La pièce
Quelques mots simples pour une
vérité qui tue
Une chatte sur un toit brûlant au Théâtre de la Renaissance
Par Frédéric Cheminade
Des personnages radicaux dans leurs
actes se fondent à la réalité à tel point qu'il nous semble les connaître. Le langage
comme puissance du théâtre et souffle de vie donne corps à ses personnages. Dans ce
tumulte un homme choisit de boire. Boire et dormir, là, comme avant, dans la chambre de
l'enfant qui dort.

Face à une Europe lourde de tradition
culturelle et dont l'héritage se fait ressentir longtemps aux États Unis, la démarche
qui motive les artistes américains encore au milieu du XXème siècle est de réinventer
leur art à partir de valeurs américaines pour se distinguer de la vieille Europe.
Tout comme Big Daddy, père tout
puissant et grand propriétaire terrien qui s'est fait lui même, le théâtre de Williams
semble être autodidacte. Nul artifice ou référence ne sont nécessaires à cet auteur
pour se prévaloir d'un quelconque talent. L'inspiration prend sa source dans la
réalité pour se tourner vers la fiction. Si nous sommes proches de la technique
réaliste ce n'est pas pour autant une simple peinture sociale que nous offre l'écrivain,
mais la tragédie à une échelle historique accessible à tous. Cet art ne se pense pas,
il est vécu par les comédiens pour des personnages qui ne représentent qu'eux.
La simplicité du langage de Williams
est à la base de toute la force de son théâtre. Le texte ne donne jamais l'impression
d'avoir été travaillé par les comédiens, il ne se ressent pas comme un obstacle pour
eux, bien au contraire la franchise des mots nous semble découler naturellement de la
revendication des personnages. Maggie, prêtre à tout pour sauver son couple, s'avilit au
mensonge. A ce moment le texte s'appauvrit, il perd de son rythme puissant et le talent de
Cristiana Reali est de modérer son jeu pour suivre celui de Maggie. Le travail des
comédiens est donc de se fondre aux personnages pour nous en transmettre l'émotion.
L'illusion est alors parfaite et le spectateur oublie qu'il est au théâtre pour partager
directement le drame qui se déroule devant lui.
Le travail d'adaptation de Pierre
Laville ne fait pas défaut au texte, tous ces gens, du père tout puissant au petit
médecin de campagne, sont connus de nous et les rires du public ne sont que surprises et
gêne de se reconnaître. Le choix de présenter cette pièce dans sa première version
restitue tout son sens à l'uvre de Williams.
Le film de Kazan suggère un retour du père dans une sorte d'épilogue
conciliateur. Dans cette version, il ne revient plus pour laisser place à celui qu'il
étouffe. C'est une solution radicale à l'image des personnages de Williams
Son parcours
Cristiana
Reali est née au Brésil, à Sao Paulo, où
son père, italien d'origine, exerce le métier de journaliste sportif.
Elle y passera sa jeune enfance, puis à 8 ans c'est
l'exil. Ses trois surs et ses parents
se voient dans lobligation de quitter le pays alors sous dictature militaire.
Cristiana débarque en
France ne parlant pas un mot de cette
nouvelle langue. Sa mère décide très vite de
l'inscrire à un cours d'art dramatique afin de parfaire son français et de perdre son
accent.
Elle découvre ainsi le théâtre et l'amour des planches, tout en suivant parallèlement
des études de droit.
A 22 ans, elle rejoint le cours
Florent et la classe libre de Francis Huster : Une
rencontre déterminante.
Il la fait débuter dans Lorenzaccio où elle dira trois répliques.
Sa carrière est lancée.
Si
le théâtre est omniprésent dans sa vie, elle rencontre un très grand succès populaire
avec la série télévisée "Terre Indigo" .
En
1999, elle est nominée aux Molières pour son rôle de jeune musicienne handicapée aux
côtés de Francis Huster, dans "Duo pour violon seul" de Tom Kempinski.
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