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Débats

Quelles cultures  aujourd'hui ?
Le TNT de Bordeaux lance un pavé dans la mare...

(Lire l'article)

Les Molières 2001 et la situation du théâtre en France. Une lettre a été envoyée à Madame TASCA : alerte, mise en lumière des problèmes, solutions ... La tribune est ouverte.
(Lire la lettre):
Avis
Les Chiffres
L'hermétisme du théâtre
Le retour aux auteurs de théâtre vivants
Sans auteurs d'aujourd'hui pas de renouveau du théâtre
Directeurs de théâtre: coupables d'hypocrisie !
Qui posent problème ?
Pourquoi les théâtres sont-ils grandement déficitaires ?
Les derniers coups de jeunes du théâtre
Les Solutions
En Conclusion

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Quelles cultures ?
Passant Ordinaire / TNT
- Bordeaux

 

ART / INSTITUTION

S'il est une question qui a été maintes fois posée, débattue, analysée, c'est bien celle du rapport entre l'art et le pouvoir. En France, notamment, elle reparaît régulièrement, et il faut s'en féliciter : c'est que tout n'est pas perdu, c'est que, dans notre pays, le débat sur le service public a encore sa raison d'être et que, il faut le croire, nos dirigeants n'ont pas totalement abdiqué leur rôle. De fait, cinquante ans de décentralisation culturelle sous l'impulsion de l'état ont particulièrement balisé le terrain, notamment dans le domaine des arts du spectacle. En vagues successives, un maillage étroit du territoire a été tissé, relayé par les collectivités locales, pour offrir un paysage unique et d'une richesse inégalée. Vue d'avion, la situation semble idyllique, et de fait le travail réalisé en terme d'aménagement du territoire est impressionnant. La réalité est cependant moins séduisante.

Les établissements issus de la décentralisation sont devenus des institutions sclérosées, figées dans des postures et des fonctionnements archaïques, fermées à toute forme d'évolution, à toute tentative de remise en question. Une institution, selon l'acception, spécifique au vingtième siècle, proposée par le Robert Historique de la Langue Française est une "structure organisée qui préserve l'ordre social". Les institutions culturelles n'échappent pas à cette définition. Ce qui devait être le fer de lance d'une politique artistique et culturelle audacieuse et innovante est aujourd'hui le foyer de la culture bourgeoise la plus conservatrice. Il n'est qu'à jeter un regard sur nos plateaux de théâtre esthétisants, bien pensants et consensuels pour nous en convaincre, il n'est qu'à observer comment les artistes eux-mêmes, piégés par la lourdeur des productions et le pression médiatique se changent en faiseurs d'¦oeuvres jolies et insipides, il n'est qu'à se pencher sur les chiffres des différentes enquêtes sur les pratiques culturelles des Français, produites régulièrement par le Ministère depuis 1973, pour constater l'échec de la démocratisation culturelle.

Le problème ne concerne pas uniquement le microcosme artistique et les "professionnels de la profession". Posons nous une nouvelle fois la question de la fonction de l'art et nous ne pouvons que constater que ce qui nous est proposé, sous couvert de culture, en est loin. L'art s'exerce dans l'espace public, dans la relation avec la cité et les populations, et parce qu'il donne à lire le monde par les moyens du visible et du sensible, il est forcément politique, parce qu'il agit sur le symbolique, il concerne chacun, y compris ceux qui ne fréquentent pas les établissements culturels. Or, la question de l'art aujourd'hui ne s'articule qu'autour de deux problématiques : le rapport marchand et la légitimation institutionnelle par des experts.

Prenons l'exemple du théâtre. Ce qui est demandé d'abord aux compagnies de théâtre, c'est de tourner, c'est à dire de vendre. C'est la seule valeur marchande du produit qui est aujourd'hui considérée , alors que les pouvoirs publics, et principalement l'Etat, devrait en premier chef prendre en compte la valeur artistique et les qualités d'innovation et d'expérimentation des productions. A cet égard, la problématique est très proche de celle de la recherche scientifique. Quant aux "experts", ce sont surtout des leaders d'opinion, intervenant soit dans les quelques médias nationaux "qui comptent", soit à la tête des institutions en question.

