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Les
Molières 2001 et la situation du théâtre en France
Lettre à Madame TASCA, Ministre de la Culture et de la
Communication.
Avis
Madame, Monsieur
La cérémonie des Molières
vient de finir mais derrière les strass et les paillettes demeurent
les chiffres, des résultats accablants témoignant de la situation
historique et catastrophique dans laquelle se trouve aujourd'hui le théâtre.
Nous vous avons fait
parvenir des informations, depuis 3 semaines, pour vous sensibiliser
et vous alerter sur le désintérêt massif des français pour la
discipline. Une action a été menée pendant la cérémonie, laquelle
a été également rejoint par l'ensemble des auteurs de théâtre.
Aujourd'hui, nous vous faisons part des 14 solutions annoncées et
transmises, depuis 10 jours, à Mme Tasca.
Elles sont là, ouvrent
de nouveaux horizons, seront critiquées pour certaines, mais ont néanmoins
le mérite d'exister. Merci de les mettre dans la lumière pour ouvrir
enfin un vrai et grand débat sur le thème. Il est effectivement
temps que le théâtre fasse sa révolution ! Car le public n'a jamais
suivi les différentes tentatives de mouvements, souvent trop
"intelligentes", ne s'y est que très rarement retrouvé,
identifié.
Dans l'art, si l'émotion
ne passe plus, c’est le public qui ne suit pas. Des hommes de théâtre
comme Vilar, Dullin, Jouvet (voire Miller) avaient
compris l'importance de véhiculer le courant vis à vis de la masse
mais n'avaient pas nos moyens pour solidifier et fidéliser le commun
des mortels à notre discipline. Ce n'est pas nous, ni vous, ni tous
ceux qui sont amoureux du théâtre qu'il faut convaincre, mais tous
ceux qui n'y vont pas… Et qui se rendent pourtant au cinéma (à
60%), écoutent de la musique à (80%) et assistent même aux comédies
musicales !
Fabrice RAINA (fabiraina@hotmail.com)
Les
Chiffres :
Evolution du
pourcentage du public avouant se rendre au théâtre une fois dans
l'année (chiffres tirés d'un mémoire 1995 sur l'étude des publics
au théâtre) : 21 % en 1964 ; 12 % en 1973 ; 7% en 1988 ; 3 %
aujourd'hui (suivant nos sources).
Chiffres 1988 étude
Jean Michel Guy : 61% de la population n'est jamais allée voir une pièce
de théâtre professionnelle de sa vie.
80 à 90% des
programmations montent des auteurs morts.
Environ 10 % d'auteurs
contemporains dont plus de la moitié est complètement hermétique
(ce qui sous-entend que l'émotion ne passe plus).
Reste, à peu près, 5
% d'auteurs vivants pour prophétiser la discipline. Où les jouent-on
le plus souvent : dans les MJC et les festivals de "bonnes
consciences", à des prix préférentiels où, pas plutôt annoncés,
on les dénigre déjà…
Répartition profession
public en 1988 : 36 % de cadres sup et prof libérales ; 27 % de
cadres moyens ; 1% d'ouvriers !
Moyenne d'âge du
public : relativement élevée.
Certitude : la génération
culture Mc Do ne va pas au théâtre mais c'est à elle qu'appartient
demain de transmettre !
6 400 000 francs
annuels, c'est le budget réservé à l'aide à la création d'auteur
- traductions d'œuvres étrangères comprises ; c'est la moitié du
budget du Théâtre de la Criée à l'année !
Conclusion : quel
avenir pour le théâtre ? Assurément celui réservé à la Poésie
si les choses continuent d'aller de la sorte.
