent sans partage lintemporel et
lindéfini. La mise en espace et en lumière quant à elle, est crépusculaire et
sobre jusquà lascétisme, découpant les corps au couteau. Pauvres corps,
rongés par la maladie, le remords, la lâcheté, lenvie qui se traînent,
sattirent ou se repoussent sans cesse, symbolisé en cela par lutilisation
dun tapis roulant contre lequel se débattent les personnages marchant à contre
sens. Bruit et silence enfin. Bruit et rumeurs de la ville, métaphore des contradictions
humaines, oppressante et suffocante qui épuise Mivianne jusquà nous étourdir nous
même. Les hommes pourtant néchapperont pas a leur destinée
fatale comme la
vie même.
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Anglo-bidon.
Angloklaxons au Théâtre de l’Agora.
Par Cyril Carret
Dans
une ambiance de cabaret, entre un verre de vin et une bougie, le
spectateur assiste aux déboires drolatiques
d’une initiation désillusionnée. Avec la complicité d’un jeune
pianiste, Matthieu Elfassi et celle d’un public séduit, Phyllis
Roome chante et raconte, avec des textes de sa composition, sur des
airs de jazz, de tango, de variétés et de music-hall, les débuts
d’une ingénue venue s’essayer à la France.
Difficile
d’être une jeune débutante à Paris. Difficile aussi d’en faire
un spectacle : celui-ci commence dès le hall du Théâtre de
l’Agora d’Evry, quand Phyllis Roome vient annoncer que le pianiste
qui l’accompagne, introuvable, ne peut assurer sa partie. Que faire ?
Voilà que parmi les spectateurs, un jeune homme se propose de le
remplacer au pied levé. Ravie et soulagée, la comédienne-chanteuse
se hâte d’installer son complice d’un soir au piano et le public
sur de petites tables comme au cabaret. L’espace est plaisamment
dessiné. Quelques bougies disséminées, des serveurs cordiaux, du
vin et du thé : on s’assoit bientôt pour une heure et demie
du récit des déboires d’une jeune femme qui rêve en chansons du
bonheur à Paris. L’horizon d’attente est campé habilement au début
du spectacle dans une improvisation factice et donc dans l’espoir
d’une vraie fraîcheur mais très vite la déception s’installe.
Pire encore, l’ennui vient l’appuyer.
Après
une reprise de "Tea for two" qui réconcilie nos deux
compères, la jeune femme raconte l’arrivée à la Gare du Nord, le
métro, la chambre sordide dans le quartier Saint-michel et le travail
de secrétaire dans une petite entreprise de Marne la vallée où le
distributeur de boissons ne sert pas de thé, où les collègues de la
nigaude sont odieuses ou hystériques et où le patron la prend pour
maîtresse pendant que sa femme joue au bridge. La découverte extasiée
de l’amour dans les bras d’un PDG de PMI français rappelle ses leçons
d’éducation sexuelle à l’ingénue du temps de sa prime jeunesse
coincée et britannique. L’histoire est banale et son récit est
trivial voir complètement vulgaire. Phyllis Roome ne retient de
l’amour que les charentaises et de la vie conjugale que les «pets
sonores ». La France devient franchouillarde et les sommets sont
atteints lorsque telle une tigresse synthétique, la chanteuse grimpe
sur le piano en rugissant. Et Dieu dans tout ça ? Contre toute
attente, et bien que l’esprit ait déserté depuis longtemps la scène,
il intervient et l’on apprend qu’il est anglais, ce qui fait fuir
la comédienne dans les coulisses. Le pianiste, enfin seul, en profite
alors pour s’essayer, lunettes et casquette à l’appui, à
redonner une vie musicale à un spectacle depuis longtemps moribond.
La bonne volonté
et la bonne santé de Phillis Roome sont évidentes. Elle aime
chanter, mais sa voix dément ses ambitions ; elle aime se
raconter, mais la vie qu’elle nous narre n’a guère d’intérêt ;
elle aimerait bien qu’on l’aime, elle caresse les joues des femmes
et fait danser les hommes, mais ses velléités d’érotisme adultère
sur le fauteuil en similicuir de son patron nous laissent de marbre.