Ces établissements sont chaque année plus soutenus et financés parfois de façon démesurée. Ceci est significatif  de la position des collectivités publiques face aux enjeux sociaux, culturels et politiques de l'art  :  il s'agit de conforter les institutions culturelles, au risque de laisser de côté tout de qui relève des ailleurs, de l'émergence, de l'expérimentation, des initiatives nouvelles. Ceux ci, bien entendu, tournent peu, ou pas, car justement, leurs productions ne sont pas commerciales et donc difficilement vendables à des directeurs de structures qui ne pensent qu'en terme de remplissage de salle. Est-ce pour cela, est-ce parce que ces oeuvres n'entrent pas dans le format, le modèle dominant, qu'elles ne doivent pas exister ? Bien au contraire, le rôle des pouvoirs publics serait plutôt de soutenir ceux qui prennent des risques, ceux qui s'engagent, ceux qui défrichent.

C'est bien à cet endroit que la culture rejoint le politique. Les choses sont complexes, et difficiles à admettre pour qui détient le pouvoir. Pour simplifier à l'extrême, on demande aux politiques de soutenir et de financer celui qui a pour fonction de les interpeller, de les mettre en crise, voire de saper les fondements du pouvoir, de leur pouvoir. On comprend qu'ils y rechignent. L'incompréhension est profonde, et la défiance réelle. Il est bien plus rassurant pour des élus de financer des institutions qui, selon l'acception, spécifique au vingtième siècle, proposée par le Robert Historique de la Langue Française sont les "structures organisées qui préservent l'ordre social". C'est une façon de circonscrire le problème sans risque, et en gardant bonne conscience.  Car comment interpréter le fait que, malgré tout, le pouvoir, non seulement national, mais peut-être surtout local, se préoccupe tant de culture ? C'est que les enjeux en terme d'image, et surtout de symbolique, sont énormes. Il faut donc occuper ce champ et le contrôler. Le seul exemple de la Ville de Bordeaux est significatif : elle consacre 20 % de son budget, soit 340 millions de francs annuels, à la culture. Mais seulement un pour cent de cette somme est attribué aux artistes, compagnies, associations indépendantes, lieux de proximité, initiatives émergentes. Si cette disproportion ne se retrouve pas de façon aussi criante dans les autres collectivités, la problématique n'en reste pas moins la même.

A côté de cela, partout, en France comme en Europe, dans les périphéries urbaines comme en milieu rural, naissent aujourd'hui des projets qui mettent en oeuvre des idées originales et des pratiques inédites. Dans ces lieux se pensent et s'expérimentent des rapports renouvelés entre les individus, les collectivités, les artistes. Dans ces lieux se réinvente la relation entre les artistes et la cité, parce qu'il est nécessaire de créer une dynamique nouvelle, plus en phase avec notre époque, plus proche des populations, plus engagée dans le champ social, plus ouverte "aux altérations de la vie externe, par l'intrusion effective des vivants du dehors", selon la formule de Denis Guénoun. Ces initiatives doivent être soutenues, développées, non seulement parce qu'elles représentent une alternative et un terrain d'expérimentation particulièrement riche sur le plan strictement artistique et culturel, mais aussi et surtout parce que dans l'existence et la reconnaissance des marges se trouvent les enjeux d'une démocratie qui parfois nous désespère. Le mouvement est lancé, qui ne s'arrêtera pas. C'est en ce sens que le débat qui s'engage est de toute première importance, c'est en ce sens que la responsabilité des politiques qui en auront la charge est immense. Face à la modélisation générale, face à l'appauvrissement des scènes, face à une situation de monopole qui, dans le domaine sensible et hautement symbolique qui nous occupe, s'apparente à une forme de pensée unique, la résistance est devenue nécessaire. Elle est en train de s'organiser.  

