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Le rideau ou le voile
d'Ulysse
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Pourquoi
un rideau ? Dévoilement et sacré Pour une apologie du rideau ? |
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La question n’est pas ici de discuter ces partis pris esthétiques et politiques ni de remettre en cause les mises en scène géniales qu’ils ont fait naître. Il s’agit bien plutôt d’interroger celle de la systématisation indiscutée et souvent injustifiée de tels procédés qui à force de mécanisme perdent le caractère révolutionnaire qu’ils pouvaient avoir à l’origine. Si la réaction est l’éternel retour des mêmes habitudes frileuses, il est à parier que l’entreprise de dévoilement systématique participe de cette modernité réactionnaire qui est la nôtre, d’autant qu’elle a souvent oublié les fondements intellectuels et idéologiques qui la portaient à l’origine. Lorsque la remise en cause devient classique, elle devient aussi, par le jeu de l’habitude et de la récupération, le moyen de justification d’une idéologie tout aussi asservissante que celle contre laquelle elle s’était d’abord révoltée. Pourquoi la société contemporaine supporte-t-elle alors si aisément la disparition du rideau ? Que symbolise, finalement, cette disparition ? Spectacle et société du spectacle Oter le rideau entre la scène et la salle conduit à poser la continuité entre ces deux espaces, autrement dit abolir non pas tant la scission entre le réel et sa représentation que la séparation entre le monde et son spectacle. La société du spectacle qu’est devenu notre monde a rendu caduque la nécessité de montrer le spectacle dans la mesure où celui-ci est devenu omniprésent. Le spectacle dont il est question ici ne doit pas seulement être compris comme ensemble d’images mais, ainsi que le définit Guy Debord, comme « un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images. »[1]. Le spectacle qui définit ainsi la société moderne ne renvoie pas seulement à la grande quantité d’images diffusées et à l’installation de la société dans l’univers virtuel dont les médias constituent la chambre d’échos. Debord affirme que ce spectacle est avant tout « une Weltanschauung devenue effective, matériellement traduite […] une vision du monde qui s’est objectivée »[2]. La société moderne en faisant de l’individu un spectateur, lui dénie du même coup le statut d’acteur : la passivité remplace la possibilité de la transformation sociale et toute entreprise révolutionnaire devient interdite du fait de l’immobilité des acteurs sociaux. La société du spectacle est une société figée qui n’autorise qu’un seul rapport au monde : la contemplation stérile et dévoyée. « L’aliénation du spectateur au profit de l’objet contemplé (qui est le résultat de sa propre activité inconsciente) s’exprime ainsi : plus il contemple, moins il vit ; plus il accepte de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir. L’extériorité du spectacle par rapport à l’homme agissant apparaît en ce que ses propres gestes ne sont plus à lui, mais à un autre qui les lui représente. C’est pourquoi le spectateur ne se sent chez lui nulle part, car le spectacle est partout. »[3]. La culture devient dès lors incapable de penser la possibilité d’une réflexion pragmatique du monde et elle finit par se supprimer elle-même. Incapable d’effets, elle n’est plus que le moyen d’entériner la démission politique. A cet égard, Feuerbach avait déjà noté le renversement des valeurs qu’inaugure le monde moderne. Guy Debord le cite en exergue de La Société du spectacle : « Et sans doute notre temps […] préfère l’image à la chose, la copie à l’original, la représentation à la réalité, l’apparence à l’être […] Ce qui est sacré pour lui, ce n’est que l’illusion, mais ce qui est profane, c’est la vérité. Mieux, le sacré grandit à ses yeux à mesure que décroît la vérité et que l’illusion croît, si bien que le comble de l’illusion est aussi pour lui le comble du sacré. »[4]. |
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