Entretien avec Laurent Laffargue

Par Jérôme Robart
Mise en forme par Eléonore van den Bogart.

J R : Bonjour Laurent. Alors, pour situer ton travail, tu es directeur d’une compagnie qui s’appelle la Compagnie du Soleil Bleu. Depuis combien de temps existe-t-elle ?
L L :
J’ai monté cette compagnie en 1992 dès ma sortie du conservatoire de Bordeaux, J’ai eu le plaisir de réunir la promotion avec laquelle je venais de passer trois ans pour réaliser ma première mise en scène.


J R : Combien de pièces as-tu monté depuis ?
L L :
J’en suis à ma treizième mise en scène, On est donc, à la fois une jeune compagnie et pourtant en même temps des jeunes…vieux quoi !


J R : Le noyau initial est-il encore présent ?
L L :
Il y a eu pas mal de changements depuis, il y a un noyau de quatre personnes qui sont restés mais de toutes façons, je ne me sens pas obligé de distribuer tout le monde dans chaque spectacle, on n’est pas une troupe de permanents. En ce moment il y a 17 comédiens entre le Songe et Othello.
Je ne vais pas monter des projets où il y a 17 comédiens à chaque fois. Il y a quand même un noyau dur comme : Muriel Amat, Eric Bougnon, Pascal Vannson, Vincent Réjaud. Ces quatre-là sont là depuis le début, pas dans tous les spectacles mais quasiment.
En fait, j’ai commencé par monter des classiques, des Marivaux au début, le premier c’était l’Epreuve et puis ensuite j’ai monté Feydeau, Molière, plutôt des auteurs français en fait.
Dès que j’ai monté la compagnie, j’étais dans le désir de monter des classiques pour mieux aborder les contemporains.


J.R : Des contemporains que tu as abordé par quelles pièces ?
L.L : 
Que j’ai abordé avec Edouard Bond Sauvés, Pinter Le gardien et un premier texte d’une fille qui s’appelle Pauline Sales Dépannage.
Et là j’envisage un travail sur Brecht.


J R : C’est la première fois que tu travailles sur deux pièces en même temps ?
L L :
Bizarrement, non. J’ai monté deux Marivaux, deux Molière. Quand j’ai monté Feydeau, j’ai monté deux petites pièces en même temps. Quand j’ai monté le Barbier de Séville en Opéra, j’ai monté une version française et une version italienne. Mais c’est la première fois que je m’attaque en même temps à deux versions aussi longues : c’est une véritable saga.
Par rapport à ce projet, je voulais vraiment réunir une équipe dans l'idée d'une permanence, réunir l'équipe pendant cinq à six mois de répétitions, de travail... pour trois mois d'exploitation.


J R : Quel a été l'intérêt pour toi de faire un doublon comme ça, c'est de mettre en parallèle deux œuvres ou alors plutôt un intérêt de production ?
L L :
Non, ce n'est absolument pas un intérêt de production. Il est beaucoup plus difficile de monter la production de deux projets : il y a deux fois plus de répétitions. Même pour l'exploitation, il est beaucoup plus difficile de vendre deux projets en même temps. Que ceux soient les scènes nationales ou les gens qui me coproduisaient, ça n'a pas été évident, ils voulaient soit l'un, soit l'autre mais rarement les deux. J'ai poussé tous les coproducteurs à accueillir les deux ou rien.
Souvent les salles préfèrent Le Songe qui est plus attractif, plus populaire dans le bon sens du terme, bien sûr.
Au départ je voulais plutôt monter Richard II ou Richard III, j'étais plutôt barré sur ces projets-là et puis, en relisant j'ai trouvé une cohérence et j'ai appelé le projet Nos nuits auront raison de nos jours. J'ai trouvé une cohérence sur le jour et la nuit et ce que je ressentais : la mort et comment on peut parler de la mort avec vie.
Il s'agit d'un monde plutôt fantastique dans Le Songe où tout est mal qui finit bien grâce au théâtre, à la magie et à l'amour et dans une autre pièce où tout est bien qui finit mal.
Finalement, ces deux pièces parlent du théâtre. J'ai vraiment travaillé dans un plaisir simple, dans le plaisir de voir un comédien passer d'un rôle à un autre et du travail que cela représente.


J R : Et cela fait combien de temps que vous travaillez sur ces deux projets de Shakespeare ?
L L :
On tourne maintenant depuis un an et demi pour une cinquantaine de représentations.

Retour page précédente