Eric Chevance
le Passant Ordinaire N°31, novembre 2000

 

Association AUTRES PARTS

Le 1er septembre 2000 s'est constituée à Saint-Ouen, dans les locaux de Mains d'oeuvre, nouvel espace d'action artistique et culturelle, une association nommée AUTRES PARTS. Elle a pour objet de favoriser la mise en oeuvre d'un centre commun de réflexion, de recherche et d'action pour la valorisation des projets et des lieux qui organisent leurs pratiques et expérimentations autour de nouvelles et autres relations entre arts, territoires et populations.

Ce centre s'articulera autour des formes d'action telles que : un centre de ressources et de production de recherches accessible au-delà même des membres de l'association, organisé autour d'une base de données et d'un forum de discussion ; un espace mutualisé d'entraide, de diagnostic et d'expertise à partir des projets, réalisés et en cours, des membres activement engagés dans l'association ; une bourse d'accueil pour des projets (groupes et/ou lieux) débutants ou particulièrement innovants.

De plus, elle sera l'un des interlocuteurs privilégiés du Ministère de la Culture, et tous particulièrement de Michel Duffour, nouveau Secrétaire d'Etat au Patrimoine et à la Décentralisation Culturelle, qui semble vouloir prendre en compte ces nouvelles pratiques.

Renseignements : Eric Chevance - TNT - 226 boulevard Albert Premier 33800 Bordeaux - tel 05 56 85 82 81 / fax 05 56 85 25 72 / e-mail tnt_bx@club-internet.fr

 

 

 

Les Molières 2001 et la situation du théâtre en France
Lettre à Madame TASCA, Ministre de la Culture et de la Communication.

Avis

Madame, Monsieur

La cérémonie des Molières vient de finir mais derrière les strass et les paillettes demeurent les chiffres, des résultats accablants témoignant de la situation historique et catastrophique dans laquelle se trouve aujourd'hui le théâtre. 

Nous vous avons fait parvenir des informations, depuis 3 semaines, pour vous sensibiliser et vous alerter sur le désintérêt massif des français pour la discipline. Une action a été menée pendant la cérémonie, laquelle a été également rejoint par l'ensemble des auteurs de théâtre. Aujourd'hui, nous vous faisons part des 14 solutions annoncées et transmises, depuis 10 jours, à Mme Tasca.

Elles sont là, ouvrent de nouveaux horizons, seront critiquées pour certaines, mais ont néanmoins le mérite d'exister. Merci de les mettre dans la lumière pour ouvrir enfin un vrai et grand débat sur le thème. Il est effectivement temps que le théâtre fasse sa révolution ! Car le public n'a jamais suivi les différentes tentatives de mouvements, souvent trop "intelligentes", ne s'y est que très rarement retrouvé, identifié. 

Dans l'art, si l'émotion ne passe plus, c’est le public qui ne suit pas. Des hommes de théâtre comme Vilar, Dullin, Jouvet (voire Miller) avaient compris l'importance de véhiculer le courant vis à vis de la masse mais n'avaient pas nos moyens pour solidifier et fidéliser le commun des mortels à notre discipline. Ce n'est pas nous, ni vous, ni tous ceux qui sont amoureux du théâtre qu'il faut convaincre, mais tous ceux qui n'y vont pas… Et qui se rendent pourtant au cinéma (à 60%), écoutent de la musique à (80%) et assistent même aux comédies musicales !

Fabrice RAINA (fabiraina@hotmail.com)

 

Les Chiffres :

Evolution du pourcentage du public avouant se rendre au théâtre une fois dans l'année (chiffres tirés d'un mémoire 1995 sur l'étude des publics au théâtre) : 21 % en 1964 ; 12 % en 1973 ; 7% en 1988 ; 3 % aujourd'hui (suivant nos sources).

Chiffres 1988 étude Jean Michel Guy : 61% de la population n'est jamais allée voir une pièce de théâtre professionnelle de sa vie.

80 à 90% des programmations montent des auteurs morts.

Environ 10 % d'auteurs contemporains dont plus de la moitié est complètement hermétique (ce qui sous-entend que l'émotion ne passe plus).

