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Othello Ecartelé jusqu'aux morts...
Par Eléonore van den Bogart
C'est dans un décor épuré, dans
lequel chaque élément semble choisit avec soin, où l'esthétisme poussé à l'extrême
souligne la verticalité de l'univers du Maure, que la compagnie du Soleil Bleu, donne vie
à cette superbe fresque habillée de noir.
Les vers coulent, teintés de cris, de soupirs, d'ivresse d'amour et qu'est
ce que la jalousie si ce n'est de l'amour ?
Car enfin s'il faut parler de jalousie, de celle qui anime Othello, il ne faut pas
oublier de prendre en compte celle qui conduira Iago à la perte de tous. Mille
fois plus forte.
Entre l'amour et la haine, il n'y a qu'un fil que l'on casse avec le souffle aigre de la
vengeance et d'où vient cette vengeance si ce n'est de l'admiration que Iago porte
à celui qu'il rêverait d'égaler. La véhémence du traître est ici mise en valeurs par
la beauté, la virilité, la force, et l'aura qui plane autour du barbare.
L'un, sublime guerrier, l'autre médiocre soldat : le casting est
parfait.
Dans le rôle dOthello, Eric
Bougnon en développant une certaine forme de romantisme pathologique (un parti pris
voulu par Laurent Laffargue jeune et talentueux metteur en scène)
place sans doute à tord, son rôle d'Othello dans la gorge. Heureusement pour lui,
il bénéficie d'un physique et d'une présence hors du commun
Au début de la pièce on entre dans ces éternelles
considérations raciales. Un Othello noir n'a jamais choqué personne ! Il semble
ici cependant prendre sa véritable dimension. Par le mystère de son héritage, Othello
est accusé d'artifices tribaux, de magie, de vices, sur la pauvre Dame au Sagittaire. Une
Desdemona fragile, fluette, soumise, qui semble à mon goût, trop innocente. On ne
défit pas un père et toute la société vénitienne de l'époque avec ce gabarit là. Au
fil de la pièce, on se laisse pourtant séduire par ses charmes, sa bonté, sa
sincérité, sa douceur.
Quant à Iago,
animé de pensées fétides, le petit détestable, tisse de scènes en scènes, la toile
de la trahison, sous le masque du fidèle. On aimerait lever les bras au ciel et crier -Oh
mensonge ! Ou encore, sauter sur le plateau et
l'étriper de nos propres mains. Grande interprétation de Pascal Vannson pour ce rôle
ingrat. Il n'en fait jamais trop, à pied joint entre jubilation et martyr, il est
convaincu de ce qu'il fait et nous parle si bien qu'il nous implique dans la manigance.
Cassio (Stephane Combi )est d'une
justesse remarquable, Rodériguo, (Philippe Bérodot) lui, traîne sa crédulité
et l'amour qu'il porte à la conquise jusqu'aux confins du grotesque. L'acteur anime ainsi
ce personnage d'une palette de registres comiques qui aèrent cette farce sanglante.
Les comédiens voltigent, leurs vibrations
communes sonnent le glas de la trahison, nous sommes pendus à leurs lèvres, bercés par
quelques trompettes et toujours plus animés par la volonté de lapider l'infâme
scélérat. On comprend alors la dimension humaine de cette uvre. N'y a-t-il pas
finalement un Iago caché en chacun de nous, un Othello tapis dans l'ombre
de notre amour. Faut-il pour comprendre l'uvre, à sa juste valeurs, avoir souffert
des tourments de la trahison ? Laurent Laffargue, lui, l'explore dans toute sa grandeur,
sa sensibilité, en respectant d'une part, les mots du maîtres de l'autre, l'attente du
spectateur. Elle prend enfin sa vrai dimension.

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