Actuellement à l’affiche : Alfred Jarry

Ubu Roi jusqu'à 40% de réduction

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Cartoucherie - Théâtre de l'Epée de Bois Paris | du 12 septembre au 12 décembre 2016 | Durée : 1h30
CLASSIQUE
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À partir de 13,50 €

 

Prochainement à l’affiche

Ubu

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Bouffes du Nord Paris | du 05 au 23 avril 2017
CLASSIQUE, Burlesque
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Anciennement à l’affiche

Ubu Roi

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Cartoucherie - Théâtre de l'Epée de Bois Paris | du 31 mars au 27 juin 2016 | Durée : 1h30
CLASSIQUE

Spectacle terminé depuis le 27 juin 2016

 

Alfred Jarry

Petite chronologie de la vie et de l’œuvre d’Alfred Jarry - 1873-1907
Bibliographie
Portrait de Jarry
Apollinaire et Jarry
Jarry malade
Le Rennes d’Alfred Jarry
Jarry présente Ubu lors de la première représentation le 10 décembre 1896
Le bain du Roi
Critiques de l'époque
Un univers de marionnettes
La Pataphysique
Quelques mises en scène

1873 Naissance, le 8 septembre à Laval. Son père, Anselme Jarry, est un négociant aisé. Une fille, Charlotte, est née en 1865.
1879 Mme Jarry et ses deux enfants s’installent à Saint-Brieuc. Le père ("brave bougre dénué d’importance") s’estompe. Jusqu’en 1888, Alfred Jarry étudie au lycée de Saint-Brieuc, élève brillant. A partir de 1885, il écrit : poèmes et saynètes, conservés et plus tard baptisés Ontogénie : inspiration généralement lycéenne et locale.
1888 Pour les années de terminale d’A.J., la famille s’installe à Rennes. Au lycée, il est entre autres l’élève de Félix Hébert, professeur de physique.
1891 Bachelier, A.J. s’installe en juin à Paris (78 bd de Port Royal), avec sa mère. Il échoue au concours d’entrée à l’École Normale Supérieure et suit les cours de Rhétorique Supérieure au lycée Henry IV.
1892 A.J. découvre Lautréamont, dont la lecture l’influence extrêmement ; il se lie intimement avec le tout jeune Léon-Paul Fargue : cet amour vaut qu’on s’y intéresse puisque des œuvres l’accompagnent.
1893 Premiers textes publiés, au concours littéraire de l’Écho de Paris. A.J. se brouille avec Fargue (on ne lui connaîtra plus guère d’attachement un peu passionné) et fait des travaux d’approche de la grande revue littéraire de l’époque : Le Mercure de France.
1894 C’est l’année de ses véritables débuts en littérature. Plusieurs de ses écrits paraissent dans Le Mercure, et il se lie avec A. Vallette, le directeur, et sa femme Rachilde. Avec Rémy de Gourmont (autre pilier du Mercure), il publie l’Ymagier, revue d’estampes.
A l’automne, paraît son premier livre, Les minutes de sable mémorial.
1895 A.J. accomplit son service militaire à Laval depuis décembre 1894 ; - pour raisons médicales, l’armée se prive de son concours au bout d’un an (trois étaient prévus). Après sa mère (en 1893) meurt son père.
1896 C’est l’année d’Ubu. A.J. se lie avec Lugné-Poe, directeur du théâtre de l’Œuvre, dont il devient le secrétaire. Il fait la connaissance aussi de Claude Terrasse qui, préludant à une longue série d’opérettes, écrit la musique d’Ubu Roi - et du beau-frère de Terrasse, Pierre Bonnard, qui illustrera plus d’un texte de Jarry.
Le 10 décembre, première à scandale d’Ubu Roi.
1897 A.J. s’installe 7, rue Cassette, au " deuxième et demi ". Il publie le premier de ses grands livres : Les Jours et les Nuits roman d’un déserteur.
Fin 1897, A.J. crée, avec Terrasse, et chez ce dernier le Théâtre des Pantins qui jouera pendant plusieurs mois un vaste répertoire de marionnettes. A.J. y travaille beaucoup.
1898 A.J. passe une partie de l’année à Corbeil dans une villa "le Phalanstère" louée avec ses amis du Mercure. Il publie - à des fins mercenaires, ses autres livres ne se vendant guère - une suite de saynètes, l’Amour en visites, chez un éditeur de gaudrioles.
Il écrit Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien.
1899 A.J. publie l’Amour Absolu (à 50 exemplaires, reproduisant le manuscrit). Ce "roman" court et dense évoque l’enfance passablement incestueuse d’Emmanuel Dieu. Le décor en est la Bretagne d’enfance.
1900 Parution (en feuilleton dans la Revue Blanche) de Messaline, "roman de l’ancienne Rome" qui est loin d’être seulement un exercice de style dans le genre décadent très à la mode alors.
1901 A.J. commence dans la Revue Blanche la publication de critiques et de Spéculations : application aux sujets les plus divers d’une pensée nouvelle : la ´Pataphysique (ces articles sont regroupés dans La Chandelle Verte).
1902 Séjour et conférence sur les Pantins à Bruxelles. Publication du Surmâle "roman moderne" et pendant de Messaline.
1903 La Revue Blanche cesse de paraître - et par là d’assurer à A.J. des revenus réguliers. D’autres collaborations (La Plume, Le Canard sauvage) n’empêcheront pas sa misère de plus en plus grande.
1904 De novembre 1903 à mai 1904, A.J. vit chez Claude Terrasse, près de Grenoble : ils tentent d’achever un opéra commencé en 1897, Pantagruel (la création n’aura lieu qu’en 1911, bien après la mort d’A.J.)
Son ami Félix Fénéon organise une collaboration de Jarry au Figaro, mais elle échoue : on y apprécie mal son esprit.
1905 Comme les années précédentes, A.J. travaille à de nombreux livrets d’opérette. L’opérette est, au même titre que les Spéculations, une "solution imaginaire", un acte intellectuel ordonnant la mécanique détraquée du monde. Jarry écrit ainsi : Le Manoir enchanté, Jef, Le bon roi Dagobert, etc.
1906 Inaugurant une collection de "Théâtre mirlitonesque", A.J. publie Par la taille : encore une opérette. En revue, il publie un chapitre de La Dragonne, roman déjà commencé en 1903 et qu’il ne parvient pas à achever.
En mai, à Laval où il est retourné avec sa sœur Charlotte, il croit mourir, fait son testament et reçoit l’extrême-onction. Il est finalement sauvé.
1907 A.J. vit à Paris et à Laval. Il publie Le Moutardier du Pape, opérette sur la Papesse Jeanne. Il reçoit l’aide financière de nombreux amis : Fénéon, Mirbeau, Terrasse, les frères Natanson. Il meurt le 1er novembre de méningite tuberculeuse, à trente-quatre ans.