Reste, à peu près, 5 % d'auteurs vivants pour prophétiser la discipline. Où les jouent-on le plus souvent : dans les MJC et les festivals de "bonnes consciences", à des prix préférentiels où, pas plutôt annoncés, on les dénigre déjà…

Répartition profession public en 1988 : 36 % de cadres sup et prof libérales ; 27 % de cadres moyens ; 1% d'ouvriers !

Moyenne d'âge du public : relativement élevée.

Certitude : la génération culture Mc Do ne va pas au théâtre mais c'est à elle qu'appartient demain de transmettre !

6 400 000 francs annuels, c'est le budget réservé à l'aide à la création d'auteur - traductions d'œuvres étrangères comprises ; c'est la moitié du budget du Théâtre de la Criée à l'année !

Conclusion : quel avenir pour le théâtre ? Assurément celui réservé à la Poésie si les choses continuent d'aller de la sorte.

L'hermétisme du théâtre :

Parmi les 10 % d'auteurs vivants montés, plus de la moitié sont hermétiques. Je dirais même mieux : les systèmes censés aider les auteurs vivants privilégient le côté "Picasso" dans le théâtre (encore que Picasso n'est pas hermétique) : Théâtre Ouvert, La Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignons, Maison Antoine Vite … Aucun ne roule pour un système plus "Luc Besson" de la discipline persuadé que populariser ou américaniser, c'est vendre son âme au diable. Et pourtant entre l'américanisation du système et sa socialisation (au sens soviétique du terme) existent des mondes à bâtir ! Des publics à conquérir ! Des univers que l'on se borne à vouloir ignorer.

Entre parenthèse et à l'image du cheminement d'un Antonin Artaud vis à vis des dialogues dans le théâtre, Picasso n'a jamais revendiqué l'élitisme dans la peinture mais s'est battu pour tout simplement démontrer que l'on pouvait émotionner autrement que par la simple représentativité, par la seule convention… Il n'avait rien du dictateur, mais son courant artistique est successivement devenu une mode puis une dictature parce que mal interprété. Ce sont aujourd'hui la plupart des adeptes de ce courant qui se retrouvent à la tête du totalitarisme théâtral, cette génération d'individus des années 70 qui sont devenus des "opportunistes" dépassés ...

Théâtre d'Antan, théâtre Hermétique : rien entre les deux. Et c'est pourtant là qu'est la solution. Il faut un pôle de sensibilisation entre ces deux mondes, un pôle à l'image de ce qu'est le Rock, (voire le Rap, la Techno et autres …) entre la musique Classique et la musique dite Contemporaine, un monde qui passe obligatoirement par des auteurs de théâtre d'aujourd'hui et auxquels les jeunes et le plus gros du public s'identifieront. Cela ne va pas dire pour autant que le niveau général s'amoindrisse, bien au contraire, puisque cela apportera un souffle nouveau ! Ne dit-on pas que la richesse se trouve dans la diversité ? Où est-elle ?

Le retour aux auteurs de théâtre vivants :

Est-il utile de rappeler qu'un auteur de théâtre, digne de ce nom, n'est pas un écrivain de roman ? Parce que les deux disciplines, quoi que complémentaires, sont bien évidemment différentes. Au lieu de chercher parmi les auteurs de théâtre, le système encourage et privilégie les romanciers à venir dans la discipline ! Mais, il est temps de se réveiller : le Roman n'est pas le  Théâtre !

Ce qu'il faut à la discipline, se sont des femmes et des hommes forts, dans la lignée de ce qu'ont été Shakespeare et Molière en leur temps, à savoir : des auteurs qui connaissent les planches, autrement dit des auteurs comédiens, mais aussi des metteurs en scène qui connaissent l'écriture théâtrale parce qu'ils la pratiquent, des capteurs qui sachent traduire les préoccupations de leur temps, des penseurs chargés des véhiculer l'émotion et par la même l'identification d'un public pour les histoires qu'on lui raconte, des leaders de troupe, des patrons… Je serai tenté de dire des L. Besson, des M. Kassowitz, des Q. Tarantino du théâtre … Eh oui, des mecs et des nanas bien d'aujourd'hui qui savent à peu près tout faire et dont la particularité est de savoir mieux que quiconque mettre en images des histoires !

