Le boudoir se fait l'écho
de l'actualité du monde du spectacle,
des débats,
des lectures
et des événements
autour du théâtre
.

La saga du théâtre et des nouvelles technologies

Par Sabrina Weldman

 

Spectateurs stimulés

Vous avez dit danger ?

Le statut de l'image

Le face à face de la technique et de l'acteur

Spectateurs stimulés

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour Béatrice Picon-Vallin, les meilleures réalisations émanent en fait de créateurs qui ont réfléchi sur la tradition et qui ont une grande pratique du théâtre derrière eux.
Ils ont compris que l'image ne doit pas prendre trop de place et qu'il est important qu'ils en gardent la maîtrise. " C'est un dispositif qu'il faut construire de manière consciente. Un dispositif qui va permettre d'instaurer la relation de l'image et de l'acteur dans le regard du spectateur. "

Toute création un tant soit peu complexe demande au spectateur de se frayer sa propre voie à l'intérieur des divers matériaux qui lui sont proposés.
 Une mise en scène riche ne lui permettra pas de tout capter : il verra certaines choses, d'autre part; il fera un montage personnel et façonnera son propre spectacle.
Les nouvelles technologies, parce qu'elles contribuent à multiplier les points de vue, vont amplifier l'implication active du spectateur jusqu'à parfois le rendre lui-même participant-acteur d'une réalisation.
Telle était la proposition faite par Clyde Chabot lors du festival Etrange Cargo qui s'est tenu à la Ménagerie de Verre et qui était consacré au théâtre expérimental et aux nouvelles technologies.

ll serait faux de dire que Clyde Chabot conviait le public à une mise en scène : elle l'invitait plutôt à s'investir dans une proposition, un "ensemble" qu'elle numérotait et datait et qui, de soir en soir, prenait une tournure différente en fonction des spectateurs.
A la base de ce projet, Hamlet-Machine de Heiner Müller : une relecture de Shakespeare par l'auteur allemand qui, relate la jeune metteur en scène, jette Hamlet dans un monde marchand et médiatique, sans repères et sans utopie. Fuyant toute expérience collective, il se réfugie devant des écrans et cherche à devenir une machine sans douleur ni pensée jusqu'à ce que …

Voir un extrait du spectacle Hamlet-machine

Dans le dispositif qu'elle a imaginé, la machine devient l'outil qui permet de révéler l'humain (l'intérêt du projet réside d'ailleurs davantage dans la proposition -une belle incitation à l'action- que dans la réalisation : partiellement imputable aux spectateurs, celle-ci n'évite pas l'écueil des clichés).
Car les spectateurs, de plain-pied avec les acteurs, étaient invités à circuler et à s'emparer de la caméra disponible pour injecter dans cet événement leur regard, mué en images aussitôt projetées; pour modeler, derrière une table munie de deux micros et de matériaux de bruitage, l'univers sonore que l'écriture de Müller faisait affleurer en eux; pour taper leurs propres mots sur un ordinateur, paroles personnelles écrites en réaction au texte, aussitôt déroulées sur l'écran du mur par un vidéo-projecteur et soudainement happées par la bouche d'un acteur, constamment amené à improviser.

"J'aime déplacer les règles de base " déclare Clyde Chabot. " Beaucoup de choses semblent naturelles alors qu'elles sont culturelles. J'ai essayé de mettre en place ici des structures qui permettent de faire émerger l'altérité. D'être à l'écoute de l'autre. Ce projet permet des prises de parole individuelles dont la réception est collective. S'en dégagent un micro-collectif et des micro-engagements, comme à la fin de la pièce de Müller où, après la crise d'identité, refont surface des désirs cachés. " … Ou comment utiliser les techniques actuelles au théâtre à des fins de sensibilisation politique et de responsabilisation du public !

voir l'interview de Clyde Chabot

 

 

" Les nouvelles technologies ouvrent donc des champs d'exploration pour une dramaturgie contemporaine " conclut Béatrice Picon-Vallin. " Il me semble qu'on sort enfin d'une dramaturgie trop intimiste, trop réaliste pour s'intéresser de façon plus large à notre civilisation. Une civilisation en crise. Il est temps que le théâtre soulève les questions que cela pose ". Le théâtre a un rôle à jouer dans la société. On l'a vu, loin de l'en détourner, les nouvelles technologies, bien utilisées, l'y ramènent : par leur capacité à multiplier les angles d'approche d'un sujet, à le mettre en perspective, à développer une écriture polyphonique, elles injectent de la complexité dans une époque où domine la simplification médiatique et avivent, à l'intérieur du spectateur, la conscience critique.

Page précédente