Si
le fond est superficiel, la forme l’est tout autant. Les textes,
quand ils ne sont pas empruntés au répertoire du music-hall, sont
d’une désolante platitude. Dépressive, elle nous chante « Partout
je traîne / Ma lourde chaîne », campant une arriviste âpre au
gain, elle nous assène que « Toujours fourmi, jamais cigale /
Un plat d’oseille, c’est un régal » et lorsqu’elle fait
le récit des déboires conjugaux, elle en rappelle la triste réalité
en disant que « On se supporte / On s’emporte / On claque la
porte ». Il faut bien reconnaître qu’il doit être difficile
de rendre poétique une réalité aussi prosaïque… Poncifs et lieux
communs guident le texte et l’aigreur et le dépit font naître des
aphorismes niais : « une femme est comme un sachet de thé,
on ne sait pas si elle est forte avant de la jeter dans l’eau
bouillante ».
Autant
dire que ce one-woman-show n’est que le spectacle attristant
d’une vie désolante que l’art ne vient pas transcender.
L’essentiel, c’est de croire en soi, affirme Phyllis Roome en
guise de profession de foi finale. Que Dieu, qui parle anglais, préserve
son vœu.
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Laurent Terzieff, Le fils Courage
Bertolt Brecht poète au Théâtre Molière-Maison de la
Poésie
Par Serge Latapy
Mettre en bouche et en espace une partie de
luvre poétique de Bertolt Brecht,
singulièrement méconnue en France cest lambition de Laurent Terzieff, acteur
altruiste et vampirique, qui porte à bout de bras lessentiel de cette performance.
Bertolt Brecht
nest pas seulement ce dramaturge incontournable, unanimement reconnu
mais finalement assez peu joué, en dépit de son statut dinventeur dun
nouveau théâtre et de son accession au
rayon des classiques-contemporains. Il est aussi lauteur dune vaste uvre
poétique, pour le coup quasiment méconnue en France. Le mérite de Laurent Terzieff est
de ressusciter ce verbe en donnant, en une quarantaine de courts extraits, un aperçu de
cette production multiforme. Mais sans doute, personne nétait plus qualifié pour
ce faire que cette figure emblématique du théâtre expérimental, bref que ce digne
héritier (entre autres prestigieuses filiations) du maître allemand quil a connu
et pour lequel il brûle dune flamme toujours ardente ceux qui se porteront
à la Maison de la poésie ne tarderont pas à sen apercevoir.
Des premières pièces de jeunesse à la
maturité de lauteur (1915-1944), le montage de Laurent Terzieff
fait ainsi
découvrir une uvre ludique ou plus sombre, surprenante. On se dit à lécoute
que Brecht a peut être conduit sa poésie comme son théâtre, habillant un propos
parfois complexe de mots toujours simples, faisant mine de respecter un art très
maîtrisé pour jouer de subtiles distorsions, détranges dissonances. De la
comptine à la chanson de marin, de lode au journal, on retrouve ce souci de mettre
la forme à distance, dancrer ses mots dans son temps, dans la noire réalité de
lexploitation universelle, lexil ou la guerre. On ressent la solitude de ce
perpétuel émigrant, dont lextrême lucidité se fait étrangement prophétique. On
découvre aussi, le long de ce qui peut sapparenter à un carnet de bord poétique,
un aspect plus intime de lhomme, cynique ou tendre, orgueilleux ou pudique,
pessimiste ou utopique.
La
mise en espace de Laurent Terzieff, sobrement classique, vise à coller au plus près au
texte. Le plateau et les corps de ses deux compagnons de route (Pascale de Boysson et
Philippe Laudenbach) sont plongés dans lobscurité, tandis quune poursuite
lumineuse se fixe sur les visages qui sappliquent, avec une relative économie de
moyens, à restituer la fluidité du langage. Le découpage des figures et leur projection
dans lespace suffit alors à rendre à lensemble une teinte plus expressive,
rehaussée parfois de quelques illustrations sonores, bruits de fond ou petites musiques
se mariant assez bien avec la musicalité de Brecht (du moins, telle quelle est
restituée dans la traduction utilisée, dont lauteur, curieusement, nest pas
nommé). Tout cela passe assez bien, même si on se dit que les deux partenaires du
metteur en scène, un peu trop monocordes, ne forcent pas trop leur talent, ni le
texte.
