12ème FESTIVAL DE PIERREFONDS

Du 13 juillet au 4 août
au Château de Pierrefonds

 

L'oeil de TheatreOnline :
Le reportage de Fréderic Cheminade
Le texte du reportage
La direction artistique 

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Sur les limites de la représentation
Le festival de Pierrefonds
Par Frédéric Cheminade

C’est sur les bases d’un château du XIIe siècle détruit sous Louis XIII, que l’architecte Viollet-Le-Duc a construit l’actuel château de Pierrefonds. Ce n’est pas la bâtisse médiévale qu’il a souhaité reconstruire mais dans un XIXe siècle nostalgique du Moyen Age, c’est l’illusion d’une époque qu’il a voulu rendre, en d’autres termes une représentation du Moyen Age.

On comprend mieux après cela la singularité du château de Pierrefonds qui assemble, autour d’un donjon moyenâgeux, différentes périodes de l’architecture médiévale : baroque, néogothique et renaissance. Ce mélange inattendu de styles nous laisse pour rêveurs d’une époque oubliée sous le regard indifférent de nos hôtes.

On comprend mieux aussi pourquoi ce château accueille un festival qui mélange musique, théâtre, jonglage, marionnettes, art contemporain et que ces différents arts poussent chaque fois leurs propres limites.

À commencer par le Manacuba, rencontre entre des musiciens cubains et l’imaginaire du compositeur Luc Le Masnes, cette formation propose une musique à la frontière entre la salsa cubaine, le soul-jazz des années soixante-dix et un style de jazz plus français. Le résultat de cette rencontre entre différentes cultures est une composition intelligente qui laisse libre cours aux différents instruments.
Le festival de Pierrefonds ne s’arrête pas là dans son programme musical. Le 28 juillet, l’ensemble vocal des Glotte-Trotters donne une représentation au répertoire très éclectique. En reprenant des chants d’origines russes, africaines, yiddish, gospel et autres, cet ensemble, sous la direction de Martine Catella, cherche à redonner un sens universel au verbe chanter.

Le théâtre commence cette année avec une création de Didier Galas, Le petit Arlequin et sera suivi le 21 juillet de L’éveil du Printemps, le chef d’œuvre de Frank Wedekind et le 28 juillet de Igor et caetera, conte de fée moderne.

Conçue pour être jouée dans n’importe quel lieu, aussi bien dans la rue que sur les planches d’une salle de théâtre, la création de Didier Galas prend toutes ses dimensions dans un lieu comme le château de Pierrefonds. Si c’est par son éclectisme architectural que la cour d’honneur nous rend l’illusion du Moyen Age, c’est par une recherche d’exhaustivité que Didier Galas souhaite nous rendre l’essentiel de ce personnage de la Commedia dell’arte.
Arlequin se présente comme mal à l’aise dans son personnage et se révolte contre bon nombre de ses interprétations. S’exprimant tour à tour en anglais, russe, allemand, espagnol, italien et français, s’attaquant à Marivaux (prononcer Marivoxe), Arlequin en vient même à se plaindre de l’acteur qui est en train de l’interpréter devant nous. Au-delà d’une interprétation originale, c’est une réflexion sur le théâtre et sur la notion de personnage qui nous est proposée.

Quoi de mieux que cette impressionnante salle de garde pour accueillir cette autre partie du festival qui regroupe le cirque, les marionnettes et le spectacle déambulatoire de Léa Dant. Le 20 juillet, Philippe Ménard nous raconte l’histoire du jonglage en alliant son art à la chorégraphie et à l’image filmée. Le 27 juillet, les marionnettes de Daniel Keene nous offre une réflexion sur le souvenir avec un spectacle intitulé La Pluie. Enfin, le samedi 4 août, Léa Dant propose à ceux qui le souhaitent un parcours les yeux bandés au cours duquel le participant pourra se représenter un texte imaginé par son guide.

Sur le chemin des rondes, vous tomberez peut-être sur d’étranges visiteurs. Ce chat ne s’est pas échappé des gargouilles, il est bien réel et vient rendre visite à cet homme qui marche.

Gilbert Langlois souhaite faire du château de Pierrefonds le lieu de LA CITE DES ARTS DE LA REPRÉSENTATION, un lieu d’accueil pour des artistes résidents, issus tout aussi bien du théâtre que de l’art contemporain.

Avec son installation vidéo baptisée Au revoir et à bientôt, Benoît Périer apporte la première pierre à ce projet. Après une première expérience dans le métro parisien, ce jeune artiste tente une fois de plus d’amener l’art à la rencontre du quotidien. Ici, la poésie, la vidéo et la musique sont les outils choisis pour traiter de l’âge. Agées de leur mémoire, ces personnes sont embarquées dans une boucle musicale, leur regard nous dit Au revoir, à bientôt mais pas encore Adieu.

C’est la musique qui lie cette œuvre au château. Là où cette femme évolue, la voix hésitante d’un clochard reprenant un psaume, indéfiniment, arrive du haut d’un escalier pour tomber à nos pieds. En écho, là où cet homme marche vers nous, c’est la voix caverneuse de Tom Waits reprenant ce même psaume qui nous parvient des tréfonds du château.

Benoît Périer sera en résidence cet automne pour continuer ce travail et concrétiser le projet destinant Pierrefonds à devenir LA CITE DES ARTS DE LA REPRESENTATION. Alors, au revoir Pierrefonds et à bientôt.