Mais aujourd'hui le Théâtre est aux mains "d'auteurs", sinon d'écrivains professionnels, de metteurs en scène professionnels, de comédiens professionnels, de directeurs d'acteurs professionnels, de professeurs de théâtre professionnels, d'éclairagistes professionnels, de gérants de théâtre professionnels … Le tout chapeauté par des fonctionnaires professionnels. On a saucissonné la discipline au point de non seulement la stériliser, mais, plus grave encore, de la dénaturer. Les seules figures représentatives de notre monde sont encore celles dont le cursus a été le plus riche.

Des Auteurs de théâtre : oui ! Des simples théoriciens pédants de la discipline : non !
Il n'y a qu'à jouer Claudel et Molière pour comprendre la différence entre un auteur de théâtre et un écrivain (via Philippe Avron, Molière 1998).

Sans auteurs d'aujourd'hui pas de renouveau du théâtre :

Cela semble évident et pourtant… Quand on regarde les chiffres, c'est tout le contraire même du bon sens. Les auteurs sont la clé de voûte du théâtre, sa veine ; ce n'est d'ailleurs pas pour rien si beaucoup les appellent "maître" lorsqu'ils sont brillants… De leur côté et au risque de choquer, les seuls comédiens, ou metteurs en scène, ne sont hélas que de simples serviteurs. Et pourtant, cela ne nous a pas empêché d'en faire des icônes, des stars, de nouveaux dieux ! L'auteur est passé à des années-lumière derrière alors que lui seul est à l'origine d'une pièce… En vénérant les comédiens à l'extrême, en mystifiant les metteurs en scène aux limites de la déraison, on a tout simplement oublié l'essentiel.

Il est clair qu'il n'appartient pas aux comédiens d'aujourd'hui de rendre populaire et mieux perçu du public une discipline artistique qui repose avant tout sur l'écriture (ce qui, dans la discipline, ne signifie pas pour autant le dialogue). C'est évidemment le boulot des auteurs de théâtre, des créateurs de théâtre, devrais-je dire … Et pourtant, aucune confiance ne leur est accordée aujourd'hui de la part de ceux qui possèdent les lieux de diffusion … Pourquoi ? Eh bien, tout simplement sous prétexte économique de non-notoriété ! D'où le "pansement" budgétaire accordé à l'aide à la création alors que l'origine même de la plaie béante correspond à un coup de hache donné dans le dos par "les garants" de la discipline elle même.

Directeurs de théâtre : coupables d'hypocrisie !

Beaucoup de directeurs de théâtre sont payés par l'Etat, autrement dit par l'argent du contribuable, et tous ont droit à des subventions pour faire tourner leur boutique (là aussi avec notre argent). Au regard des chiffres énoncés, il est évident que leurs résultats sont intolérables - puisqu'on peut difficilement tomber plus bas -, mais cela ne les empêche évidemment pas de toucher chaque année les mêmes subventions pour produire chaque année les mêmes résultats. Peu ou pas de comptes à rendre… Pas de sanctions, en tous cas. Au fond, et à l'image des metteurs en scène, pourquoi s'embêteraient-ils à monter des pièces encore inconnues pour l'heure puisque, quoi qu'il arrive, ces messieurs sont payés ?

Surtout ne leurs parlez pas de monter ou programmer des auteurs d'aujourd'hui ! Ils vous répondront : "nous ne les montons pas parce que nous ne remplissons pas nos salles avec !". Et le pire, c'est qu'ils sont si convaincants dans la façon d'annoncer la chose que vous auriez très vite fait de les croire. Hypocrisie… Ils oublient de dire que :

Premièrement : un directeur de théâtre a toujours un à priori sur une œuvre contemporaine (qui n'a pas de stars dans sa distribution) persuadé qu'elle ne fera pas recettes… Lorsqu'il prend la décision d'en monter une, c'est toujours à reculons. L'œuvre, si programmée, sera présentée dans la plus petite des 2 salles, à un prix préférentiel, et l'on fera bien comprendre, lors de la publicité faite, que la pièce en question "est loin du niveau de Molière mais qu'elle a cependant des qualités…" Bref, on brade et on dénigre au lieu de vanter les mérites !