Reste Laurent Terzieff, superbe et
généreux, qui porte à bout de ses long bras ballants lessentiel de la
performance. Laurent Terzieff avec son visage en forme de manifeste expressionniste, son
souffle épique et sa présence, tellement envahissante quelle devient porteuse
dun sérieux effet de distanciation. Laurent Terzieff altruiste et vampirique,
revigorant et maladif, enthousiasmant et inquiétant, peut-être aussi timbré que sa
voix doutre-tombe. Laurent Terzieff rendant hommage à Bertolt Brecht, consacrant
cet auteur mythique et participant aussi, peut-être sans le vouloir, à sa propre
mythification.

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Tu veux une
taloche ? Non, je veux un frère...Ha Ha Ha !
Les frères Taloche au Théâtre Trévise
par Vladimir Mouveau
« Les frères
Taloche » est un spectacle comique doucereusement sympathique qui nous change des
têtes daffiche stéréotypées qui déferlent sur nos écrans de télévision. Deux
frères aux mimiques décapantes se livrent à un concert dabsurdités et de
loufoqueries dans le style baroque des débuts du cinéma

La salle est
archi-comble au théâtre Trévise. Deux comiques belges entrent sur scène avec un grand
matelas mis debout dans le sens de la hauteur. Tour à tour cachés par le matelas, ils
jouent comme sil ny avait quun seul comédien sur la scène, qui, seul,
essaye de manipuler lobjet, de le
mettre par-terre afin de sy endormir. Un bras passe derrière le matelas, prolongé
par le bras du second acteur caché, il donne limpression que celui qui se montre au
public, est joliment doté dun bras de quatre mètres de long. Cest en partie
ainsi que se présente le comique des frères Taloche
Ils emmènent le
public dans une série de calembours visuels, et lon assiste à un déroulement
immodéré de farces et deffets comiques autour de quiproquos physiques et
dobjets simples. Dun sifflet qui représente la roulette dun dentiste
flemmard à la passoire à frites en guise de protection pour escrimeur olympique
surentraîné, tout est sujet à moquerie et objet de drôlerie. Les sketches se
succèdent et le jeu des comédiens, appuyé de grimaces expressives à la Jim Carrey,
réveillent lappétit du public. Si la salle est un peu tendue au début, elle met
bien peu de temps à se réchauffer et à pousser des applaudissements sauvages. A mesure
que les histoires défilent, on se sent de plus en plus partie intégrante du spectacle et
de la famille Taloche elle même ; on a limpression dêtre le frère
cadet ou le troisième -les deux acteurs étant les extrêmes dune famille de quatre
enfants, laîné et le dernier, que neuf ans séparent- et quil nous faut
monter sur scène pour participer à lamusement !
Leur personnalité
est très différente lune de lautre. Le plus jeune est expressif, extrême,
grimaçant, plein de fougue et dinsouciance ; il est lélément comique
du spectacle, lexplosif de la « bombe ». Le second est plus posé, plus
ténébreux. Son comique est un comique de circonstance, desprit, un comique
critique, de second degré. Il joue un peu le rôle de détonateur du rire. Un peu comme Hardy
qui regarde Laurel et sapitoie de ses bêtises, le grand Taloche regarde son
petit frère et se demande ô grand dieu ce quil a fait au ciel pour avoir une
contrepartie aussi stupide et aussi loufoque. Le rire nen est que plus
dévastateur
Les Frères Taloche
est donc un spectacle quon ne manquera pas dapprécier et de ne pas
oublier-, vraiment fait pour tout public. Public extrêmement fin et trouvant sujet à
gausserie dans la nième déclinaison dun vers de Baudelaire, peut-être
sabstenir...

