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Sur
les limites de la représentation
Le festival de Pierrefonds
Par Frédéric Cheminade
C’est
sur les bases d’un château du XIIe siècle détruit sous Louis
XIII, que l’architecte Viollet-Le-Duc a construit l’actuel château
de Pierrefonds. Ce n’est pas la bâtisse médiévale qu’il a
souhaité reconstruire mais dans un XIXe siècle nostalgique du
Moyen Age, c’est l’illusion d’une époque qu’il a voulu
rendre, en d’autres termes une représentation du Moyen Age.
On comprend mieux
après cela la singularité du château de Pierrefonds qui assemble,
autour d’un donjon moyenâgeux, différentes périodes de
l’architecture médiévale : baroque, néogothique et renaissance.
Ce mélange inattendu de styles nous laisse pour rêveurs d’une époque
oubliée sous le regard indifférent de nos hôtes.
On
comprend mieux aussi pourquoi ce château accueille un festival qui
mélange musique, théâtre, jonglage, marionnettes, art
contemporain et que ces différents arts poussent chaque fois leurs
propres limites.
À commencer par
le Manacuba, rencontre entre des musiciens cubains et
l’imaginaire du compositeur Luc Le Masnes, cette formation propose
une musique à la frontière entre la salsa cubaine, le
soul-jazz des années soixante-dix et un style de jazz
plus français. Le résultat de cette rencontre entre différentes
cultures est une composition intelligente qui laisse libre cours aux
différents instruments.
Le festival de Pierrefonds ne s’arrête pas là dans son programme
musical. Le 28 juillet, l’ensemble vocal des Glotte-Trotters
donne une représentation au répertoire très éclectique. En
reprenant des chants d’origines russes, africaines, yiddish,
gospel et autres, cet ensemble, sous la direction de Martine
Catella, cherche à redonner un sens universel au verbe chanter.
Le
théâtre commence cette année avec une création de Didier Galas, Le
petit Arlequin et sera suivi le 21 juillet de L’éveil
du Printemps, le chef d’œuvre de Frank Wedekind et le 28
juillet de Igor et caetera, conte de fée moderne.
Conçue pour être
jouée dans n’importe quel lieu, aussi bien dans la rue que sur
les planches d’une salle de théâtre, la création de Didier
Galas prend toutes ses dimensions dans un lieu comme le château de
Pierrefonds. Si c’est par son éclectisme architectural que la
cour d’honneur nous rend l’illusion du Moyen Age, c’est par
une recherche d’exhaustivité que Didier Galas souhaite nous
rendre l’essentiel de ce personnage de la Commedia dell’arte.
Arlequin se présente comme mal à l’aise dans son personnage et
se révolte contre bon nombre de ses interprétations. S’exprimant
tour à tour en anglais, russe, allemand, espagnol, italien et français,
s’attaquant à Marivaux (prononcer Marivoxe), Arlequin en vient même
à se plaindre de l’acteur qui est en train de l’interpréter
devant nous. Au-delà d’une interprétation originale, c’est une
réflexion sur le théâtre et sur la notion de personnage qui nous
est proposée.
Quoi
de mieux que cette impressionnante salle de garde pour accueillir
cette autre partie du festival qui regroupe le cirque, les
marionnettes et le spectacle déambulatoire de Léa Dant. Le 20
juillet, Philippe Ménard nous raconte l’histoire du jonglage en
alliant son art à la chorégraphie et à l’image filmée. Le 27
juillet, les marionnettes de Daniel Keene nous offre une réflexion
sur le souvenir avec un spectacle intitulé La Pluie.
Enfin, le samedi 4 août, Léa Dant propose à ceux qui le
souhaitent un parcours les yeux bandés au cours duquel le
participant pourra se représenter un texte imaginé par son guide.
Sur
le chemin des rondes, vous tomberez peut-être sur d’étranges
visiteurs. Ce chat ne s’est pas échappé des gargouilles, il est
bien réel et vient rendre visite à cet homme qui marche.
Gilbert
Langlois souhaite faire du château de Pierrefonds le lieu de LA
CITE DES ARTS DE LA REPRÉSENTATION, un lieu d’accueil pour des
artistes résidents, issus tout aussi bien du théâtre que de
l’art contemporain.
Avec
son installation vidéo baptisée Au revoir et à bientôt,
Benoît Périer apporte la première pierre à ce projet. Après une
première expérience dans le métro parisien, ce jeune artiste
tente une fois de plus d’amener l’art à la rencontre du
quotidien. Ici, la poésie, la vidéo et la musique sont les outils
choisis pour traiter de l’âge. Agées de leur mémoire, ces
personnes sont embarquées dans une boucle musicale, leur regard
nous dit Au revoir, à bientôt mais pas encore Adieu.
C’est
la musique qui lie cette œuvre au château. Là où cette femme évolue,
la voix hésitante d’un clochard reprenant un psaume, indéfiniment,
arrive du haut d’un escalier pour tomber à nos pieds. En écho, là
où cet homme marche vers nous, c’est la voix caverneuse de Tom
Waits reprenant ce même psaume qui nous parvient des tréfonds du
château.
Benoît
Périer sera en résidence cet automne pour continuer ce travail et
concrétiser le projet destinant Pierrefonds à devenir LA CITE DES
ARTS DE LA REPRESENTATION. Alors, au revoir Pierrefonds et à bientôt.
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