L'hermétisme
du théâtre :
Parmi les 10 %
d'auteurs vivants montés, plus de la moitié sont hermétiques. Je
dirais même mieux : les systèmes censés aider les auteurs vivants
privilégient le côté "Picasso" dans le théâtre
(encore que Picasso n'est pas hermétique) : Théâtre Ouvert,
La Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignons, Maison Antoine Vite …
Aucun ne roule pour un système plus "Luc Besson" de
la discipline persuadé que populariser ou américaniser, c'est vendre
son âme au diable. Et pourtant entre l'américanisation du système
et sa socialisation (au sens soviétique du terme) existent des mondes
à bâtir ! Des publics à conquérir ! Des univers que l'on se borne
à vouloir ignorer.
Entre parenthèse et à
l'image du cheminement d'un Antonin Artaud vis à vis des
dialogues dans le théâtre, Picasso n'a jamais
revendiqué l'élitisme dans la peinture mais s'est battu pour tout
simplement démontrer que l'on pouvait émotionner autrement que par
la simple représentativité, par la seule convention… Il n'avait
rien du dictateur, mais son courant artistique est successivement
devenu une mode puis une dictature parce que mal interprété. Ce sont
aujourd'hui la plupart des adeptes de ce courant qui se retrouvent à
la tête du totalitarisme théâtral, cette génération d'individus
des années 70 qui sont devenus des "opportunistes" dépassés
...
Théâtre d'Antan, théâtre
Hermétique : rien entre les deux. Et c'est pourtant là qu'est la
solution. Il faut un pôle de sensibilisation entre ces deux mondes,
un pôle à l'image de ce qu'est le Rock, (voire le Rap, la Techno et
autres …) entre la musique Classique et la musique dite
Contemporaine, un monde qui passe obligatoirement par des auteurs de
théâtre d'aujourd'hui et auxquels les jeunes et le plus gros du
public s'identifieront. Cela ne va pas dire pour autant que le niveau
général s'amoindrisse, bien au contraire, puisque cela apportera un
souffle nouveau ! Ne dit-on pas que la richesse se trouve dans la
diversité ? Où est-elle ?
Le
retour aux auteurs de théâtre vivants :
Est-il utile de
rappeler qu'un auteur de théâtre, digne de ce nom, n'est pas un écrivain
de roman ? Parce que les deux disciplines, quoi que complémentaires,
sont bien évidemment différentes. Au lieu de chercher parmi les
auteurs de théâtre, le système encourage et privilégie les
romanciers à venir dans la discipline ! Mais, il est temps de se réveiller
: le Roman n'est pas le Théâtre !
Ce qu'il faut à la
discipline, se sont des femmes et des hommes forts, dans la lignée de
ce qu'ont été Shakespeare et Molière en leur temps,
à savoir : des auteurs qui connaissent les planches, autrement dit
des auteurs comédiens, mais aussi des metteurs en scène qui
connaissent l'écriture théâtrale parce qu'ils la pratiquent, des
capteurs qui sachent traduire les préoccupations de leur temps, des
penseurs chargés des véhiculer l'émotion et par la même
l'identification d'un public pour les histoires qu'on lui raconte, des
leaders de troupe, des patrons… Je serai tenté de dire des L.
Besson, des M. Kassowitz, des Q. Tarantino du
théâtre … Eh oui, des mecs et des nanas bien d'aujourd'hui qui
savent à peu près tout faire et dont la particularité est de savoir
mieux que quiconque mettre en images des histoires !
Mais aujourd'hui le Théâtre
est aux mains "d'auteurs", sinon d'écrivains
professionnels, de metteurs en scène professionnels, de comédiens
professionnels, de directeurs d'acteurs professionnels, de professeurs
de théâtre professionnels, d'éclairagistes professionnels, de gérants
de théâtre professionnels … Le tout chapeauté par des
fonctionnaires professionnels. On a saucissonné la discipline au
point de non seulement la stériliser, mais, plus grave encore, de la
dénaturer. Les seules figures représentatives de notre monde sont
encore celles dont le cursus a été le plus riche.
Des Auteurs de théâtre
: oui ! Des simples théoriciens pédants de la discipline : non !
Il n'y a qu'à jouer Claudel et Molière pour comprendre
la différence entre un auteur de théâtre et un écrivain (via Philippe
Avron, Molière 1998).