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Jarry Alfred, Ubu, édition établie par Noël Arnaud et Henri Bordillon, Paris, Folio classique, 1997.
Jarry Alfred, Tout Ubu, édition établie par Maurice Saillet, Paris, Le livre de poche, 1962
Jarry Alfred, Œuvres complètes, éditions établie par Michel Arrivé (tome 1) et Henri Bordillon (tomes II et III), Paris, Gallimard, La Pléiade, 1972-1988

"Je prends, dans un article du docteur Saltas (Revue Les Marges, n° de janvier 1922). un portrait d'Alfred Jarry : "C'était un jeune homme de dix-huit à dix-neuf ans, bien musclé, sanglé dans une tenue de bicycliste, qui racontait avec une verve étonnante des histoires merveilleuses et invraisemblables dont il avait le secret. D'ailleurs pas toujours si invraisemblables. Je me rappelle, en effet, qu'il en raconta une qui avait pour sujet une ville où c'étaient les trottoirs qui marchaient au lieu que ce fussent les hommes et où les maisons avaient leur entrée au dernier étage, alors qu'il n'était nullement question de trottoirs roulants ni d'aéroplanes."

"Alfred Jarry, vêtu, en effet, comme un coureur cycliste ayant roulé dans la poussière, petit ou trapu, ramassé sur lui-même, tout en muscles, me parut un animal dangereux. Il ne racontait pas encore d'histoires merveilleuses, mais il montrait un masque pâle, à nez court, à bouche durement dessinée ombrée d'une moustache couleur de suie, aux yeux noirs lui trouant largement la face, des yeux d'une singulière phosphorescence, regards d'oiseau de nuit à la fois fixes et lumineux."

Madame Rachilde*, Alfred Jarry ou le surmâle des lettres, Grasset, 1928

*Rachilde était la femme de Vallette, directeur du Mercure de France, elle deviendra sa confidente

Le père et la mère de Jarry
"Notre père, me dit-il un jour et sans l’ombre d’aucune émotion, était un bougre dénué d'importance, ce qu'on appelle un bien brave homme. Il a fait certainement notre sœur aînée, une fille de 1830 aimant à se mettre des rubans dans les cheveux, mais il ne doit pas être pour grand'chose dans la confection de notre précieuse personne ! Notre mère était une demoiselle de Coutouly, petite et râblée, volontaire et pleine de fantaisie, que nous fûmes obligé d'approuver avant d'avoir voix au chapitre. Elle prisait fort le travesti. Nous avons d'elle une photographie qui la montre en torero, culotte courte, petit casaquin brodé d'or à grelots et, sur le coin de la tempe, une toque de velours. Elle faisait, comme toutes les femmes, le désespoir de son mari, qui avait peut-être, lui, le grand tort de ne pas employer la matraque, et nous avons l'impression que nous fûmes conçu, en tout bien tout honneur, la nuit où cette créature d'un sexe un peu différent se mit dans l'entendement d'aller courir au bal en y traînant un taureau par les cornes !"

Madame Rachilde, op. cit.

Les excentricités de Jarry
"Un soir, Jarry, en compagnie de Demolder, se présente, pour la répétition générale des Travaux d'Hercule, dans une tenue si particulière - cravate simulée à l’encre de Chine sur une chemise en papier - que les contrôleurs en dépit du bristol de Claude Terrasse, relèguent à la première galerie ces invités indésirables. Jarry ne proteste pas. Mais quand le chef d’orchestre, les bras en croix, a imposé silence, on entend soudain la voix du Père Ubu : "Je ne comprends pas qu'on laisse entrer dans une salle de théâtre les spectateurs des trois premiers rangs avec des instruments de musique ! "

Fernand Lot, Alfred Jarry son œuvre, éd. Nouvelle Revue Critique, 1934

Jarry et les femmes
" ... Libre aux gens de génie de coucher avec leur cuisinière, nous, nous ne tenons pas à avoir du génie à ce prix là. Nous n'aimons pas les femmes du tout, mais si jamais nous en aimions une nous la voudrions notre égale, ce qui ne serait pas rien ! Nous sommes Breton, nous, et point Normand !"