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Un cocu
peut en cacher un autre…
Doit-on le dire au Théâtre du Lucernaire
par Vladimir Mouveau
Une pièce où la force du quiproquo, où le mensonge et la
duperie s’entrechoquent de façon si intense qu’on se demande si
le spectacle d’Eugène Labiche, mis en scène par Benoît Lavigne,
ne va pas encore nous réorienter les neurones de manière irréversible.
C’est, comme d’habitude chez ce genre d’auteur, du grand art
dans l’organisation de la pagaille humaine.
Le décor est sobrement planté, quelques meubles ça et là,
un tapis et une lampe. Les acteurs entrent, à tour de rôle, sur les
planches. Un marquis, sa prétendante, un marié, sa femme, un assureur, un notaire, la bonne… tout le gratin d’un
vaudeville bien calibré s’installe au devant de la scène.
Un homme est cocu, un second l’est aussi ; certains
sont au courant, d’autres demeurent dans l’intimité des
partenaires. On assiste ainsi à un véritable déluge de confidences,
de fausses trahisons, de sous-entendus et de rumeurs. Doit-on le dire ?
Doit-on dire qu’un tel trompe un tel, qu’une telle s’est faite
en secret l’amante d’un tel, doit-on le dire, dont on le dire ?
« Bien sûr, qu’on doit le dire !!! »… sauf peut-être
quand celui à qui échoit la lourde tâche, celui-là même qui
s’en indigne, est l’heureux dindon de la farce...
C’est ainsi que se déploie le spectacle écrit par Eugène
Labiche. Poignant et léger à la fois, tout construit dans l’humour
et le comique de la situation, il ranime l’effet théâtral et la
puissance de l’intrigue sociale, de l’intrigue amoureuse. Des
billets doux se glissent de mains en mains, des fusils sont dégainés,
des moments de violence infernale succèdent à des moments de franche
courtoisie… C’est une véritable parade de petites affaires
humaines, de mondanités et d’arnaques fines à huis-clos que se
livrent les personnages.
Les acteurs sont talentueux. Ils tiennent merveilleusement le
rôle qui leur est assigné ; qu’il s’agisse du vieux marquis
aigri aux longues moustaches ou de la jeune mariée follement éprise
du commis de son mari, tous sont impeccablement définis et collent à
la peau de leur personnage. Sandrine Molaro, dans le rôle de Lucie,
la jeune épouse, est hilarante. Elle s’excite, pousse des cris de
fureur devant son amant pâmé et transcende son jeu et son hystérie
sexuelle de manière inouïe. Jean-Christophe Barc (Albert son amant)
est remarquable aussi.
L’humour est la composante essentielle de cette pièce. Il
y est distillé avec adresse et esprit. Le texte est recherché, fin,
ampoulé ; à la façon Labiche. Il donne dimension et charisme
au jeu des personnages. Les expressions provoquent le sourire aussi
« diantre, fichtre ! » toutes les injures de nos
grand-mères y passent… enfin de la mienne. Enfin de feu la
mienne… enfin feu les insultes de feu ma grand-mère. Enfin… ma
grand-mère au feu, quoi.
Doit-on le dire est donc une pièce excellente qui ne
manquera pas de trouver son public. Elle est à conseiller à tous.

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Le personnage non réalisé
Le Silence de Molière à l’Atalante
Par Eva Héliard
Une femme blessée
se raconte sans fard. Un rendez-vous raté avec le père gâche les
plus belles années d’une existence.
Importe-t-il vraiment de savoir que ce père s’appelait Molière
quand la vie se confond avec le théâtre ?

Tout est calme.
Tout est bleu.
Le tapis d’abord : immense et épais comme pour mieux étouffer les
pleurs et les rires, toutes ces manifestations bruyantes du désordre
de la vie. Turquoise, la chaise sur laquelle Esprit-Madeleine va
s’asseoir pour commencer sa confession. Bleu chiné, l’écharpe
qui dissimule sa gorge laiteuse et bleu acier, ses yeux de vieille
petite fille, survivant en apnée dans une maison de poupée.