Sans
auteurs d'aujourd'hui pas de renouveau du théâtre :
Cela semble évident
et pourtant… Quand on regarde les chiffres, c'est tout le contraire
même du bon sens. Les auteurs sont la clé de voûte du théâtre, sa
veine ; ce n'est d'ailleurs pas pour rien si beaucoup les appellent
"maître" lorsqu'ils sont brillants… De leur côté et au
risque de choquer, les seuls comédiens, ou metteurs en scène, ne
sont hélas que de simples serviteurs. Et pourtant, cela ne nous a pas
empêché d'en faire des icônes, des stars, de nouveaux dieux !
L'auteur est passé à des années-lumière derrière alors que lui
seul est à l'origine d'une pièce… En vénérant les comédiens à
l'extrême, en mystifiant les metteurs en scène aux limites de la déraison,
on a tout simplement oublié l'essentiel.
Il est clair qu'il
n'appartient pas aux comédiens d'aujourd'hui de rendre populaire et
mieux perçu du public une discipline artistique qui repose avant tout
sur l'écriture (ce qui, dans la discipline, ne signifie pas pour
autant le dialogue). C'est évidemment le boulot des auteurs de théâtre,
des créateurs de théâtre, devrais-je dire … Et pourtant, aucune
confiance ne leur est accordée aujourd'hui de la part de ceux qui
possèdent les lieux de diffusion … Pourquoi ? Eh bien, tout
simplement sous prétexte économique de non-notoriété ! D'où le
"pansement" budgétaire accordé à l'aide à la création
alors que l'origine même de la plaie béante correspond à un coup de
hache donné dans le dos par "les garants" de la discipline
elle même.
Directeurs
de théâtre : coupables d'hypocrisie !
Beaucoup de directeurs
de théâtre sont payés par l'Etat, autrement dit par l'argent du
contribuable, et tous ont droit à des subventions pour faire tourner
leur boutique (là aussi avec notre argent). Au regard des chiffres énoncés,
il est évident que leurs résultats sont intolérables - puisqu'on
peut difficilement tomber plus bas -, mais cela ne les empêche évidemment
pas de toucher chaque année les mêmes subventions pour produire
chaque année les mêmes résultats. Peu ou pas de comptes à
rendre… Pas de sanctions, en tous cas. Au fond, et à l'image des
metteurs en scène, pourquoi s'embêteraient-ils à monter des pièces
encore inconnues pour l'heure puisque, quoi qu'il arrive, ces
messieurs sont payés ?
Surtout ne leurs parlez
pas de monter ou programmer des auteurs d'aujourd'hui ! Ils vous répondront
: "nous ne les montons pas parce que nous ne remplissons pas nos
salles avec !". Et le pire, c'est qu'ils sont si convaincants
dans la façon d'annoncer la chose que vous auriez très vite fait de
les croire. Hypocrisie… Ils oublient de dire que :
Premièrement : un
directeur de théâtre a toujours un à priori sur une œuvre
contemporaine (qui n'a pas de stars dans sa distribution) persuadé
qu'elle ne fera pas recettes… Lorsqu'il prend la décision d'en
monter une, c'est toujours à reculons. L'œuvre, si programmée, sera
présentée dans la plus petite des 2 salles, à un prix préférentiel,
et l'on fera bien comprendre, lors de la publicité faite, que la pièce
en question "est loin du niveau de Molière mais qu'elle a
cependant des qualités…" Bref, on brade et on dénigre au lieu
de vanter les mérites !
Deuxièmement : Un
directeur de théâtre fera tout pour économiser sur la publicité à
faire concernant une pièce contemporaine. Les affiches seront
beaucoup plus petites, beaucoup moins nombreuses, beaucoup moins éloquentes…
Alors que le but du jeu consisterait justement à les faire deux fois
plus grandes, deux fois plus nombreuses et deux fois plus éloquentes
!