Madame Rachilde, op. cit.

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" ... Je passai presque toute la nuit, arpentant le boulevard Saint-Germain avec Alfred Jarry, et nous nous entretenions de blason, d'hérésies, de versification. Il me parla des mariniers parmi lesquels il vivait une grande partie de l'année, des marionnettes auxquelles il avait fait jouer Ubu pour la première fois. La voix d'Alfred Jarry était nette, grave, rapide et parfois emphatique. Il cessait tout à coup de parler pour sourire et brusquement redevenait sérieux. Son front remuait sans cesse, mais en largeur et non en hauteur comme cela se voit généralement. Vers quatre heures du matin, un homme s'approcha de nous pour demander le chemin de Plaisance. Jarry sortit prestement un revolver, intima au passant l'ordre de reculer de six pas et lui donna le renseignement. Nous nous séparâmes ensuite et il rentra à sa grande chasublerie de la rue Cassette où il m'invita à aller le voir.

 ... Quelqu'un a dit un jour devant moi que Jarry avait été le dernier auteur burlesque. C'est une erreur ! A ce compte, la plupart des auteurs du XVe siècle, et une grande partie de ceux du XVIe, ne seraient que des burlesques. Ce mot ne peut désigner les produits les plus rares de la culture humaniste. On ne possède pas de terme qui puisse s'appliquer à cette allégresse particulière où le lyrisme devient satirique, où la satire, s'exerçant sur de la réalité, dépasse tellement son objet qu'elle le détruit et monte si haut que la poésie ne l'atteint qu'avec peine, tandis que la trivialité ressortit ici au goût même, et, par un phénomène inconcevable, devient nécessaire. Ces débauches de l’intelligence où les sentiments n'ont pas de part, la Renaissance seule permit qu'on s’y livrât, et Jarry, par un miracle, a été le dernier de ses débauchés sublimes. "

Guillaume Apollinaire, Il y a, Messein, 1925

Laval, 28 mai 1906

" Madame Rachilde,

Le père Ubu, cette fois, n'écrit pas dans la fièvre, (Ça commence comme un testament, il est fait d'ailleurs.) Je pense que vous avez compris, il ne meurt pas (pardon, le mot est lâché) de bouteilles et autres orgies. Il n'avait pas cette passion et il a eu la coquetterie de se faire examiner partout par les " merdecins ". Il n'a aucune tare ni au foie, ni au cœur, ni aux reins, pas même dans les urines ! Il est épuisé, simplement (fin curieuse quand on a écrit Le Surmâle) et sa chaudière ne va pas éclater mais s'éteindre. Il va s'arrêter tout doucement, comme un moteur fourbu. Et aucun régime humain, si fidèlement (en riant en dedans) qu'il les suive, n'y fera rien. Sa fièvre est peut-être que son cœur essaye de le sauver en faisant du 150. Aucun être humain n'a tenu jusque-là. Il est, depuis deux jours, l'extrême oint du Seigneur et, tel l'éléphant sans trompe de Kipling, plein d'une insatiable curiosité. Il va rentrer un peu plus arrière dans la nuit des temps.

Comme il aurait son revolver dans sa poche-à-cul, il s'est fait mettre au cou une chaîne d'or uniquement parce que ce métal est inoxydable et durera autant que ses os, avec des médailles auxquelles il croit s'il doit rencontrer des démons. Ça l'amuse autant que des poissons... Notons que s'il ne meurt pas, il sera grotesque d'avoir écrit tout cela... mais nous répétons que ceci n'est pas écrit dans la fièvre. Il a laissé de si belles choses sur la terre, mais disparaît dans une telle apothéose !... (Détail : prière à Vallette de prélever sur les souscriptions, s'il en reste, quelque chose pour l' - afin que je puisse vous léguer le portrait ; 2e legs, le Tripode, qu'en ferait ma sœur ? Et bien entendu, après que les comptes restants seront payés sur le Pantagruel ou autre chose.) Et comme disait, sur son lit de mort, Socrate à Ctésiphon : "Souviens-toi que nous devons un coq à Esculape". (Je désire, pour mon honneur, que Vallette se "couvre" des vieilles écritures passées.)

Et, maintenant, Madame, vous qui descendez des grands inquisiteurs d’Espagne, celui qui par sa mère est le dernier Dorset (pas folie des grandeurs, j'ai ici mes parchemins) se permet de vous rappeler sa double devise : AUT NUNQUAM TENTES, AUT PERFICE (N'essaye rien ou va jusqu'au bout ! J'y vais, Madame Rachilde). TOUJOURS LOYAL... et vous demande de prier pour lui : la qualité de la prière le sauvera peut-être... mais il s'est armé devant l'Eternité et il n'a pas peur.

A propos : j'ai dicté hier à ma sœur le plan détaillé de la Dragonne. C'est sûrement un beau livre. L'écrivain que j'admire le plus au monde voudrait-il le reprendre, utiliser, à son gré, ce qu'il y aura de fait et le finir, soit pour lui, soit en collaboration posthume ? Elle vous enverra s'il y a lieu le manuscrit, aux trois-quarts écrit, un gros carton de notes et ledit plan.

Le père Ubu a fait sa barbe, s'est fait préparer une chemise mauve, par hasard ! Il disparaîtra dans les couleurs du Mercure et il démarrera, pétri toujours d'une insatiable curiosité. Il a l'intuition que ce sera pour ce soir à cinq heures... S'il se trompe il sera ridicule, les revenants sont toujours ridicules.