Tout est silence chez
cette femme lucide qui mène une vie de religieuse sans l’être.
L’irruption dans
cette pièce d’un jeune auteur dramatique, fou de Molière, lui
offre enfin une chance d’expirer son secret.
Tante
Madeleine, Louis, Mademoiselle Hervé, Armande et les autres, c’est
la communauté de comédiens dans laquelle Esprit-Madeleine est élevée,
au milieu des cris et des larmes, feints et réels. Le personnage
central de cette famille d’opérette, le gourou et le père n’est
autre que Molière. Un quadragénaire inspiré qui écrit, joue et
donne compulsivement des œuvres géniales telles «les femmes
savantes », «le Misanthrope », «le Médecin malgré lui »….
Un Molière affecté par les deuils (son fils aîné, Madeleine Béjart)
qui s’épuise cinq années durant pour imposer son Tartuffe, et
s’expose lui et les siens aux diatribes des courtisans.
« Les enfants
n’oublient pas » nous confie sa fille. Esprit-Madeleine,
spectatrice de la vie de son père assiste à ses dernières années.
Elle le voit, impitoyable, ridiculiser ou magnifier les personnages de
son propre entourage,. Sa vie se confond avec le théâtre ;
sa mère tantôt Madame Jourdain, tantôt Philaminthe, divertit «la
race ignoble des spectateurs de Comédie ». Ces personnages de
famille en débâcle provoque l’ignominie du rire et la petite a le
sentiment qu’on lui vole son enfance.
Doucement,
Chantal Mutel, magnifique comédienne tout en économie, range ses
gestes étriqués et ses regards peureux. Elle sort de sa boîte et
reprend vie sous nos yeux. Dans la salle, les spectateurs accompagnent
silencieusement et sincèrement les douleurs que provoque cette
confession publique.
Le point d’orgue de ce rendez-vous manqué entre père et fille est
«l’épisode du Malade imaginaire ».
Molière, qui se sait
très malade, écrit le rôle de Louison pour Esprit-Madeleine. Elle a
huit ans.Veut-il lui transmettre le goût de la scène ou partager un
de ces derniers moments de bonheur avec elle ?
Elle ne le saura jamais. Elle refuse de jouer, mutique. Elle ne veut
pas être une héroïne de Comédie et refuse de participer au
simulacre de sa vie que singe si cruellement le Théâtre de son père.
C’est un échec du père et de l’homme de Théâtre ; incompréhension
ultime dont elle ne se remettra jamais. Il meurt en scène… à la
quatrième représentation de la pièce.
L’exposition des
gens célèbre et de leur famille au jugement public est aussi
terrible au XVII ème siècle qu’aujourd’hui. C’est la douleur,
le rejet de la maison «qui n’est pas un refuge », les lettres
diffamatoires sur l’origine et les mœurs de sa mère, la fuite au
couvent…. Le personnage non réalisé n’arrive pas à vivre sa
vie. Elle pense qu’en se sacrifiant, elle brisera la malédiction de
la famille.
Les interrogations
d’Esprit-Madeleine sont touchantes parce que ce sont les nôtres.
Devant nous, elle fait le deuil de ses origines et n’est-ce pas un
des grands buts de nos existences ?
L’auteur, interprété
par François Noury très sobre, nous a rejoint dans les gradins et
nous apprend que, suite à cette confession, la fille de Molière
s’est mariée et a commencé sa vie.
En l’espace de
quelques instants magiques, l’Atalante s’est transformé en
matrice dans l’intimité d’une conversation à deux voix. Et
d’ailleurs, du théâtre sans en avoir l’air, n’est-ce pas ce
qui convenait le mieux à la fille de Molière ?
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Fantaisie en couleur
The importance of being Earnest au Théâtre de Ménilmontant
Par Samuel Martinez.
La compagnie ACT présente
depuis dix -neuf ans du théâtre anglophone en France, en version originale
s'il vous plait. Elle tente de concilier qualité artistique et accessibilité à un
public jeune, souvent scolarisé, pas toujours habitué à l'expression théâtrale et à
la langue anglaise. La lisibilité de la mise en scène d'Andrew Wilson le
« director » rendent effectivement Oscar Wilde accessible.