Deuxièmement : Un directeur de théâtre fera tout pour économiser sur la publicité à faire concernant une pièce contemporaine. Les affiches seront beaucoup plus petites, beaucoup moins nombreuses, beaucoup moins éloquentes… Alors que le but du jeu consisterait justement à les faire deux fois plus grandes, deux fois plus nombreuses et deux fois plus éloquentes !

Troisièmement : Monter des œuvres d'aujourd'hui, c'est aussi payer et affronter des auteurs d'aujourd'hui, c'est ajouter un intermédiaire gênant et non négligeable, c'est quelque part se compliquer l'existence pour pas grand chose ! Un bon mort est beaucoup plus intéressant... La preuve.

Quatrièmement : Malgré l'insondable potentiel de spectateurs, les directeurs de théâtre ne sont pas dans une logique de recherche d'un nouveau public, il se contente de leurs abonnés, à savoir de gens qui, quoi qu'il arrive, viendront toujours voir " leurs " spectacles… Que ces spectacles soient d'Antan… ou d'aujourd'hui ! Eh oui ! Encore faut-il que ceux d'aujourd'hui ne soient pas dénigrés en amont… On boucle la boucle.

La publicité et la façon de présenter un spectacle sont primordiaux. Ce n'est pas pour rien si Paris remplit ses salles de théâtre, aussi différentes soient elles, et pas la Province… Les rues, les couloirs du métro, les murs sont tapissés d'énormes affiches ventant les mérites de chaque lieu. Il faut être aveugle et sourd pour ignorer que Paris dispose des "meilleurs" spectacles théâtraux ! L'équivalent publicitaire n'existe pas en Province, et pourtant la publicité conjuguée au renouveau et à la diversité des pièces sont des passages obligés.

Ceci dit et entre nous soit dit : déficitaire pour déficitaire, rien n'empêchent les directeurs de théâtre de monter des pièces d'aujourd'hui ! Rien, sinon l'hypocrisie. Et l'immobilisme ambiant.

Qui posent problème ?

Aussi bizarre que cela puisse paraître, ce sont les "artistes", et non les politiques, qui posent problème, à savoir tous ceux qui condamnent systématiquement les auteurs d'aujourd'hui, au premier rang desquels la majeure partie des directeurs de théâtre, des gérants de troupe, mais également des metteurs en scène, certains comédiens influants, mais aussi les institutions les plus prisées qui, loin de montrer l'exemple, entretiennent le désastre : Comédie française, Conservatoire, Cours Florent… L'exemple doit être insufflé par le haut, et c'est justement le haut qui donne le pire des exemples. Doit-on rappeler qu'au début du siècle la comédie française jouait 65% d'auteurs contemporains ? Il faut être mort aujourd'hui et avoir obtenu au moins deux Molières pour entrer au répertoire… Ah, ce que ce fonctionnement est digne d’intelligence !

Le plus regrettable, en plus de tout ça, c'est que le système complexe. La recherche et la détection d'auteurs de talent seront toujours comparées à ces deux "maîtres étalon" que sont Molière et Shakespeare… Les dirigeants de théâtre sont si ancrés dans le passé qu'ils sont incapables de décoder la langue d'aujourd'hui, celle qui amènera le succès, sans obligatoirement tomber dans le simplisme ou l'inintelligent, mais à travers laquelle le public se reconnaîtra. Comment voulez-vous sensibiliser une jeunesse qui écoute du Rap et joue sur des Play-Station en lui donnant des Alexandrins à bouffer ? Comment voulez-vous que leurs parents s'identifient à une discipline qui, depuis le plus jeune âge, les a snobés ? Mieux vaut encore chaque samedi allé assister à un match de foot ou partir au cinéma puis en boîte ! Une révolution dans l'écriture et la façon de traiter les pièces de théâtre s'impose.

Pourquoi les théâtres sont-ils grandement déficitaires ?