Troisièmement : Monter
des œuvres d'aujourd'hui, c'est aussi payer et affronter des auteurs
d'aujourd'hui, c'est ajouter un intermédiaire gênant et non négligeable,
c'est quelque part se compliquer l'existence pour pas grand chose ! Un
bon mort est beaucoup plus intéressant... La preuve.
Quatrièmement : Malgré
l'insondable potentiel de spectateurs, les directeurs de théâtre ne
sont pas dans une logique de recherche d'un nouveau public, il se
contente de leurs abonnés, à savoir de gens qui, quoi qu'il arrive,
viendront toujours voir " leurs " spectacles…
Que ces spectacles soient d'Antan… ou d'aujourd'hui ! Eh oui !
Encore faut-il que ceux d'aujourd'hui ne soient pas dénigrés en
amont… On boucle la boucle.
La publicité et la façon
de présenter un spectacle sont primordiaux. Ce n'est pas pour rien si
Paris remplit ses salles de théâtre, aussi différentes soient
elles, et pas la Province… Les rues, les couloirs du métro, les
murs sont tapissés d'énormes affiches ventant les mérites de chaque
lieu. Il faut être aveugle et sourd pour ignorer que Paris dispose
des "meilleurs" spectacles théâtraux ! L'équivalent
publicitaire n'existe pas en Province, et pourtant la publicité
conjuguée au renouveau et à la diversité des pièces sont des
passages obligés.
Ceci dit et entre nous
soit dit : déficitaire pour déficitaire, rien n'empêchent les
directeurs de théâtre de monter des pièces d'aujourd'hui ! Rien,
sinon l'hypocrisie. Et l'immobilisme ambiant.
Qui
posent problème ?
Aussi bizarre que cela
puisse paraître, ce sont les "artistes", et non les
politiques, qui posent problème, à savoir tous ceux qui condamnent
systématiquement les auteurs d'aujourd'hui, au premier rang desquels
la majeure partie des directeurs de théâtre, des gérants de troupe,
mais également des metteurs en scène, certains comédiens influants,
mais aussi les institutions les plus prisées qui, loin de montrer
l'exemple, entretiennent le désastre : Comédie française,
Conservatoire, Cours Florent… L'exemple doit être insufflé par le
haut, et c'est justement le haut qui donne le pire des exemples.
Doit-on rappeler qu'au début du siècle la comédie française jouait
65% d'auteurs contemporains ? Il faut être mort aujourd'hui et avoir
obtenu au moins deux Molières pour entrer au répertoire…
Ah, ce que ce fonctionnement est digne d’intelligence !
Le plus regrettable, en
plus de tout ça, c'est que le système complexe. La recherche et la détection
d'auteurs de talent seront toujours comparées à ces deux "maîtres
étalon" que sont Molière et Shakespeare… Les
dirigeants de théâtre sont si ancrés dans le passé qu'ils sont
incapables de décoder la langue d'aujourd'hui, celle qui amènera le
succès, sans obligatoirement tomber dans le simplisme ou
l'inintelligent, mais à travers laquelle le public se reconnaîtra.
Comment voulez-vous sensibiliser une jeunesse qui écoute du Rap et
joue sur des Play-Station en lui donnant des Alexandrins à bouffer ?
Comment voulez-vous que leurs parents s'identifient à une discipline
qui, depuis le plus jeune âge, les a snobés ? Mieux vaut encore
chaque samedi allé assister à un match de foot ou partir au cinéma
puis en boîte ! Une révolution dans l'écriture et la façon de
traiter les pièces de théâtre s'impose.
Pourquoi
les théâtres sont-ils grandement déficitaires ?
