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Attention, danger !
Beaucoup de gens de théâtre
cultivent cet état d'esprit : l'utilisation des nouvelles techniques de
l'image et du son, parce qu'elles flirtent avec la réalité virtuelle qui
menace aujourd'hui notre société, dévoieraient l'art du théâtre, cet
art humain par excellence, inscrit dans la réalité, qui met en présence,
dans un espace délimité, des acteurs et des spectateurs en chair et en
os.
A notre époque surmédiatisée, le
théâtre deviendrait un îlot de résistance.
L'argument est discutable :
il détient une part de vérité.
Le hic est que le problème est mal posé.
Dire que le théâtre se doit de résister aux techniques et aux images
est une aberration : toute son histoire prouve le contraire.
Au gré des progrès, le spectacle
vivant s'est systématiquement emparé des nouvelles inventions
techniques, qu'elles soient mécaniques, électriques, filmiques ou,
maintenant, électroniques, et les a intégrées à son usage.
Le phénomène a été criant au 20ème siècle
avec l'invention du cinéma mais il est bien plus ancien. C'est par
exemple la découverte de la perspective qui a permis la construction de
la scène à l'italienne.
Dans les années 20, de grands
metteurs en scène comme le russe Vsevolod Meyerhold et l'allemand Erwin
Piscator, véritables innovateurs, ont multiplié les écrans sur le
plateau et participé à ce rêve d'un art total qui a hanté tout le 20ème
siècle.
De nos jours, la technologie a tellement évolué,
est tellement légère -l'appareillage actuel n'a plus rien à voir avec
les lourdes caméras d'antan …- qu'elle est devenue extrêmement
maniable et permet une intégration aisée de l'image et du son au théâtre.
Comme le disait Meyerhold, " en théâtre,
il n'y a pas de techniques interdites, il n'existe que des techniques mal
utilisées ou utilisées à contretemps ".
Le directeur des Festival Exit de Créteil
et Via de Maubeuge, Didier Fusillier, l'un des premiers à
programmer en France des spectacles investis par les nouvelles
technologies, ne peut qu'être d'accord avec cette assertion.
Renvoyer dos à dos le théâtre et les techniques n'a effectivement aucun
sens.
La vraie question réside dans
l'utilisation qui en est faite. Nombre de créateurs s'en emparent parce
que c'est la mode, oubliant que des images matraquées à tort et à
travers, sans réflexion particulière, induisent un effet hypnotique,
comme la télévision.
Ou que des images purement illustratives ou encore très léchées,
strictement esthétiques, n'apportent rien d'autre qu'une creuse gratuité.
L'image induite par les nouvelles
techniques n'acquiert une pertinence qu'à condition de transformer ce qui
se déroule sur scène et de modifier la perception du spectateur :
lorsqu'elle déplace les points de vue et remet en question la représentation.
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