Simplement parce que la plupart des théâtres ne remplissent pas, ne font pas le plein, et donc ne peuvent pas couvrir les charges fixes liées à l'entretien, (aux remboursements des crédits) et au fonctionnement de ces derniers. Evidemment s'ils ne remplissent pas, c'est qu'ils ne proposent rien d'assez intéressant pour attirer l'opinion publique (voir chapitres au-dessus), et qu'ils le font très mal, mais aussi parce que ceux qui gèrent ne savent pas gérer… Parce que l'on place à la tête de ces navires des artistes qui, pour le coup, ne sont pas obligés d'être de pointus gestionnaires, voire des grands chefs d'entreprise … Et pourtant, on s'en accommode ! Pas de compte à rendre …

Ce n'est pas parce qu'on nous confie de l'argent public que, pour autant, on doit le dilapider. Beaucoup trop de monde se trouve aujourd'hui "fonctionnarisés" autour d'une entreprise dont la seule vocation consiste à accueillir des spectacles et des spectateurs relativement peu turbulents. A t-on déjà analysé le nombre de personnes qui gravitent autour de cette simple prestation ? N'est-on pas capable de construire un système de fonctionnement sur le modèle des salles de cinéma ? Qu'est-ce qui doit être important pour les salles de théâtre : donner de quoi monter de bons spectacles ou entretenir une armada de "fonctionnaires" qui tournent autour de l'entretien et la réception du lieu ? 

Il est temps de remettre chacun à sa place : les artistes aux postes artistiques et les gérants au contrôle de tout ce qui ne l'est pas avec l'idée d'optimiser, d'économiser, et non de dilapider de façon à recevoir toujours plus … Il est réellement temps d'entrer dans une responsabilisation des subventions accordées sur le dos de contribuables qui boudent cette discipline et ignorent, en plus, ce qu'il s'y trime.

Les derniers coups de jeunes du théâtre :

Datent du Café de la Gare qui intronisa le café-théâtre et l'esprit Théâtre du Splendid qui apporta un air frais dans la discipline … On note aujourd'hui un élan d'affection du public 12/30 ans pour les One Man Show … Tout cela devrait évidemment nous poser des questions à l'heure où chaque théâtre, digne de ce nom, ne cesse d'organiser des colloques pour comprendre le désintérêt massif du public, et notamment des jeunes, pour la discipline sans jamais aller au bout des vraies questions. Par ailleurs, il est clair que ni le café-théâtre ni le Théâtre du Splendid ni Les Nuls ni Les Robins des Bois ni les humoristes ne sont reconnus par "les gens de Théâtre" comme faisant du Théâtre … ? … ! … Et pourtant, ils sont les seuls à avoir apportés une autre façon d'aborder la discipline depuis ces 20 dernières années. Bizarrement, ils ont souvent jouis des meilleurs résultats ? C'est bien la preuve qu'il faut savoir proposer autre chose, en particulier du neuf : quelque soit l'esprit !

Les Solutions :

1/ A l'image du sport, il est important de détecter les hommes et les femmes de théâtre capables de prophétiser la discipline. Faire émerger les talents potentiels par des "confrontations" à armes égales (même moyens accordés, même niveau des comédiens fourni pour interpréter les œuvres, même endroit de diffusion…) de façon à comparer "les niveaux" de manière juste. Privilégier les pièces de théâtre et non le copinage.
 Accorder les subventions aux plus méritants, à ceux qui auront su démontrer leur maîtrise bien au-delà de la simple ossature littéraire : esprit de mise en scène, amour de leur discipline, défense de leur travail, direction des comédiens … 
Evidemment, les nombreux élus devront voir s'ouvrir devant eux les portes des plus illustres salles de théâtre, mais aussi, lorsqu’il s’agit d’auteurs, des institutions comme le Conservatoire… Et il est primordial que le pays entier en soit informé.

2/ Ouvrir l'écriture théâtrale à différents styles, différents langages, différents publics… A l'image des différentes composantes musicales (Jazz, Classique, Techno, Rock, Rap, R&B, Zouk, Funk, musique de Chambre…). Repositionner l'importance des auteurs dans la matière.