Simplement parce que la
plupart des théâtres ne remplissent pas, ne font pas le plein, et
donc ne peuvent pas couvrir les charges fixes liées à l'entretien,
(aux remboursements des crédits) et au fonctionnement de ces
derniers. Evidemment s'ils ne remplissent pas, c'est qu'ils ne
proposent rien d'assez intéressant pour attirer l'opinion publique
(voir chapitres au-dessus), et qu'ils le font très mal, mais aussi
parce que ceux qui gèrent ne savent pas gérer… Parce que l'on
place à la tête de ces navires des artistes qui, pour le coup, ne
sont pas obligés d'être de pointus gestionnaires, voire des grands
chefs d'entreprise … Et pourtant, on s'en accommode ! Pas de compte
à rendre …
Ce n'est pas parce
qu'on nous confie de l'argent public que, pour autant, on doit le
dilapider. Beaucoup trop de monde se trouve aujourd'hui
"fonctionnarisés" autour d'une entreprise dont la seule
vocation consiste à accueillir des spectacles et des spectateurs
relativement peu turbulents. A t-on déjà analysé le nombre de
personnes qui gravitent autour de cette simple prestation ? N'est-on
pas capable de construire un système de fonctionnement sur le modèle
des salles de cinéma ? Qu'est-ce qui doit être important pour les
salles de théâtre : donner de quoi monter de bons spectacles ou
entretenir une armada de "fonctionnaires" qui tournent
autour de l'entretien et la réception du lieu ?
Il est temps de
remettre chacun à sa place : les artistes aux postes artistiques et
les gérants au contrôle de tout ce qui ne l'est pas avec l'idée
d'optimiser, d'économiser, et non de dilapider de façon à recevoir
toujours plus … Il est réellement temps d'entrer dans une
responsabilisation des subventions accordées sur le dos de
contribuables qui boudent cette discipline et ignorent, en plus, ce
qu'il s'y trime.
Les
derniers coups de jeunes du théâtre :
Datent du Café de la
Gare qui intronisa le café-théâtre et l'esprit Théâtre du
Splendid qui apporta un air frais dans la discipline … On note
aujourd'hui un élan d'affection du public 12/30 ans pour les One Man
Show … Tout cela devrait évidemment nous poser des questions à
l'heure où chaque théâtre, digne de ce nom, ne cesse d'organiser
des colloques pour comprendre le désintérêt massif du public, et
notamment des jeunes, pour la discipline sans jamais aller au bout des
vraies questions. Par ailleurs, il est clair que ni le café-théâtre
ni le Théâtre du Splendid ni Les Nuls ni Les Robins des Bois ni les
humoristes ne sont reconnus par "les gens de Théâtre"
comme faisant du Théâtre … ? … ! … Et pourtant, ils sont les
seuls à avoir apportés une autre façon d'aborder la discipline
depuis ces 20 dernières années. Bizarrement, ils ont souvent jouis
des meilleurs résultats ? C'est bien la preuve qu'il faut savoir
proposer autre chose, en particulier du neuf : quelque soit
l'esprit !
Les
Solutions :
1/ A l'image du sport,
il est important de détecter les hommes et les femmes de théâtre
capables de prophétiser la discipline. Faire émerger les talents
potentiels par des "confrontations" à armes égales (même
moyens accordés, même niveau des comédiens fourni pour interpréter
les œuvres, même endroit de diffusion…) de façon à comparer
"les niveaux" de manière juste. Privilégier les pièces de
théâtre et non le copinage.
Accorder les subventions aux plus méritants, à ceux qui auront
su démontrer leur maîtrise bien au-delà de la simple ossature littéraire
: esprit de mise en scène, amour de leur discipline, défense de leur
travail, direction des comédiens …
Evidemment, les nombreux élus devront voir s'ouvrir devant eux les
portes des plus illustres salles de théâtre, mais aussi, lorsqu’il
s’agit d’auteurs, des institutions comme le Conservatoire… Et il
est primordial que le pays entier en soit informé.
2/ Ouvrir l'écriture
théâtrale à différents styles, différents langages, différents
publics… A l'image des différentes composantes musicales (Jazz,
Classique, Techno, Rock, Rap, R&B, Zouk, Funk, musique de
Chambre…). Repositionner l'importance des auteurs dans la matière.
3/ Limiter le côté
hermétique.
4/ Faire passer les
programmations entre auteurs morts et vivants à 50/50, voire plus si
nécessaire.