Chaque année les spectacles sont créés au théâtre des Trois Vallées à Palaiseau
puis joués à Paris au théâtre de Ménilmontant avant de partir en tournée en
province. La compagnie va plus loin encore en proposant aux professeurs et à leurs
élèves des "drama workshops", ateliers animés par les comédiens afin que
cette expérience théâtrale fasse partie d' un projet pédagogique.
De jeunes comédiens sont recrutés à Londres chaque année lors d'auditions et
rejoignent les « habitués » qui ont décidé de poursuivre leur carrière en
France !
Sur la scène du théâtre de
Ménilmontant est posé un énorme "Rubiscube", un rythme groovy se fait
entendre et deux personnages s'installent en dansant: la plus célèbre pièce d'Oscar
Wilde The Importance of being Earnest vient de commencer. Andrew Wilson rapporte que lors
de la première à Londres en 1895, un des comédiens déclara qu'en cinquante trois ans
de carrière il n'avait jamais connu de succès comparable à cette soirée. Il s'agit
d'une comédie légère et fantaisiste deux garçons veulent épouser deux jeunes filles
de la bonne société anglaise victorienne.
On pense à Labiche pour la vivacité des dialogues, l'enchaînement des
quiproquos et des situations absurdes.
Andrew Wilson a opéré un dépoussiérage remarquable de cette oeuvre en
s'éloignant de l'austère univers victorien pour créer un monde de fantaisie. Les cubes
colorés se font et se défont au rythme des caprices des personnages: tour à tour tables
à thé, chaises, ou praticables pour leurs danses de séduction. Un comédien s'inscrit
pourtant dans la pure tradition de la farce britannique en interprétant Lady Bracknell la
tante acariâtre d' Ernest le héros, et deux autres personnages, triple performance. La
pièce est rythmée par des illustrations musicales modernes de très bon goût, commises
par le compositeur attitré de la troupe Darko Rundek. D'origine croate, cest une
véritable star du rock en son pays, ce qui me va droit au cur.
Avant le début du spectacle Mr Wilson
nous a invité à éteindre nos téléphones portables bien sûr et à venir discuter avec
les comédiens « qui n'ont jamais mangé personne » ceci dès le baisser
de rideau. Voilà qui exprime bien la gentillesse et la générosité de cette
troupe. Cette pièce sera rejouée les 15, 16 et 26 Mars 2001 au théâtre de
Ménilmontant. Nous leur souhaitons de plus grandes salles et des programmations
régulières grand public.
Messieurs les directeurs de théâtre un
peu d'audace !

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De la chair en enfer
Huis clos au Théâtre Marigny
par Eleonore Van den Bogart
Au lever de rideau, un salon bourgeois, sobre, calme,
velouté. Lhomme qui vient briser la sérénité du lieu est agité, nerveux, à tel
point quon se demande si le comédien ne supplante pas quelque peu le personnage.
Garçin (François Marthouret) est le premier à franchir le seuil. Il a conscience de son
état, il en a peur. Lagitation qui lanime nous induit en erreur.
Cet homme là nest pas mort, il ne peut être mort !
Après un court instant, on saperçoit alors, que la sobriété de la mise en scène
de Robert Hossein, exquise, délicate, sert en tout point le texte de Sartre. Les
faiblesses de lHomme, nont pas besoin dartifices pour éclater au grand
jour.
Quels drames ont-ils commis pour en arriver là ?
Un homme, deux femmes, trois personnalités admirablement dessinées. Seule
Claire Nebout
dans le rôle dInes, lesbienne maîtresse femme, a tendance à en rajouter. Un
personnage typé sur un physique naturellement typé suffirait amplement. Il est dommage
quelle sabandonne à ce " jeu pléonasme ".
Un portier livide, glaciale, implacable, (Yves le Moign) dresse le tableau : tout
est simple, beaucoup plus simple quon ne limagine.