Là-dessus, le père Ubu, qui n'a pas volé son repos, va essayer de dormir. Il croit que le cerveau, dans la décomposition, fonctionne au delà de la mort et que ce sont ses rêves qui sont le Paradis. Le père Ubu, ceci sous condition - il voudrait tant revenir au Tripode va peut-être dormir pour toujours.

Alfred Jarry

La lettre dictée hier est presque, un duplicata, mais j'ai donné ordre pour qu'on vous l'envoie après, ainsi, si vous le voulez bien, que ma bague mauve. A. J.
Je rouvre ma lettre. Le docteur vient de venir et croit me sauver. A. J.

Rachilde, op. cit.

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A l'origine était Hébert et sans lui la face du monde n'eût été changée

En 1881, M. Félix-Frédéric Hébert, après maintes périgrinations professorales, est nommé professeur de physique au Lycée de Rennes. Homme de science, chrétien, édile, c'est un pédagogue exemplaire (si original que Jarry l'a proposé en modèle au monde civilisé). Et cet homme " exemplaire" inspira à Rennes, tout un folklore potachique que Jarry sût élever au rang d’Œuvre d'art en créant le personnage du Père Ubu sur le modèle d'Hébert. En effet, celui-ci fut poursuivi tout au long de sa carrière par un immense chahut orchestré par ses différents élèves qui se plaisaient à singer cet homme à l'élocution lente et diffuse, aux mains malhabiles qui renversaient les éprouvettes au cours des expériences de physique et, qui ne savait se faire respecter, ni exiger de ses élèves la moindre attention, tant son autorité était nulle.

En 1888, Alfred Jarry arrive à Rennes avec sa mère et sa sœur. Né à Laval en 1873, il avait vécu depuis 1879 à St-Brieuc où il avait composé nombre de poèmes et de courtes pièces de théâtre qu'il conserva dans un dossier intitulé " Ontogénie ". En rentrant cette année-là en classe de rhétorique au Lycée de Rennes, il entre dans la geste hébertique, puisque c'est au professeur Hébert que l'administration a confié le soin de parfaire son éducation en sciences physiques. Hébert en effet, sous les noms variés de P.H., Père Heb, Eb, Ebé, Ebon, Ebance, Ebouille, était le héros littéraire (puisqu'à la même époque, il était mieux connu sous le sobriquet de Pouilloux) d'une vaste épopée que chaque nouvelle génération de potaches s'ingéniait à enrichir de nouvelles et toujours plus sensationnelles aventures.

Entre plusieurs autres textes, un épisode de ces aventures, rédigé aux alentours de 1885, a pour titre "Les Polonais" (on se souvient qu'à cette époque, la Pologne avait été démembrée et qu'elle était le symbole d'un non-lieu, d'un territoire magique. Et Jarry, au terme de la conférence qu'il fit au Théâtre de I’Œuvre (1), le 10 décembre 1896, juste avant que le rideau ne se lève sur la première d’Ubu Roi, signalait "Quant à l’action, elle se passe en Pologne, c'est-à-dire nulle part !" ou partout pourrait-on ajouter). Ce texte a pour principal auteur Charles Morin et relate les faits et gestes du P.H. devenu roi de Pologne. La version originelle, perdue, de ce texte, constitue le premier état du futur Ubu Roi, et Jarry en prend connaissance auprès de son condisciple Henri Morin, le frère de Charles. En décembre 1888, le drame des Polonais est représenté au domicile des Frères Morin, puis chez Jarry par les marionnettes du Théâtre des Phynances (2). S'il ne porte pas encore le nom d'Ubu Roi, et si Jarry l'a considérablement modifié et amplifié avant que de le présenter au Théâtre de l'Œuvre, il reste néanmoins que les caractères principaux du personnage d'Ubu y sont contenus et que c'est sur le modèle du Père Hébert, qu'il a été façonné.

Le génie d'Alfred Jarry est d'avoir élevé au rang de l'Art cette prose potachique, bien qu'après la première d'Ubu Roi, maints commentateurs aient pris l'œuvre pour une énorme blague. Mais le personnage s'est irrémédiablement imposé à la littérature à l'instar des figures de Gargantua et de Don Quichotte. Témoin, Stéphane Mallarmé, qui écrivait à Jarry : "Vous avez mis debout, avec une glaise rare et durable aux doigts, un personnage prodigieux et les siens, cela, en sobre et sûr sculpteur dramatique. Il entre dans le répertoire de haut goût et me hante...".

Ainsi cette caricature de son professeur a reçu de Jarry, son identité, son état civil, sa personne physique et morale et sa stature universelle. Louis Dumur écrivait en 1896 dans "Le Mercure de France" : "Ubu, c'est le résumé caricatural de tout ce que l'animal humain vivant en société recèle d'ignoble, de lâche, de pleutre, de dégoûtant. Goinfre, cruel, mastodonte d'égoïsme et de vanité, porc infatué de sottise et gonflé d'outrecuidance, cet épique fantôche, régnant sur les Polonais de par la toute puissance du "bâton à physique", du pistolet à phynances et du "croc à merdre" symbolise à merveille l'apothéose du ventre et le triomphe du groin dans l'histoire universelle. Lorsqu'un type a ainsi pris corps et qu'il a rencontré, du même coup, le naturaliste prédestiné peut-être par la sagesse éternelle à le cataloguer et à le dénommer, il y a bien des chances pour que ce soit définitif ".[...]