3/ Limiter le côté hermétique.

4/ Faire passer les programmations entre auteurs morts et vivants à 50/50, voire plus si nécessaire.

5/ Travailler dans l'esprit de la polyvalence d'un Molière et non dans la peau d'un simple écrivain passif …

6/ Investir ou réfléchir autour des moyens que propose la publicité (boîtages, diffusion de tractes sur les marchés, annonces radio, télé, Internet, grandes affiches, véhicules annonceurs à l'image du cirque…). Ne plus dénigrer les spectacles de création mais, au contraire : savoir les vendre !

7/ Nommer des directeurs artistiques et des directeurs de gestion "d'entreprise" qui travaillent par paire, chacun s'occupant de leurs parties.

8/ Faire rendre des comptes quant à l'argent confié par rapport aux années précédentes. Rendre public les résultats par une médiatisation. Analyser les échecs comme les succès de manière à mieux cerner les attentes. Programmer en fonction de la représentativité des publics environnants et non des seuls habitués. Justifier ses choix tout en évitant l'égocentrisme. Mais aussi : savoir oser les bons coups.

9/ Chasser l'immobilisme ambiant, les idées reçues, mettre à l'écart les "intégristes" de la discipline ainsi que les pseudos-artistes qui ne font rien, ne servent à rien, ne savent rien faire, mais ont toujours un mot à dire … Faire un tri draconien par rapport aux actes.

10/ Allouer, en priorité, les subventions à ceux qui constituent le présent, mais aussi l'avenir de la discipline, quel que soit leur âge, leur statut, leur sexe, leur couleur. Les aider à tendre vers le professionnalisme lorsqu'ils ont le potentiel et le talent même s'ils sont amateurs - car on est toujours amateur par la force des choses. Plus de discrimination, seul le talent et l'investissement doivent primer.

11/ Obliger les directeurs de théâtre de chaque ville à regarder devant leurs portes avant d'aller faire leurs courses sur la capitale. Autrement dit : donner leur chance aux artistes régionaux en évitant le sempiternel principe festival de "bonne conscience" une fois de temps à autre. Les aider, les conseiller, les encourager à monter sur Paris lorsqu'ils peuvent y prétendre. Accueillir certaines troupes et auteurs de théâtres régionaux en résidence à l'année, et faire tourner les effectifs. Ne surtout pas hésiter à se déplacer pour juger des prestations en fonction des conditions de jeu.

12/ Analyser les façons de faire des théâtres de la Capitale … Adapter leurs recettes à la Province.

13/ Arrêter de juger les pièces de théâtre par leur simple ossature littéraire car le théâtre ne se lit pas, il se voit ! C'est un art qui vit ! Il faut être bien plus qu'intelligent pour comprendre ce qu'un auteur à dans la tête lorsqu'il couche des mots sur un papier… C'est pourquoi auteur et metteur en scène doivent bosser ensemble (lorsque l'auteur n'est pas un spécialiste de la mise en scène) et non chacun de leur côté. Former, ou tout au moins, sensibiliser les auteurs de théâtre à la mise en scène et aux planches.

14/ Privilégier la notion de passion et de passionnés à celle de professionnels du professionnalisme. Retrouver la fraîcheur. Encourager à monter les auteurs d’aujourd’hui (aide matérielle).

En Conclusion :

Des mondes sont à bâtir ! Ce qui implique que du travail est à donner, que de nouveaux emplois sont à pourvoir… En ces périodes de chômage, ce n'est pas rien. Ce qu'il faut maintenant, ce sont simplement de bonnes volontés capables de mettre en place ces actions. L'argent est là, les lieux sont là et le public ne demande qu'à se laisser séduire. Il l'a montré avec le renouveau des comédies musicales, c'est dire… Toutes les aides, et même les plus inattendues, sont les bien venues. Même si remettre la machine dans le bon sens de marche prendra quelques années au regard de son état actuel, il n'y a plus de questions inutiles à se poser : l'avenir du théâtre, c'est sûr, c'est devant !