Chacun de ces damnés se retrouve face à face et pourtant seul chacun, derrière son
propre mensonge. Les jeux sont en demi-teintes, de vraies fausses émotions cachant
quelques vraies faiblesses humaines. Montre-moi tes yeux, que je lise ton
âme
Lattaquant attaqué se protège, puis attaque à nouveau qui par ses
charmes, qui par ses armes
Nous tombons tous dans le piège de la conscience des
autres. Le rythme est soutenu, comme un nerf bandé, comme une peur, à vif, soutenu comme
la vie faite de chair et de sang.
Parce quil sagit bien de vie.
Claire Borota excelle dans ce personnage minaudant,
charmeur, prête à tout pour un peu damour. Une Estelle légère, qui
senivrait de superficialité sans peser le poids des conséquences. Elle nous touche
et nous révulse tour à tour. Dans ce nouveau domaine, au delà de la mort, pas de
miroirs (pauvre Estelle), pas de fenêtres, pas de lit puisque ici on ne dort pas.
On jouit à létat brut ou on faiblit à jamais. Dans
cet espace clos, sans issus, sans espoir, nos trois personnages porteront éternellement
tout le poids de leur peine et lauteur de la Nausée de dire
" Lenfer cest les autres ", point sur lequel Robert
Hossein nhésitera pas dappuyer.
Une bande audio de Sartre pour tout argument introductif nous place, nous, spectateur, en
position dobservateur. Notre jugement brutal vient alors se rajouter à ce jugement
dernier, il sabat irréversiblement, à notre insu, sur nos trois protagonistes.
Cette interactivité continue vient sinscrire dans lintemporalité de
luvre, comme une touche supplémentaire.
Le schéma fonctionne à merveille, et lon
simplique... et lon finit par juger.
Robert Hossein agit en amoureux de la langue et dans le plus grand respect de
lauteur à tel point que ce nest plus le Huis-Clos de Hossein auquel nous
assistons mais bien à celui de Sartre.
Il nest quun intermédiaire, nous ne sommes tous finalement que des
intermédiaires.
Le metteur en scène et les acteurs nous lient ainsi à leur cause. Nous avançons avec
eux, main dans la main, jusquaux derniers mots que lon aimerait bien
pour une fois prendre au mot.
-" Eh bien continuons
"

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Une
étoile filante à Paris
Lair de Paris à lEspace Pierre Cardin
Par Diane Valemblois.
Une étoile passe, et laisse
derrière elle, une légère traînée de poussière d'or. Cette comédie musicale,
créée par le danseur étoile Patrick Dupont, fait revivre la ville de Paris.

Un petit air de Paris
rajeunit un public ravi d'entendre les airs d'antan et daccordéon. Des
chansons nouvelles y côtoient des airs plus connus mais la moindre rengaine donne envie
de fredonner. Les spectateurs conquis, se retiennent de chanter mais préfèrent laisser
les chanteurs continuer de les séduire.
Ce spectacle rappelle les revues qui ont fait la notoriété du grand Paris.
Chaque personnage correspond à monsieur ou madame Tout-le-monde. Ils ont tous un air
d'enfants de Paname avec une voix entraînante encore frémissante de passion.
Il y a Marie, incarnée par Manon Landowski, qui après avoir refusé de se marier,
vole vers la Capitale. Elle y rencontre, dans un décor illuminé "le bel
inconnu", qui n'est autre que Patrick Dupont. Cet étranger, attiré par Marie,
désire lui faire découvrir et aimer la capitale. Il va lui vanter les charmes de la
ville aux mille lumières, aidé de sa troupe d'artistes et de musiciens. Ils incarnent
des personnages tous différents. Tout dabord, Solange, la mémoire de Paris avec
son fils l'acrobate devenu peintre. On découvre plus tard "le mac de Pigalle"
avec "sa poule" très belle, qui se prostitue par amour.

Bien assis dans les fauteuils du
théâtre, le spectateur se promène sur les ponts et les grandes places de Paris. Le
danseur étoile, tel un magicien, va émerveiller de quelques jeux de jambes, et Marie et
le public.