5/ Travailler dans
l'esprit de la polyvalence d'un Molière et non dans la peau
d'un simple écrivain passif …
6/ Investir ou réfléchir
autour des moyens que propose la publicité (boîtages, diffusion de
tractes sur les marchés, annonces radio, télé, Internet, grandes
affiches, véhicules annonceurs à l'image du cirque…). Ne plus dénigrer
les spectacles de création mais, au contraire : savoir les
vendre !
7/ Nommer des
directeurs artistiques et des directeurs de gestion
"d'entreprise" qui travaillent par paire, chacun s'occupant
de leurs parties.
8/ Faire rendre des
comptes quant à l'argent confié par rapport aux années précédentes.
Rendre public les résultats par une médiatisation. Analyser les échecs
comme les succès de manière à mieux cerner les attentes. Programmer
en fonction de la représentativité des publics environnants et non
des seuls habitués. Justifier ses choix tout en évitant l'égocentrisme.
Mais aussi : savoir oser les bons coups.
9/ Chasser
l'immobilisme ambiant, les idées reçues, mettre à l'écart les
"intégristes" de la discipline ainsi que les
pseudos-artistes qui ne font rien, ne servent à rien, ne savent rien
faire, mais ont toujours un mot à dire … Faire un tri draconien par
rapport aux actes.
10/ Allouer, en priorité,
les subventions à ceux qui constituent le présent, mais aussi
l'avenir de la discipline, quel que soit leur âge, leur statut, leur
sexe, leur couleur. Les aider à tendre vers le professionnalisme
lorsqu'ils ont le potentiel et le talent même s'ils sont amateurs -
car on est toujours amateur par la force des choses. Plus de
discrimination, seul le talent et l'investissement doivent primer.
11/ Obliger les
directeurs de théâtre de chaque ville à regarder devant leurs
portes avant d'aller faire leurs courses sur la capitale. Autrement
dit : donner leur chance aux artistes régionaux en évitant le
sempiternel principe festival de "bonne conscience" une fois
de temps à autre. Les aider, les conseiller, les encourager à monter
sur Paris lorsqu'ils peuvent y prétendre. Accueillir certaines
troupes et auteurs de théâtres régionaux en résidence à l'année,
et faire tourner les effectifs. Ne surtout pas hésiter à se déplacer
pour juger des prestations en fonction des conditions de jeu.
12/ Analyser les façons
de faire des théâtres de la Capitale … Adapter leurs recettes à
la Province.
13/ Arrêter de juger
les pièces de théâtre par leur simple ossature littéraire car le
théâtre ne se lit pas, il se voit ! C'est un art qui vit ! Il faut
être bien plus qu'intelligent pour comprendre ce qu'un auteur à dans
la tête lorsqu'il couche des mots sur un papier… C'est pourquoi
auteur et metteur en scène doivent bosser ensemble (lorsque l'auteur
n'est pas un spécialiste de la mise en scène) et non chacun de leur
côté. Former, ou tout au moins, sensibiliser les auteurs de théâtre
à la mise en scène et aux planches.
14/ Privilégier la
notion de passion et de passionnés à celle de professionnels du
professionnalisme. Retrouver la fraîcheur. Encourager à monter les
auteurs d’aujourd’hui (aide matérielle).
En
Conclusion :
Des mondes sont à bâtir ! Ce qui
implique que du travail est à donner, que de nouveaux emplois sont à
pourvoir… En ces périodes de chômage, ce n'est pas rien. Ce qu'il
faut maintenant, ce sont simplement de bonnes volontés capables de
mettre en place ces actions. L'argent est là, les lieux sont là et
le public ne demande qu'à se laisser séduire. Il l'a montré avec le
renouveau des comédies musicales, c'est dire… Toutes les aides, et
même les plus inattendues, sont les bien venues. Même si remettre la
machine dans le bon sens de marche prendra quelques années au regard
de son état actuel, il n'y a plus de questions inutiles à se poser :
l'avenir du théâtre, c'est sûr, c'est devant !

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