Du passage de Jarry à Rennes, il ne reste que la trace de son habitat, 6, rue Belair (aujourd'hui rue Martenot). Mais Ubu y revit périodiquement. Il faut signaler à cet égard, la fête de la mi-carême, le 23 mars 1924. Alors que le public accourait aux portes de Rennes, le Père Ubu apparut sur son char, et s'ensuit cette scène que rapporte le journaliste de l'Ouest Eclair, le lendemain : "Combien imposant le Père Ubu, roi de Pologne, tout habillé de vert, coiffé d'un tout petit chapeau tromblon couleur marron, ganté de jaune, cravaté de bleu ciel, et tenant dans sa main droite un balai innommable ! Onze heures et demi. C'est l'arrivée du Président de l'Association des Etudiants : très digne, en redingote et en chapeau haut de forme, ceint d'une écharpe blanche avec des trèfles noirs, Collas - Pelletier grimpe sur le char, et de sa voix formidable harrangue la foule en commençant par ces mots : "Salut à toi, ô peuple de Rennes ; admire le Père Ubu... Dans une large prosopopée s'adressant à Ubu lui-même, Collas proclame que la patrie du héros n'est pas Montmartre, mais Rennes, cité de tous les grands esprits. Le Capitaine Bordure prend la parole : "Le discours de bienvenue que nous venons d'entendre, répond-il au Président de l’A., nous a ému jusqu'aux larmes." Puis il rappelle que, né, rue du Champ de Mars, ancien professeur de physique au lycée de Rennes, Ubu devint roi de Pologne, par l'extermination de la famille royale, en terminant au nom de l'Association des Etudiants, il décore son distingué président du Grand Ordre de la Gidouille, qui est en l'espèce, un minuscule balai."

L'influence sur son œuvre de ce que vécu Jarry à Rennes, est fondamentale. Sans Hébert, il y aurait eu, sans doute, un autre Jarry et Ubu ne nous aurait pas été donné. Inséparables et consubstanciels, le Saint-Esprit (Ubu) procède tout autant du Père (Hébert) que du Fils (Jarry). Si Jarry finit par s'identifier au Père Ubu, c'est qu'il s'était déjà trouvé, adolescent, en Monsieuye Hébert " (cymbalum pataphysicum n° 5).

Son génie est d'avoir su faire germer les éléments qu'il avait rencontrés à son époque dans le fertile terreau rennais.

Yves Leroy
Les Bretagnes de Alfred Jarry, Maison de la Culture de Rennes - nov. 1980

(1) Le Théâtre de l’Œuvre dirigé par Lugné Poe était le Théâtre des Symbolistes et succéda au Théâtre d'Art de Paul Fort.
(2) Le Théâtre des Phynances était le nom de la troupe de marionnettes d'Alfred Jarry. Les marionnettes étaient réalisés en terre par Jarry et sa sœur Charlotte.

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" Mesdames, Messieurs,

Il serait superflu, outre le quelque ridicule que l'auteur parle de sa propre pièce, que je vienne ici précéder de peu de mots la réalisation d'Ubu Roi après que de plus notoires en ont bien voulu parler, dont je remercie, et avec eux tous les autres, MM. Mendès, Scholl, Lorrain et Baüer, si je ne croyais que leur bienveillance a vu le ventre d'Ubu gros de plus de satiriques symboles que l'on ne l'en a pu gonfler pour ce soir.

Le swendenborgien docteur Miscès a excellemment comparé les œuvres les plus rudimentaires aux plus parfaites et les êtres embryonnaires aux plus complets en ce qu'aux premiers manquent tous les accidents, protubérances et qualités, ce qui leur laisse la forme sphérique ou presque comme l'ovale et M. Ubu, et aux seconds s'ajoutent tant de détails qui les font personnels qu'ils ont pareillement forme de sphère en vertu de cet axiome que le corps le plus poli est celui qui présente le plus grand nombre d'aspérités. C'est pourquoi vous serez libres de voir en M. Ubu les multiples allusions que vous voudrez ou un simple fantoche, la déformation par un potache d'un de ses professeurs qui représentait pour lui tout le grotesque qu'il y eût au monde.

C'est cet aspect que vous donnera aujourd'hui le théâtre de l’Œuvre. Il a plu à quelques acteurs de se faire pour deux soirs impersonnels et de jouer enfermés dans un masque afin d'être bien exactement l'homme extérieur et l'âme des grandes marionnettes que vous allez voir. La pièce ayant été montée hâtivement, Ubu n'a pas eu le temps d'avoir son masque véritable, d'ailleurs très incommode à porter, et ses comparses seront comme lui plutôt décorés d'approximations. Il était très important que nous eussions, pour être tout à fait marionnettes, une musique de foire et l'orchestration distribuée à des cuivres, gongs et trompettes marines que le temps a manqué pour réunir. N'en voulons pas trop au théâtre de l’Œuvre : nous tenions surtout à incarner Ubu dans la souplesse du talent de M. Gémier et c'est auiourd'hui et demain les deux seuls soir où M. Ginisty et l'interprétation de Villiers de l'Isle-Adam aient laissé la liberté de nous le prêter. Nous allons passer avec deux actes qui sont sus et deux qui sont sus aussi grâce à quelques coupures. J'ai fait toutes les coupures qui ont été agréables aux acteurs (même de plusieurs passages indispensables au sens de la pièce), et j'ai maintenu pour eux des scènes que j'aurais volontiers coupées. Car, si marionnettes que nous voulions être, nous n'avons pas suspendu chaque personnage à un fil, ce qui eût été sinon absurde, du moins pour nous compliqué et, par suite, nous n'étions pas sûrs de l'ensemble de nos foules alors qu'à Guignol un faisceau de fils commande à toute une armée. Attendons-nous à voir des personnages notables comme M. Ubu et le Tzar forcés de caracoler en tête-à-tête sur des chevaux de carton (nous avons passé la nuit à les peindre), afin de remplir la scène. Les trois premiers actes du moins et les dernières scènes seront jouées intégralement tels qu'ils ont été écrits.