Chaque petit pas, la moindre des arabesques ou entrechats du danseur, laissent rêveur.
Dupont fait tout à la perfection. Marie, grâce à son amoureux va être conquise par
Paris.
Un amant, elle en trouvera un, car selon les bonnes lois du genre, elle va tomber sous le
charme de létoile au complet blanc. Ce dernier réalise ainsi l'éloge symbolique
de la pureté, de la beauté de Paris et de ses trésors. Voilà un pari bien gagné pour
cette petite troupe.
Les admirateurs et les amoureux de l'étoile Patrick Dupont, habitués à le voir
éclairé la scène de ses sublimes pas, seront sans doute déçus de ce mélange d'arts
populaires parisiens. Mais du vrai spectacle il y en a, et de la danse aussi. Seulement,
il faut accepter d'aller voir une comédie musicale, héritière des "music
Halls" anglo-saxons. C'est l'intersection de trois disciplines :chant, danse et
comédie qui composent la chair de la revue.
Ici il faut oublier les ballets
classiques et l'Opéra. Aujourd'hui, vous allez
découvrir un créateur et un interprète protéiforme qui prouve qu'il a de multiples
talents. Ainsi, il fait connaître d'autres étoiles de sa galaxie, telle que Manon
Landowski.

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Jacques Villeret est souffrant.
Jeffrey Bernard est souffrant au Théâtre
Par Christine Dufreynois.
Il faut voir
Jacques Villeret dans « Jeffrey Bernard est souffrant ».
Il ny a rien de regrettable, même si le moment passé au théâtre Fontaine ne
correspond en rien aux attentes du spectateur.
Les
quelques personnes arrivés en avance, ont dabord eu la chance dentrevoir le
grand acteur, connu et aimé de tous, dans le hall du théâtre. Il paraissait un peu
perdu, il avait lair de chercher quelquun. Il semblait vouloir dialoguer avec
son audience, une personne au hasard, établir
un contact. Évidement les quelques spectateurs présents semblaient très surpris et
quelque peu intimidés.
Soudain, un homme lattrape par le bras et le
fait entrer quasiment de force dans les coulisses. Les
mauvais pressentiments alentours, furent vite dissipés par larrivée massive des
retardataires, les uns très chics, les autres très affairés, le tout couronné de
quelques personnalité du Show Business.
La salle était
effectivement comble ce soir là et tout le monde semblait heureux dêtre là. Au
bout dun vingtaine de minutes de brouhaha incohérent ponctué de rires dispersés,
quelques timides applaudissements appelèrent la pièce.
Le rideau
souvre alors sur un magnifique pub anglais.
Le bar est rempli
de tous les alcools désirables, le mobilier en bois très British, nous invite à
monter sur scène afin de boire un verre dans cette intimité si chaleureuse. On comprend
quil est cinq heure du matin et que le bar est fermé. Une femme parle toute seule,
un homme est vautré par terre. Celle qui sest présentée rapidement comme la muse
de Jeffrey Bernard, disparaît. Jacques Villeret se lève alors, péniblement et éructe
lalcool quil a bu
Il sest empiffré le bougre derrière son
rideau !
Difficile de savoir
sil sagit réellement dun rôle de composition. Jeffrey trébuche, se
retient aux tables, marmonne, perd le fil, il a lair mal en point.
Le plus
frappant reste à venir : ce lien que
Jacques Villeret établi avec nous, le public. Depuis ses premiers balbutiements, il
na cessé de nous fixer, avec ce regard tendre danimal en détresse,
savançant sur la scène, avec un air coupable, comme sil nous demandait :
-« Faut-it vraiment que je joue le jeu avec vous ? ».
Lors de ces multiples trous de mémoire, le public
touché et solidaire a bien essayé de laider en proposant certaines solutions
Il était impossible de savoir sil
sagissait dune mise en scène ou si lacteur était réellement en train
de défaillir.
Etait-il normal de
répéter quatre ou cinq fois la même phrase, de chercher ses mots sans arrêt ?
Nous le soutenions tous psychologiquement, | |