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Mots et usages de mots
Vincent Roca au théâtre de la Main d’or
Mis en scène : François Rollin
Jusqu’au 28 Avril

Vincent Roca joue avec les mots. C’est une maladie. Il ne peut s’empêcher de construire des phrases, de les disséquer, de tourner en dérision ce qu’on lui dit, d’embellir ou de dénuder la moindre parole, le moindre mot qui lui est adressé. Il vide les termes de leur sens, y attache de nouveaux sens, jongle avec les rimes, jusqu’au point d’être un fou véritable et d’inquiéter son entourage. Entourage, du verbe entourer, qui signifie disposer autour, page 817 du petit Larousse illustré…

Un public massif est venu admirer ce one man show particulier au théâtre de la Main d’or dans le quartier Bastille à Paris. La scène est petitement décorée, trois lampes, une minuscule table ronde, un fauteuil en fer forgé, une bougie et un gros dictionnaire tiennent lieu d’agréments matériels dans un espace sombre en trois dimensions, dédié au verbe semble-t-il.
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Vincent Roca, la quarantaine passée, sérieux dans son costume sombre, entre en scène. Il prend le dictionnaire et fait état, avec dépit, de sa triste maladie. Il est obsédé par les mots. Les mots le poursuivent et le contraignent, il se sent obligé, à chaque phrase, à chaque pensée, de jouer avec les syllabes, de faire naître un calembour, une contrepèterie, jusqu’à faire fuire son entourage ; il pousse le vice et l’obséquiosité verbale dans des retranchements si lointains qu’il s’étonne lui-même de sa propre bêtise. L’apothéose de tout le spectacle arrive quand son futur beau-frère lui demande de composer, talent oblige, un petit texte d’oraison avec deux ou trois jeux de mots afin d’égayer l’atmosphère de la cérémonie de son mariage. En fait de jeux de mots, ce sera un véritable réquisitoire verbal, descendant en flèche le mariage du couple et mettant à la lumière du grand jour les délires salaces des deux jeunes époux. Le beau-frère s’enfuira en courant avant la fin de la lecture assassine.
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La pièce se passe ainsi, dans une succession d’expériences tordues et tordantes, que Vincent Roca livre avec un désespoir feint au public. Il appelle souvent la mort et les destins tragiques de son entourage. Ainsi sa mère, « paix à ses cendres », se verra incinérer trois fois de suite sous ses perfides distorsions verbales et les parents de son meilleur ami, mort également, se verront absout de « condoléances ». 
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Pour la
première fois de sa vie, Vincent aura oublié un mot et n’arrivera  tant bien que mal à prononcer un « je ne sais quoi dire… » devant des parents éplorés qui le remercieront à cœur ouvert et sans retenue de « ne pas savoir quoi dire en la circonstance…. »- Le verbe haut, avec l'aisance d'un  de ces conteur de rêve, il nous déballes ses histoires à tout va et nous sommes tantôt hilares, tantôt tout ouï, pendus à ces lèvres.

Les cyclistes se verront servis en plat de Noël à table, un hérisson, comme le poil sous le rasoir Gillette, se fera écraser par les deux roues d’une voiture ; la première roue pour soulever le piquant du hérisson, la deuxième pour l’écrabouiller, etc… Le miroir de sa salle de bain réfléchit son image, mais s’il réfléchit, c’est qu’il n’est pas bête. Peut-être réfléchit-il même pendant la nuit ! Vincent Roca tentera de le surprendre, en vain...a foisonne dans tous les sens, dans tous les sens du terme, au terme de tous les sens.
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Le comédien est fin et créatif –il est co-associé à l’écriture du texte-. Son sérieux accentue l’effet comique du spectacle. C’est un curieux homme pourtant. De temps en temps, ses jeux de mots prennent une tournure dramatique qui surprennent le spectateur . Un peu comme si le personnage était vraiment devenu fou et qu’une escouade d’infirmiers traitants s’apprêtait à l’appréhender à la sortie du théâtre. Quand on rit, on rit aux larmes.
L’humour noir est parfois à la limite de la tolérance publique… on a de temps en temps l’impression que ce grand cinabre aux airs moqueurs vient de réellement perdre sa mère et qu’il la ressert sous toutes ses formes au public, comme exutoire à sa tristesse.
Tout ceci donne un caractère particulier à la représentation, ce qui n’est pas déplaisant.
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C’est en fin de compte un spectacle excellent et pour tout public. De l'histoire simplement touchante, aux simples histoires de mots,  l'aspect ludique omniprésent vient renforcer l'humour et l'aisance de l'artiste. Un vrai concert linguistique !