Nous avons d’ailleurs un décor parfaitement exact, car de même qu’il est un procédé facile pour situer une pièce dans l’Eternité, à savoir de faire par exemple, tirer en l’an mil et tant des coups de revolver, vous verrez des portes s’ouvrir sur des plaines de neige, des chemins garnis de pendules se fendre afin de servir de portes et des palmiers verdir au pied des lits pour que broutent de petits éléphants perchés sur des étagères.

Quant à notre orchestre qui manque, on n’en regrettera que l’intensité et le timbre, divers pianos et timbales exécutant les thèmes d’Ubu derrière les coulisses."

Le petit homme en habit noir trop grand pour lui, cravaté de blanc, les cheveux longs plaqués à droite et à gauche de son visage outrageusement maquillé, pour ne pas être blafard aux feux de la rampe, et qui, devant une simple table de bois blanc placée sur la scène, devant le rideau du théâtre, portant le verre d’eau et la carafe traditionnels du conférencier, vient de prononcer, d’une voix sèche et monotone, ces mots, salue comme un pantin qui se casse en deux, et disparaît.

C’est le 10 décembre 1896 Au Théâtre de l’Œuvre.

Alfred Jarry, le petit homme qui vient de parler, va entrer dans la légende. Il a vingt-trois ans.

Extrait de Alfred Jarry par Jacques-Henry Levesque, Poètes d’aujourdhui, Seghers, 1973

" Ubu n'a pas de cœur, pas d'esprit, mais quelle gidouille ! Et il a le courage de sa gidouille qui n'est pas commode à porter... Une créature qui est totalement ce qu'elle est, cela est loin d'être banal. Ubu est Ubu sans faille. Admirablement. " Jean Vilar, On n'en aura jamais fini avec Ubu, Bref, n° 14, mars 1958)

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Le bain du Roi

Rampant d’argent sur champ de sinople, dragon
Fluide, au soleil la Vistule se boursoufle,
Or, le roi de Pologne, ancien roi d’Aragon,
Se hâte vers son bain, très nu, puissant maroufle.
Les pairs étaient douzaine : il est sans parangon.
Son lard tremble à sa marche et la terre à son souffle ;
Pour chacun de ses pas son orteil patagon
Lui taille au creux du sable une neuve pantoufle.
Et couvert de son ventre ainsi que d’un écu
Il va. La redondance illustre de son cul
Affirme insuffisant le caleçon vulgaire
Où sont portraicturés en or, au naturel,
Par derrière, un Peau-Rouge au sentier de la guerre
Sur un cheval, et par devant, la Tour Eiffel.

Alfred Jarry, Revue Blanche, n° du 15 février 1903

Fait de Pulcinella et de Polichinelle, de Punch et de Karagueus, de Mayeux et de M. Joseph Prud'homme de Robert Macaire et de M. Thiers, du catholique Torquemada, et du juif Deutz, d'un agent de la sûreté et de l'anarchiste Vaillant, énorme parodie malpropre de Macbeth, de Napoléon et d'un souteneur devenu roi, il existe désormais, inoubliable. Vous ne vous débarrasserez pas de lui il vous hantera, vous obligera sans trêve à vous souvenir qu'il fut, qu’il est ; il deviendra une légende populaire des instincts vils, affamés et immondes ; et M. Jarry, que j’espère délicates gloires, aura créé un masque infâme." Catulle Mendès, Le journal, 11 décembre 1896

" Ubu Roi. La journée d’enthousiasme finit dans le grotesque. Dès le milieu du premier acte, on sent que ça va devenir sinistre. Au cri de "merdre", quelqu’un répond : "Mangre !" Et tout sombre. Si Jarry n’écrit pas demain qu’il s’est moqué de nous, il ne s’en relèvera pas. - Baüer s’est trompé gros comme lui. Et nous nous sommes tous trompés, car, si je savais qu’à la lecture Ubu Roi résistait mal jusqu’au bout, je ne prévoyais pas cet effondrement. Pourtant Vallette dit : "C’est drôle", et l’on entend Rachilde crier : " Assez " à ceux qui sifflent." Jules Renard, 10 décembre 1896

" Néanmoins, malgré la fatigue causée par une farce ennuyeuse à périr et l'écœurement d'une farce malpropre à souhait, la soirée d'hier m'est excellente, je le répète. En dépit des clameurs poussées par la bande trop aimable des esthètes aux cheveux frisés et des botticelliennes aux bandeaux collés sur les oreilles, le vrai public a fait justice et nous avons assisté à une véritable soirée de Neuf-Thermidor littéraire. Elle a, pour le moins, commencé à mettre fin à une sorte de Terreur qui régnait sur les Lettres. Le sifflet a, aux trois-quarts, jeté bas un tyran symbolique que j’évoque sous les traits d’Ubu Roi, à qui il ressemble par plus d’un côté..." Henri Fouquier, Le Figaro, décembre 1896

" Savez-vous quel est, à mon sens, le titre principal de l’Œuvre à la reconnaissance des amis de l'art dramatique ? La représentation d’Ubu Roi, dans un concert de cris d’oiseaux, de sifflets, de protestations et de rires ; car j'y étais présent. Le collégien Alfred Jarry, pour se moquer d'un professeur, avait sans le savoir composé un chef-d'œuvre, en brossant cette charge sombre et sommaire à la manière de Shakespeare et du théâtre Guignol. On en fit la satire épique du bourgeois cupide et cruel improvisé meneur de peuples. Qu'on lui attribue le sens que l'on voudra, Ubu Roi de Jarry, c'est du théâtre " cent pour cent ", comme nous dirions aujourd'hui, du théâtre pur, synthétique, poussant jusqu'au scandale l'usage avoué de la convention, créant en marge du réel, une réalité avec des signes. Il convenait de saluer ici Alfred Jarry, le précurseur. Il ne fut pas suivi." Henri Ghéon dans une conférenceau Vieux Colombier – 1923

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Un univers de marionnettes

... D’autres éléments montrent que les personnages sont conçus comme des marionnettes de Guignol. Dans Ubu roi, on s'assomme, on s'égorge dans le plus grand fracas, sans aucune raison et sans que la mort ou la violence prennent réellement effet (la Mère Ubu "déchirée" à la scène 1 de l'acte V réapparait tout aussitôt). Sans raison et sans transition avec ce qui précède, le Père Ubu empoisonne ses invités avec le balai innommable et assomme les survivants à coups de côtes de rastron (I, 3). L'extermination de la famille royale s'apparente à un jeu de massacre, une scène de foire d'où est exclu tout effet pathétique ou tragique (II , 3). De même, la guerre est une guerre de fantoches qui annoncent et commentent bruyamment leur mort : " Saint Georges, me voilà assommé", "Cornebleu, je meurs", "je suis mort !" (IV, 2), tout comme le Père Ubu ne cesse de décrire les maux dont il souffre ou croit souffrir (par exemple : " Oh ! aïe ! au secours ! de par ma chandelle verte, je me suis rompu l'intestin et crevé la bouzine !", I 6). Les batailles de l'acte V, pour sanglantes et meurtrières qu'elles soient, sont bien des batailles de figures en papier, commentées de manière enfantine par les protagonistes : "Pif ! Paf ! en voilà quatre d'assommés par ce grand bougre de lieutenant " (IV, 4). Le lecteur contemporain ne s'étonnera pas que les onomatopées en question soient celles que l'on trouve à foison dans l'univers de la bande dessinée...

De la même façon, les instruments de la guerre relèvent du gadget : le Père Ubu, monté sur un "cheval à phynances" d'une maigreur telle qu'il peu à peine porter le poids de son maître, est armé d'un "sabre à merdre", d'un "croc à finance", d'un "ciseau à oneilles", d'un "couteau à figure" (III, 8), tandis que Cotice dégaîne un "Coup-de-poing explosif" (IV, 6). Tout est mascarade, déguisement de Carnaval : le Père Ubu en tenue militaire a l'air d'une "citrouille armée" (III, 8), les personnages changent de fonction : en cas de nécessité, une carcasse d'ours peut servir d'arme (V, 1) et la Mère Ubu peut faire office de prêtre (I, 7). Les apartés des personnages s’apparentent aux phrases que les personnages de Guignol adressent au public pour le faire participer et le rendre complice de l'action : ainsi la Mère Ubu avoue-t-elle ses coupables intentions après le départ de son mari : "tâchons de faire nos affaires, tuer Bougrelas et nous emparer du trésor." (III, 8).

Certains indices montrent plus clairement encore que les personnages doivent être considérés comme des marionnettes : la Mère Ubu parle de son époux comme d'un "gros pantin" (III, 8) et d'un "gros polichinelle" (V, 1), tandis que le petit mirliton offert au roi par Ubu (I, 6) renvoie explicitement au goût de Jarry pour le théâtre mirlitonesque.

Ubu roi, Aurélie Gendrat, éd. Bréal, 1999

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Qu’est-ce que la pataphysique ?
"Mais qu'est-ce qué c'est que ça la ’Pataphysique ? s'écrie Achras, le grand collectionneur de Polyèdres, dans Ubu Cocu. " Ubu, fondateur de cette Science, reste volontairement énigmatique. Il se contente de répondre : "La Pataphysique est une Science que nous avons inventée et dont le besoin se faisait généralement sentir !
- Mais qu'est-ce qué c'est que ça la ’Pataphysique implore Achras dépité. "
Le Dr Faustroll lâche le morceau : " La ’Pataphysique est la Science des Sciences !
- Mais encore ?"

Quel est l'objet de la pataphysique ?
Méta signifie après, au-dessus, au-delà. Les choses métaphysiques sont celles qui viennent après les choses physiques dans l'ordre de l'exposé. Mais elles sont aussi supérieures, plus importantes dans l'ordre des fondements. La Métaphysique se présente comme la connaissance des fondements de l'Être et de la raison d'être de tout ce qui est. "Ouverture" sur l'Être, comme dit Bergson, ou "plongée" dans l'Être, comme le répète Heidegger. Même chose pour la ’Pataphysique. Celle-ci s'étend, se répand au-delà de la Métaphysique. Elle vient après et lui est supérieure.

La Pataphysique a pour objet non seulement l'Univers dans sa totalité mais tous les autres univers. Exploration amorcée par Leibniz lorsque celui-ci passe en revue les différents mondes possibles et incompossibles. L'erreur vient de ce qu'il les relègue dans l'imaginaire d'un Dieu mathématicien alors qu'il faut les penser dans ce qu'Ubu appelle l'éthernité.

La philosophie d’Ubu, Daniel Accursi, Perspectives critiques - PUF - 1999

La science des solutions imaginaires
La plus vaste et la plus profonde des Sciences, celle qui d’ailleurs les contient toutes en elle-même, qu’elles le veuillent ou non, la Pataphysique ou science des solutions imaginaires a été illustrée par Alfred Jarry dans l’admirable personne du Docteur Faustroll. Les Gestes et Opinions du Docteur Faustroll, pataphysicien, écrits en 1897-1898 et parus en 1911 (après la mort de Jarry) contiennent à la fois les Principes et les Fins de la ’Pataphysique, science du particulier, science de l’exception (étant bien entendu qu’il n’y a au monde que des exceptions, et que la "règle" est précisément une exception à l’exception ; quant à l’univers, Faustroll le définissait "ce qui est l’exception de soi".)

Cette Science, à laquelle Jarry avait voué sa vie, les hommes la pratiquent tous sans le savoir. Ils se passeraient plus facilement de respirer. Nous trouvons la Pataphysique dans les Sciences Exactes ou Inexactes (ce qu’on n’ose avouer), dans les Beaux-Arts et les Laids, dans les Activités et Inactivités Littéraires de toutes sortes. Ouvrez le journal, voyez la télévision, parlez : Pataphysique !

La Pataphysique est la substance même de ce monde.

Le Collège
Le Collège de Pataphysique a été créé en 1948 vulg. pour étudier ces problèmes, les plus importants et les plus sérieux de tous : les seuls importants et les seuls sérieux. Qu’on ne s’y trompe pas : il ne s’agit pas, comme le croient les naïfs qui prennent Jarry pour un satirique, de dénoncer les activités humaines et la réalité cosmique ; il ne s’agit pas d’afficher un pessimisme moqueur et un nihilisme corrosif. Au contraire, il s’agit de découvrir l’harmonie parfaite de toutes choses et en elle l’accord profond des esprits (ou des ersatz qui en tiennent lieu, peu importe). Il s’agit pour quelques-uns de faire consciemment ce que tous font inconsciemment.

Le Collège de Pataphysique s’adresse et ne peut s’adresser qu’à une minorité.

Ses travaux ont un caractère ambigu. L’observateur superficiel s’en amuse, parfois de bon cœur : il croit y découvrir des sottisiers cruels, des plaisanteries énormes ou subtiles, des collections de curiosités piquantes, des mises en boîte impitoyables... A-t-il tort ?

Celui qui regarde de plus près et qui suit quelque temps ces travaux s’aperçoit peu à peu qu’ils correspondent à une vue d’ensemble et à une psychologie toute nouvelle. Au-delà du rire et peut-être du sourire. Jarry était imperturbable.

Le Collège de Pataphysique a été occulté en 1975 après avoir publié, dans ses cahiers, des textes inédits de Jarry, livré des études sur sa vie et son œuvre, mais aussi publié des textes qui ont révélé l’aspect pataphysique d’auteurs aussi différents que Valéry, Gide, Jules Verne ou Paul Claudel. Elle s’est intéressée à Ionesco et Boris Vian...

Le 20 avril 2000 a eu lieu sa désoccultation. La cérémonie s’est déroulée du haut de la terrasse des trois Satrapes (Fondation Boris Vian), des discours ont été prononcés, des bouteilles ont été éclusées et quelques mortels ont été élevés dans l’ordre de la Grande Gidouille.

Le XXIe siècle sera Pataphysique ou ne sera pas.

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Ubu Roi 10 décembre 1896 - Théâtre de l’Œuvre, mise en scène Lugné Poe
Ubu Roi 20 janvier 1898 - Spectacle de marionnettes - Théâtre de Pantins, mise en scène Alfred Jarry
Ubu Roi 1908 - Théâtre Antoine, mise en scène Firmin Gémier
Ubu Roi 1928 - Théâtre Libéré de Prague
Ubu Roi 1946 - Théâtre du Vieux Colombier, mise en scène Emile Dare
Ubu Roi 1955 - Festival d’Annecy, mise en scène Gabriel Monnet
Ubu Roi mai 1956 - Festival d’Annecy, mise en scène Charles Apothelos
Ubu Roi 1958 - Ubu enchaîné - Ubu sur la butte, mise en scène Jean Vilar
Ubu Roi 1964 - Théâtre de Poche, mise en scène François Mestre
King Ubu 1964 - Stockholm - Festival de Nancy, mise en scène Michael Meschke
Ubu Roi 1965 - Théâtre Récamier, mise en scène Victor Garcia
Ubu Roi 1965 - Réalisation pour la télévision de J.C. Averty
Ubu 1968 - Théâtre des Carmes-Avignon, mise en scène André Benedetti
Ubu Cocu 1969 - Open-Théâtre, mise en scène Joe Chaikin, présenté au Théâtre de la Cité Internationale
Ubu Roi 1970 - Comédie de l’Ouest
Jarry sur la butte 1970 - Cie Renaud-Barrault, Elysée Montmartre
Ubu 1978 - Bouffes du Nord, mise en scène Peter Brook
Ubu Roi 1980 - Reims, mise en scène Philippe Adrien
Ubu 1985 - Théâtre de Chaillot, mise en scène Antoine Vitez
Ubu 1989 - Nada Théâtre
Ubu Roi 1993 - Rennes, mise en scène Hervé Lelardoux

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